C. Masclet
(Le Tbm^ da 12 aoâl 18?0).
Cet article, publié quelques jours après les journées de joillet, fait suite au feuilletou théâtral reodant compK? (Tnne représentation donnée au Théàtre-Francais au profit des familles « des braves mort? on bl»*??é« pour la liberté ►; on y avait joué plusieurs fois « l'ardente et patriotique Maneiliaite ». Le même numéro annonce que Mctor Hugo abandonne à la souscription le produit de deux représenUlioM d'Bernani, alors dans toute sa nouveauté.
Dans une lettre écrite le 24 février 1829 par Rouget de U«lc à David d'Angers, l'auteur de la MarseiUaûe demande MI statuaire des nouvelles de ■' notre ami 31asclet. » «*• NiT. Ms. fr. nouv. acq. 4299. ,
Parla précision des détails et leur conformité *^** *^ données connues, ce récit d'un témoin oculaire ^^^^ ftite sor Terreur de date du début, peut Hre dount eûmio^ tm des plus exacts que nous possédions sur le sujet.
402 ROUGET DE LISLB
Traditions alsaciennes^
Le Courrier du Bas-Rhin du 30 juin 1863 ayant reproduit un article du Siècle racontant d'une façon plus ou moins fantaisiste l'histoire de l'origine de la Marseillaise (d'après Lamartine, et à propos du tableau de Pils), le baron de Schauenbourg crut devoir y faire une rectification. Voici ce que, à la date du 2 juillet 1863, il écrivit de Geudertheim au Courrier du Bas- Rhin :
Monsieur le rédacteur, je viens de lire dans votre journal un article intéressant sur Rouget de Lisle et sur Tartiste qui l'a représenté chantant pour la première fois la Marseillaise dans la famille Dietrich.
Je ne puis cependant vous cacher que le plaisir de cette lecture a été tempéré par les souvenirs qui se sont dressés en moi contre l'exactitude de la version que le peintre à prise dans le roman des Girondins,
Les plus anciens de ces souvenirs sont ceux que je tiens de mon père et de plusieurs camarades de Rouget de Lisle que J'ai connus et desquels j'ai appris, longtemps avant la publication des Girondins, que la Marseillaise a été composée à Strasbourg pour un repas de corps donné par les officiers de la garnison à ceux des volontaires marseillais, et chanté pour la première fois à ce repas, qui a eu lieu dans la salle de la tribu du Miroir, à l'occasion d'un passage du Rhin.
Les plus récents de ces souvenirs sont ceux que je tiens de Madame de Sahune, née de Dietrich, et d'après lesquels la scène de famille décrite par l'auteur des Girondins n'a jamais eu lieu.
Tableaux et gravures ne sont donc que de beaux effets n'ayant qu'une cause imaginaire, et je tiens pour certain que, si le talent du peintre s'était exercé sur le sujet vrai, s'il avait représenté Rouget de Lisle chantant l'hymne patriotique au milieu de braves à la veille de marcher à l'ennemi, l'effet de la cause vraie n'en aurait été que plus beau et de nature à réveiller plus fortement de plus mâles et héroïques souvenirs.
L'article qu'on vient de lire provoqua une réponse de la part d'un ami de la famille de Dietrich, Frédéric Engelhard t, ancien représentant à l'Assemblée constituante de 1848 : il écrivit, de la forge de Niederbronn (où habitent les représentant actuels de la famille de Dietrich), à la date du 11 juillet 1863, la lettre suivante au Courrier du Bas-Rhin :
Je viens de lire, dans le Courrier du Bas-Rhin, une lettre de M. de Schauenbourg qui prétend que la Marseillaise a été chantée pour la première fois à Strasbourg, à l'occasion d'un repas de corps d'officiers. Je crois devoir contredire cette allégation, et je me fonde pour cela sur les renseignements que je tiens de mon père Frédéric Engelhardt, ancien officier de l'étatmajor de l'armée de Sambre-et-Meuse, et de mon oncle, Maurice Engelhardt, tous deux contemporains et amis de Rouget de Lisle, et qui venaient aux soirées de M. Fritz de Dietrich, premier maire de la ville de Strasbourg.
