Écrite soixaute-douze ans après la composltioD, vingt
Récit Louis Du Bois.
Rouget de Lisle assistait à un dîner chez Tex-baron de Dietrich, maire de Strasbourg, savant distingué, qui tenait un bon état de maison, et fut, en 1794, Tune des plus regrettables victimes du régime de la Terreur. On venait de recevoir la déclaration de guerre faite par la France à l'Autriche le 20 avril 1792. Nos jeunes et brillants volontaires l'attendaient avec impatience pour répondre dignement aux outrageantes rodomontades des émigrés, insultant de Tautre bord du Rhin les défenseurs de la patrie. Les convives de Dietrich invitèrent Rouget de Lisle à composer une chanson de guerre sur la circonstance où la France se trouvait. Sans retard, paroles et musique, telles que nous les connaissons, jaillirent improvisées de la verve patriotique du poète compositeur.
(Louis du Bois, Notice sur la Marseillaise, Lisieux, 1848, (>. 4).
L'auteur de ce récit est Tuu des deux auteurs présumés du couplet des Enfants, et sa notice, dont j'ai eu connaissance au dernier moment, alors que les premières feuilles
huit après la mort de llouget de Lisle, il n'est pas étonnant que cette lettre renferme quelques erreurs : de ce nombre il faut compter la visite faite le matin par Dietrich et ses amis dans la chambre de Rouget de Lisle, l'attribution de la première partition harmonisée à l'auteur de la mélodie, enfin, quelque confusion au sujet de la première exécution publique. Les autres documents précisent et redressent ces quelques détails erronnés. Mais l'ensemble du récit est exact dans les grandes lignes.
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de ce livre étaient déjà tirées, est celle dont il est question dans la note delà p. 119. Au sujet de ce célèbre couplet, voici ce que dit l'auteur :
Au mois d'octobre 1*792, j'ajoutai un septième couplet qui fut bien accuelli dans les journaux : c'est le couplet des Enfants, dont l'idée est empruntée au chant des Spartiates rapporté par Plutarque.
Cette affirmation simple et nette, appuyée de détails exacts (la date et le succès des journaux), est assurément plus digue de foi que les légendes relatives à Tabbé Pessonneaux. Les plus grandes probabilités pour la paternité du couplet des Enfants semblent donc être décidément en faveur de Louis du Bois.
Récit anonyme (Â. B.).
Je ne puis vous apporter que le témoignage personnel de Rouget de Lisle, mais je n'hésite pas, parce que je crois que ce témoignage n'est pas sans intérêt dans la question. En 1832, alors que Rouget de Lisle, vieux, goutteux, souffrant, habitait Ghoisy-le-Roi, il me dit, qu'étant en garnison à Strasbourg, 40 ans auparavant, Mesdemoiselles Dietrich, avec qui il faisait souvent de la musique, et leur père, M. Dietrich, maire de la ville, exprimèrent un soir devant lui le regret que les bataillons de volontaires du Bas-Rhin, qui allaient rejoindre l'armée, en fussent réduits, faute d'un chant patriotique, à répéter des refrains surannés. Rouget de Lisle, rentré chez lui, saisit son violon et composa dans la nuit l'air et les paroles de la Marseillaise. Dietrich, devant qui il l'exécuta le lendemain, fut
frappe de la beauté et du mouvement de l'hymne ; on le communiqua au chef de musique de la garde nationale, qui le fît exécuter bientôt sans exciter grand enthousiasme ; mais l'hymne fît son chemin et, quelques mois après, adopté par les bataillons de volontaires marseillais, il devint le chant de guerre national contre les envahisseurs étrangers. A. B.
{Intermédiaire des chercheurs et des curieux^ 'iO septembre 18(>4, p. 216).
Récit Masclet.
Chant de guerre de l'armée du Rhin, dédié à M, le maréchal Luckner, par Rouget de Lisle, imprimé chez Levrault, à Strasbourg, en novembre nQl.
Tel est le titre originaire du chant patriotique qui a été publié et répandu en Alsace et dans toute l'armée du Rhin, près de dix mois avant qu'il ne portât le nom de Marseillaise, qui lui fut donné le jour où il annonça l'arrivée des fédérés marseillais à Paris, pour la journée du 10 août 1792.
D n'appartient pas plus aux Marseillais qu'à l'armée de Sambre-et-Meuse ou à celle des Pyrénées; il a cessé même d'être le chant de guerre de l'armée du Rhin, en devenant celui de toutes les armées françaises. On n'apprendra pas sans «intérêt, quelle a été l'origine de cette production dont l'effet a été si prodigieux.
