‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 122 sur 124 · A. LoQuiN, Mélodies Populaires de la France, p · texte numérisé non relu

A. LoQuiN, Mélodies Populaires de la France, p

5. Le Centenaire de la Marseillaise, Jowmal d'Alsace du 25 avril 1892.

Premières exécutions officielles de la MARSEILLAISE.

Lettre de Servan, ministre de la Guerre, au général Kellermann, après la bataille de Valmy (extrait).

Du 26 septembre 1792.

J'ai reçu, général, vos dépêches du 24 de ce mois et je renvoyé dans cette lettre les réponses que j'ai à vous faire sur différents sujets qui ne tiennent qu'indirectement au service :

i° La mode des Te Deum est passée, il faut y substituer quelque chose de plus utile et de plus conforme à l'esprit public, je vous autorise donc, général, si vous croyez avoir besoin d'autorisation, à faire chanter solennellement, et avec la même pompe que vous auriez mise au Te Deum, Lhimne des Marseillais que je joins icy à cet effet. Si le même jour quelqu'éloquent et chaud patriote veut se charger de prononcer quelque harangue énergique et digne de la cause et de ses deffenseurs, bon encore.

(Archives historiques du Ministère de la Guerre, extrait du registre de copies des minutes).

Réponse de Kellermann à Sei^an.

Du Quartier général de Dampierre-sur-Aisne Le 29 septembre 1792, l'an l" de la République. — N» 274.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 26 de ce mois, par

laquelle vous m'accusez la réception de mes dépêches du 24. Je substituerai très volontiers au Te Deum VHymne des Marseillais que j'ai trouvé joint à votre lettre et le ferai chanter solennellement avec la même pompe que j'aurais mise au Te Deum, Je tacherai de trouver un éloquent et chaud patriote pour prononcer quelques harangues énergiques et dignes de la cause et de ses défenseurs...

(Archives historiques du Ministère de la Guerre).

Extraits du procès-verbal de la séance de la Convention du vendredi 28 septembre 4 792.

1° On lit une lettre du ministre Servan qui propose de célébrer Theureux événement qui affranchit la Savoie en faisant chanter à un jour fixe, dans la place de la Révolution, VHymne des Marseillais,

2° Sur la proposition d'un membre, qui convertit en motion la demande faite d'une fête par le Ministre de la Guerre, la Convention nationale décrète que, pour célébrer les succès qui ont suivi les armes françaises en Savoie, une fête sera célébrée dans toute la République, et que VHymne des Marseillais sera solennellement chanté dans la Place de la Révolution.

{Procès-verbal de la Convention nationale imprimé par son ordre septembre 1792, p. 92, 93).

Arrestation et mise en liberté de Rouget de Lisle

en 1793-94.

Séance du Comité de Salut public du 18 septembre 4793,

Le Comité de Salut public arrête que le citoyen Rougez, surnommé de Lille, ci-devant oJQficier du génie et retiré à Saint-Germain, sera mis sans délai en état d'arrestation. Charge le Ministre de la Guerre de Texécution du présent arrêté.

(Archives nationales. Arrêtés du Comité de Salut public, 2* vol., p. 337).

Un catalogue d'autographes (vente baron Girard ot, 13 et 14 juin 1879) mentionne Tampliation du décret du Comité de Salut public qui ordonne l'arrestation de Rouget de Lisle, le 18 septembre 179.3. Signé, Jean-Bon St-André, Camot, CoUot d'Herbois et Prieur de la Marne.

Séance du Comité de Salut public du 41 nivôse an IL

Le Comité de Salut public arrête que le Ministre de la Guerre fera mettre sans délai le citoyen Rougez, dit De Lille, cy devant officier du génie, en état d'arrestation. Signé au registre,i Carnot, Barère, Robespierre, Collot d'Herbois, Billaut-Varennes, R. Lindet, Couthon.

(Archives nationales. Arrêtés du Comité de Salut public, nivôse an II. p. 101).

Le musée des Archives nationales possède Texpéditiou de cette dernière pièce, signée Carnot, B. Barère, Robespierre, Collot d'Herbois, Billaud-Varenne. .

Extrait du procès-verbal de la séance de la Convention

du 17 thermidor an IL

Le citoyen Rouget de Lille, auteur de V Hymne des Marseillais, détenu, fait hommage à la Convention d'un hymne dithyrambique sur la conspiration de Robespierre et la révolution du 9 thermidor.

La Convention décrète mention honorable de Toffre de l'hymne patriotique, la renvoie au comité d'Instruction publique, et la demande de mise en liberté au comité de Sûreté générale.

