‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 111 sur 124 · Revue et Gazette musicale du 30 octobre · texte numérisé non relu

Revue et Gazette musicale du 30 octobre

à la question. Le point de départ même de la dis cussioQ témoigne de Tétroitesse de son esprit critique : il dit qu'ayant autrefois connu Rouget de Lisle et pu constater la faiblesse de son éducation musicale, il avait conçu tout d*abord un doute sur le fait même qu'un musicien si ignorant eût été capable de trouver un chant si beau. Or, je tiens pour parfaitement fausse Tidée première de ce doute, laquelle repose sur cette opinion bourgeoise qu'il faut « savoir l'harmonie » pour composer. Gela est vrai, assurément, s'il s'agit de compositions harmoniques, — encore que certaines natures bien douées puissent arriver à réaliser des harmonies simples et justes uniquement par instinct et par imitation d'oeuvres familières. Mais, dans le cas présent, il s'agit uniquement de l'invention d'un chant. Quelles sont donc les règles qui enseignent à faire des chants pareils? Et si ce sont les règles qui font trouver les belles mélodies, comment se fait -il donc que Fétis, qui était un musicien très savant et qui savait beaucoup de contrepoint, n'en ait pas produit davantage?. . .

Il ne nous apparaît pas sous un jour plus favorable lorsqu'il s'agit de l'appréciation critique des documents. Qu'était-ce donc que cette édition Navoigille sur laquelle il a fait tant de bruit? Moins que rien : un exemplaire unique d'une feuille détachée, qui peut-être n'était qu'une simple épreuve sur laquelle le nom de Navoigille avait été

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inscrit par erreur, qui, en tout cas, n'a pas été répandue, puisqu'on n'en connaît pas même unsecond exemplaire, qui enfln, très vraispmblablement, n'a même pas été mise en vente un seul jour. Je puis l'attester : j'ai eu entre les mains tous les exemplaires des anciennes éditions de la Marseillaise que possèdent les bibliothèques publiques de Paris et plusieurs collections particulières; mais je n'en ai pas rencontré un seul qui porte le nom de Navoigille. Personne n'en a jamais connu d'autre que celui de Fétis. Et c'est sur ce document isolé, sans autorité, sans valeur aucune, que Fétis a bâti tout son échafaudage de conjectures, alors que tant d'autres, démontrant le contraire, abondaient! Et, dans son entêtement hautain, il fallut absolument qu'il vit la première édition de Strasbourg pour qu'il condescendit à reconnaître qu'il s'était trompé, comme si, même en l'absence de tout exemplaire de cette édition, il ne restait pas encore assez de preuves manifestes, éclatantes, proclamant la vérité !

Mais il était dit qu'on n'en finirait jamais î A peine la question Navoigille fut-elle enterrée qu'aussitôt une autre surgit : celle qui fait d'un ancien maître de chapelle de Saint-Omer, nommé Grisons, le véritable auteur du chant de la Marseillais-^.,

Cette fois, la campagne contre Rouget de Lisle fut menée avec un art consommé. « D'abord, un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage. . . Telle bouche le recueille, vous le glisse en l'oreille adroitement... Le mal est fait; il germe, il rampe, il chemine; puis tout à coup, voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. » Ces fragments d'un morceau célèbre résument toute l'histoire de la dernière contestation, dont le principal épisode, le seul dont nous voulions nous occuper, fut la publication, en 1886, d'un livre intitulé : le Chant de la Marseillaise, son véritable auteur, par Arthur Loth. Il y était dit que le chant de la Marseillaise figurait tout au long dans une œuvre musicale antérieure à la Révolution, Fslher, oratorio de Grisons, et que Rouget de Lisle n'avait pas fait autre chose que de démarquer cette musique et raccommoder à sa poésie, dont on voulait bien lui concéder la paternité.

Lut-on beaucoup cet ouvrage? Je n'en sais trop rien. La vérité est qu'il survenait dans un moment où Ton était las de ces contestations. Aucune discussion ne s'éleva : à peine quelques comptes-rendus dans lesquels de rares personnes compétentes n'eurent pas grand peine à rétablir la vérité, mais

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