Rouget de Lisle était capitaine du génie à l'armée du Rhin, et le signataire de cet article y remplissait les fonctions d'adjoint aux adjudants généraux sous M. le maréchal-de-camp Victor Broglie, chef de l'état-
major. Tous deux assistaient à une réunion chez M. de Dietrich, maire de Strasbourg, avec Cafarelli-Dufalga, adjoint aux adjudants ge'néraux, et Veigousse, aidede-camp du général Broglie, si connu depuis sous le nom du général Desaix. « Nous devons bientôt, dit M. Dietrich, entrer en campagne; il nous faut un chant de guerre pour animer et guider nos jeunes soldats ; le corps municipal décernera un prix au meilleur. Parlez-en à vos amis; je vais faire annoncer le concours dans les papiers publics. »
Le lendemain, à 7 heures du matin, Rouget de Lisle était chez moi. « La proposition de Dietrich, me dit-il, m'a empêché de dormir cette nuit. Je Tai employée à essayer une ébauche de son chant de guerre, même à le mettre en musique ; lis et dis-moi ce que tu en penses; je te le chanterai ensuite. »
Je lus avec admiration, et j'entendis avec enthousiasme le chant de guerre, tel qu'il existe aujourd'hui, à l'exception des deux vers suivants de la dernière s tance :
Et que les trônes des tyrans Croulent au bruit de notre gloire !
« Il y a un peu de Brébœuf dans ces vers, dis-je à Rouget de Lisle ; d'ailleurs, nous pouvons nous en fier aux trônes constitutionnels ; c'est par eux que doivent crouler les trônes des tyrans. »
Les deux vers furent remplacés par ceux-ci :
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire!
C'est un superbe bataillon de Rhône-et-Loire, commandé par Cérisiat, qui eut les prémices du chant de
guerre de Tarmée du Rhin. Il arriva à Strasbourg, ayant en tête, pour drapeau, un aigle noir aux ailes déployées.
La parade venait de commencer : Gérisiat alla prendre la droite de la ligne. La tenue de ce bataillon de 812 hommes, la bonne mine des officiers, la taille élevée et l'air martial des soldats, la précision de leurs manœuvres et de leur maniement d'armes, firent l'admiration de toute la garnison.
Le temps, la guerre et la peste d'Alexandrie ne m*ont laissé qu'un frère; je croirais en avoir deux s'il restait un seul homme de ce beau et brave bataillon de Rhône-et-Loire.
G. Masclet.
(Le Temps du 12 août 18.^0).
Cet article, publié quelques jours après les journées de juillet, fait suite au feuilleton théâtral rendant compte d'une représentation donnée au Théâtre-Français au profit des familles « des braves morts ou blessés pour la liberté »; on y avait joué plusieurs fois « l'ardente et patriotique Marseillaise ». Le même numéro annonce que Victor Hugo abandonne à la souscription le produit de deux représentations d'Hernani^ alors dans toute sa nouveauté.
Dans une lettre écrite le 24 février i 829 par Rouget de Liste à David d'Angers, l'auteur de la Marseillaise demande au statuaire des nouvelles de » notre ami Masclet. » Bib. Nat. m s. fr. nouv. acq. 4299.
Par la précision des détails et leur conformité avec les données connues, ce récit d'un témoin oculaire (réserve faite sur l'erreur de date du débat) peut être donné comme un des plus exacts que nous possédions sur le sujet.
major. Tous deux assistaient à une réunion chez M. de Dietrich, maire de Strasbourg, avec Cafarelli-Dufalga, adjoint aux adjudants ge'néraux, et Veigousse, aidede-camp du général Broglie, si connu depuis sous le nom du général Desaix. « Nous devons bientôt, dit M. Dietrich, entrer en campagne; il nous faut un chant de guerre pour animer et guider nos jeunes soldats ; le corps municipal décernera un prix au meilleur. Parlez-en à vos amis ; je vais faire annoncer le concours dans les papiers publics. »
Le lendemain, à 7 heures du matin, Rouget de Lisle était chez moi. « La proposition de Dietrich, me dit-il, m'a empêché de dormir cette nuit. Je l'ai employée à essayer une ébauche de son chant de guerre, même à le mettre en musique ; lis et dis-moi ce que tu en penses; je te le chanterai ensuite. »
Je lus avec admiration, et j'entendis avec enthousiasme le chant de guerre, tel qu'il existe aujourd'hui, à l'exception des deux vers suivants de la dernière s tance :
Et que les trônes des tyrans Croulent au bruit de notre gloire !
« Il y a un peu de Brébœuf dans ces vers, dis-je à Rouget de Lisle ; d'ailleurs, nous pouvons nous en fier aux trônes constitutionnels ; c'est par eux que doivent crouler les trônes des tyrans. »
Les deux vers furent remplacés par ceux-ci :
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire!
C'est un superbe bataillon de Rhône-et-Loire, commandé par Gérisiat, qui eut les prémices du chant de
PIÈCES JUSTIFICATI\^S 401
guerre de Tannée du Rhin. Il arriva à Strasbourg, ayant en tête, pour drapeau, un aigle noir aux ailes déployées.
La parade venait de commencer : Cérisiat alla prendre la droite de la ligne. La tenue de ce bataillon de 812 hommes, la bonne mine des officiers, la taille élevée et Tair martial des soldats, la précision de leurs manœuvres et de leur maniement d'armes, firent l'admiration de toute la garnison.
Le temps, la guerre et la peste d'Alexandrie ne m'ont laissé qu*un frère ; je croirais en avoir deux s'*il restait un seul homme de ce beau et brave bataillon de Rhône-et-Loire.