RorosT DE LrSLE, Cinquante chants français, p
moins bossu dans cette famille-làl Le père, la mère, étaient bossus ; c'avait été un mariage de bossus; et la fatale hérédité s'était naturellement étendue sur tous les rejetons, t Cette difformité allait fort loin chez Delisle quand il fut arrivé aux trois quarts de sa carrière. L'exhaussement irrégulier de son épaule droite avait déplacé et exhaussé le côté droit de sa tôte, en sorte que le côté droit de son visage formait une ligne oblique avec le côté gauche. La joue droite, Tœil et le sourcil droits étaient plus élevés que les mêmes traits de l'autre côté*. » Le portrait est peu flatteur, mais non sans originalité : je le donne tel que je Tai trouvé, sans garantir la ressemblance.
En 1776, âgé de seize ans, ayant accompli au collège les années d'études réglementaires, Joseph Rouget, désormais Rouget de Lisle, s'éloigna pour la première fois du pays natal ; il vint à Paris et entra à l'École militaire.
Des six ans qu'il y passa, rien de particulier à
1. J. B. Perrin, Lo?is-le-Saulnie7% p. 71,72.— Cette particularité de la l)osse de Rouget de Lisle se trouve confirmée dans un livre sur Charles Nodier (franc-comtois qui a bien connu son compatriote), par Madame Mennessier-Nodier ; seulement il est dit ici, et d'après les paroles de Madame Rouget mère, que cette irrégularité serait le fait d'un accideut: Rouget de Lisle enfant, en voulant grimper à un grenier à foin, serait tombé sur le pavé. Mais le même auteur constate que ses deux frères et sa sœur avaient de môme les épaules irrégulières; or, il est des moins vraisemblables que le môme accident soit arrivé à toute la famille et qu'il ait produit chez tous le môme résultat !
dire : celte époque de la vie est, pour tous les hommes destinés à suivre une carrière spéciale, la moins intéressaate : période de travail et de préparation, mais non de production immédiate; âge où les passions s'éveillent, où le cœur bat pour la première fois, mais, sauf exceptions, sans laisser de traces profondes et sans influer beaucoup sur la suite de la vie. Plusieurs biographes, conformément à la méthode sentimentale qui, pendant longtemps, eut seule le don d'inspirer la littérature et l'histoire, ne manquent pas, dans leurs récits de cette partie de la vie de Rouget de Lisle, de faire des allusions voilées à des histoires d'amour : Tun parle discrètement d'une passion contrariée dont le souvenir aurait été si profond qu'il l'aurait plus lard empêché de se marier*; un autre raconte avec force détails, mais en négligeant complètement de nous indiquer ses sources d'information, une aventure tragique : encore à l'Ecole, étant fiancé à une jeune fille dont la famille habitait les environs de Paris, il aurait voulu lui donner, pour sa fête, le divertissement d'un feu d'artifice, mais il aurait si mal pris ses dispositions qu'une fusée serait allée frapper la fiancée à la tête et l'aurait blessée mortellement : anecdote bien invraisemblable, et qui, en tout cas, serait peu à l'honneur <ie l'adresse du futur ingénieur^. Un troisième va
1. Hioffraphie Dû/ot, art. Rouget de Lisle, par De.n>e-Bahon. — Th. SicRET, l'Histoire par le Théâtre, p. 291.