Mémoires sur Carnof, p
336 ROUGET DE L1SLE
Lorsque Rouget de Lisle fut mort, cinquante ans et plus après que son hymne avait retenti sur la rive française du Rhin, il advint qu'un certain jour le bruit courut que le chant de la Marseillaise n'était pas de lui. On ne daignait lui accorder que la paternité des paroles. Gela sortit de plusieurs côtés, d'ailleurs sans beaucoup d'entente de la part de ceux qui se firent les champions de cette cause imprévue, les uns disant que Rouget avait emprunté lui-même un air antérieur, les autres que la musique avait été écrite postérieurement aux paroles par un compositeur professionnel, faisant venir la mélodie qui d'Allemagne, qui de Paris, qui du nord, qui du midi, tous s'accordant d'ailleurs absolument pour nous prouver leur ignorance profonde des faits historiques du milieu desquels le chant national était sorti.
Il est certain que de semblables accusations peuvent être parfois assez difficiles à réfuter. Les compositeurs de musique n'ont pas pour habitude de prendre des brevets d'invention pour attester qu'ils sont bien les auteurs de leurs œuvres, et des preuves demandées au bout de si longtemps pourraient être parfois assez malaisées à fournir. Nous pourrions nous étonner cependant qu'aucun de ceux qui prirent l'initiative de ces contestations
variées, et, bien plus encore, qu'aucun des prétendus auteurs dépouillés au profit de Rouget de Lisle, lesquels furent tous ses contemporains, n'ait élevé la voix de son vivant ; il eut été curieux de savoir quelle réponse il eût pu faire. Ce qui est certain, c'est que, pendant toute sa vie. Rouget de Lisle affirma qu'il était l'auteur de la musique et des paroles de la Marseillaise, et que personne ne le contredit jamais ; que tous ceux qui le connurent, et particulièrement des témoins de la première heure, confirmèrent cette affirmation, et qu'aucun de ses contemporains n'éleva le moindre doute làdessus.
Nous possédons même une abondance inespérée de preuves, et allons faire quelques citations qui, je suppose, pourront déjà paraître à beaucoup suffisamment probantes.
D'abord les affirmations répétées de Rouget de Lisle :
En l'an II, étant en prison, il écrit :
« Le jour même que la guerre fut promulguée, je composai les paroles et l'air de cet autre hymne que la nation a depuis adopté sous le nom d'Hymne des Marseillais *. »
En 1796, dans ses Essais en vers et en prose ^ il indique par une étoile quelles sont celles de ses poésies lyriques dont il a composé la musique : rétoile figure en tête de la Marseillaise.
\, J. Rouget Delisle au peuple et aux représentants, p. 3.