Tous deux m'ont raconté que la Marseillaise a été chantée pour la première fois chez M. Fritz de Dietrich. Après une première soirée ou l'on avait parlé sentiments patriotiques. Rouget de Lisle est revenu le lendemain soir apporter son hymne qu'on a chanté.
Les deux demoiselles présentes à la soirée étaient les nièces du maire, filles de Jean Dietrich, qui épousèrent plus tard M. de Sahune et M. Scipion Perrier.
Je laisse au public de choisir entre les deux versions.
(Lb Roy de Saintb-Croix, le Chant de guerre pour rarmée du Rhin ou la Marseillaise^ p. 97).
Au fond, les deux contradicteurs sont plus d'accord qu'il ne semble. Sans doute le second a raison lorsqu'il assure que la Marseillaise fut chantée pour la première fois dans le salon de Dietrich, les meilleurs documents confirmant cette assertion ; mais cela ne saurait empêcher que la réunion militaire dont parle le baron de Schauenbourg ait pu avoir lieu aussi, pourvu que ce soit postérieurement. La cause de la confusion réside dans le point de départ même de la discussion. M. de Schauenbourg disait, d'après Madame de Sahune, que la scène de famille décrite par Lamartine n'avait jamais eu lieu. Voici cette scène :
« Rouget de Lisle ne s'éveilla qu'au jour Il courut chez
Dietrich. Il le trouva dans son jardin, bêchant de ses propres mains ses laitues d'hiver. La feuune et les filles du vieux patriote n'étaient pas encore levées ; Dietrich les éveilla, il appela quelques amis, tous passionnés comme lui pour la musique et capables d'exécuter la composition de de risle. La fille aîuée accompagna. Rouget chanta. A la première strophe, les visages pâlirent ; à la seconde, les larmes coulèrent; aux dernières, la délire de l'enthousiasme éclata. La femme de Dietrich, ses filles, le père, le jeune officier se jetèrent en pleurant dans les bras les uns des autres »
Cela est très touchant, mais n'a qu'un défaut, celui de renfermer au moins une erreur par phrase, souvent deux, quelquefois trois. Le baron de Schauenbourg avait donc parfaitement raison de s'en tenir au témoignage de Madame de Sahune, la première accompagnatrice du chant de Rouget de Lisle (ou sa sœur), et nous concluons avec lui que la scène de famille décrite par l'auteur des Girondins n'a jamais eu lieu.
PlbCES JUSTIFICATIVES 405
in
Là lettre de Madame Dietrich.
De tous les documents relatifs à l'origine de la Marseillaise^ le plus précieux, sans contredit, est la lettre écrite par Madame Dietrich quelques jours seulement après la première exécution chez elle du chant de Rouget de Lisle : contemporaine de l'événement, elle doit faire autorité avant tout autre. Aussi, à cause de son intérêt exceptionnel, en avons-nous donné le texte intégral au cours même de notre récit*. Mais les détails contenus dans cette lettre, son existence mémp, appellent quelques réflexions complémentaires.
Elle fut publiée pour la première fois, à ma connaissance, dans un volume d'Albert de Lassalle, la Musique pendant le siège de Paris (1872, p. H6), lequel n'était qu'une réimpression d'articles écrits au jour le jour pendant la guerre. Comme ce livre, ainsi que tous les écrits du même auteur, est fait de renseignements de seconde main et que les sources n'y sont jamais indiquées, excepté celles que tout le monde connaît, nous ne trouvons aucun renseignement utile sur l'origine de cette pièce : « On nous communique un document curieux », dit-il ; et c'est tout.
Vers le même temps elle fut imprimée à Strasbourg, dans un article de VIndicateur du Bas-Rhin^ du 20 janvier 1872, signé de M. Ad. Morpain, et tiré à part (chez Ch. Wurst) sous ce titre : Souvenirs historiques d'Alsace^ Rouget de Lisle à Strasbourg et à Huningue. A la page 9 de cette brochure, parlant des relations de Rouget de Lisle avec la famlle de Madame Dietrich à Huningue et à Bâle, l'auteur écrit: « Cela donne raison à une lettre inédite qui se trouvait entre les mains de M. Karl Bernard, un charmant poète et
ami, prote dans l'imprimerie Dannbach Je pris note de
cette lettre, ne sachant pas qu'un jour elle aurait un certain prix pour suivre Li trace de Rouget de Lisle. La voici. >» Suit le texte de la lettre.