‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 112 sur 124 · R0U6ET DE LISLE · texte numérisé non relu

R0U6ET DE LISLE

dont l'effet se perdit devant Tindifférence générale*. Cependant, le livre restait là, faisant autorité par sa seule existence. Car, en ces sortes de contestations, ce qui est important, ce n'est pas tant d'offrir en pâture à l'opinion des faits, des preuves ou des raisonnements, fussent- ils inattaquables : c'est d'affirmer, affirmer bien haut, avec crânerie, audace et autorité. Il est si commode d'accepter des idées toutes faites, sans avoir la peine de remonter aux sources ! Il n'est point non plus désagréable de professer quelques opinions cachant un certain sentiment d'opposition voilée, de fronder discrètement l'ordre établi en s'attaquant à ce qui le représente en quelque manière : depuis que la Marseillaise est devenue définitivement notre chant officiel, l'idée que Rouget de Lisle n'en serait pas l'auteur a souri à beaucoup de fort honnêtes gens. Un livre imprimé était là: il n'y avait plus de doute, plus d'hésitation à concevoir; la Marseillaise était de Grisons !

Sans avoir la prétention de rien changer à ce beau mouvement de l'opinion contemporaine, sen-

1. Je De puis guère citer à ce sujet que quelques articles bibliographiques notamment de MM. J. Weber et Arthur Pougin. J'ai moi-même effleuré la question dans une conférence sur la musique au temps de la Révolution, faite à la Société Historique (Cercle S» Simon) le 10 avril 1886 (Voir les Bulletins du Cercle, 1886, n^ 12) ; une polémique s'en suivit dans le Progrès Artistique^ entre M. Delphin Balleyguier et moi (voir les numéros de juillet et août 1886.)

tant d'ailleurs toute rinfériorité de ma situation, puisque je ne viens rien dire de désagréable au gouvernement, je me bornerai à examiner d'aussi près que possible la thèse soutenue par M. A. Loth dans le livre où il présente Grisons comme le véritable auteur de la musique de la Marseillaise,

Voici ce que nous apprend ce livre :

Jean-Baptiste-Lucien Grisons, né à Lens en 1746, vint à Saint-Omer à Tâge de dix-sept ans, entra à la maîtrise de la cathédrale en qualité de hautecontre et fut nommé maître de chapelle en 1775. Il conserva cette fonction jusqu'en 1787, époque à laquelle il la remit à un successeur, restant attaché à la cathédrale en qualité de bénéficier. Quand vint la Révolution, il adhéra à la Constitution civile du clergé et prêta le serment civique. En 1790, il signa en qualité de secrétaire une adresse des bénéfîciers de la cathédrale de Saint-Omer assermentés comme lui, où il était dit qu'il fallait « combattre les vains efforts des ennemis d'une heureuse Révolution qui, en détruisant les abus, rend au peuple ses droits légitimes, etc.* » Puis on perd complètement sa trace pendant quatre ans. En septembre 1794, on le retrouve enfin, chargé de la direction intérimaire de la musique des fêtes décadaires qui se célébraient dans une ancienne église devenue Temple de l'Être suprême; il ne conserva

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