(Procès -verbal de la Convention nationcUef t. XLIIl, p. 41).

Rouget de Lisle et les Assemblées de la Révolution.

La Marseillaise reconnue chant national.

Extrait du compte-rendu de la séance de la Convention du 26 messidor an 111 [4 A juillet 4795).

A 1 ouverture de la séance, Dussaulx prononce un discours sur la mémorable journée du 14 juillet.

Sur la proposition de ce représentant, le citoyen Lasalle, nommé par les habitants de Paris pour les commander à cette époque, est introduit dans le sein de la Convention nationale au milieu des applaudissements.

L'Institut national de musique se place dans la salle ; il exécute une symphonie; ensuite il chante VHymne des Marseillais. On ne peut se peindre l'eiret qu'ont produit ces sons inattendus, et qu'on avait oubliés

depuis quelque temps. Ils ont fait passer dans toutes les âmes cette énergie, cet enthousiasme de la liberté qu'ils inspirèrent aux jours où ils furent entendus pour la première fois. Les applaudissements redoublaient à chaque couplet ; il en est un qui les a excités d'une manière bien remarquable : pendant plusieurs minutes les battements de mains, les bravos, les cris de Vive la République, ne permettaient pas d'entendre les accents de la musique. C'est ce couplet ci :

Tremblez, tyrans, et vous, perfides, L'opprobre de tous les partis.

Tremblez ! vos projets parricides

Vont enfin recevoir leur prix.

Tout est soldat pour vous combattre :

S'ils tombent, nos jeunes héros, La terre en produit de nouveaux Contre vous tout prêts à se battre.

Aux armes, citoyens ! etc.

L'Assemblée a entendu debout et découverte l'invocation à la liberté qui termine cet hymne.

Au milieu de l'enthousiasme qui enflammait tous les esprits et tous les cœurs, Jean Debry demande la parole.

Jean Debry. — Ce n'est point une discussion que je veux élever; mais je demande que le sentiment délibère, je demande que nous rendions à l'esprit national cette énergie, cette chaleur qu'il avait aux beaux jours de la Révolution (On applaudit vivement; toute l'Assemblée se lève en signe d'adhésion) : cette énergie qui, il y a six ans, à pareil jour, porta le premier coup à la tyrannie, et qui le 10 août préluda, par les chants civiques que nous venons d'entendre, au renversement du trône (Applaudissements). Je demande que l'hymne à jamais célèbre des Marseillais, cet hymne qui nous

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fît gagner tant de batailles, soit consigné tout entier dans le procès-verbal d'aujourd'hui, et que le comité militaire donne des ordres pour que cet air soit joué à la garde montante (On applaudit).

La proposition de Jean Debry est adoptée au milieu des bravos et des cris de Vive la République.

L'Institut national chante encore le Ça ira, le Chant du départ^ Tair Veillons au salut de Vempire^ un chœur, par Voltaire, musique de Gossec : Peuple, éveille-toi, romps les fers.

Suite de la séance : Jean Debry. — Je demande que le nom de Fauteur de l'hymne des Marseillais, de Rouget de Lille, soit honorablement inscrit au procès-verbal d'aujourd'hui. Cet excellent patriote fut incarcéré six mois sous la tyrannie de Robespierre, tandis que le chant dont il avait composé les paroles et la musique conduisait nos frères à la victoire.

Charles Delacroix. — Rouget de Lille a fait une autre ode à la Liberté, qui ne dément pas la première : je demande (ju'elle soit chantée dans la prochaine fête publique.

Cette proposition est renvoyée au Comité d'instruction, et celle de Jean Debry est adoptée.

Roux (de la Haute-Marne). — J'apprends à la Convention que Rouget de Lille est allé combattre les Anglais et les émigrés descendus sur nos côtes (On applaudit vivement).

1^'Insiitut national reprend; on s'attendait qu'il allait exécuter un air qui mérite aussi de tenir une place parmi ceux auxquels la Révolution doit des succès, celui qui servit de chant de ralliement aux vrais patriotes pour détruire la tyrannie jacobite, le Réveil du peuple; mais ce fut en vain; la fête se termina par T.Air

des Marseillais qu'on devrait plutôt appeler le Chant du combat ou le Pas de charge.

La séance continue.

(Réimpression de l'ancien Moniteur, t. XXV, p. 239).

On peut consulter encore sur ce sujet le Prœès-verbdl de la Convention nutional imprimé par son ordre^ et le Bulletin des Lois.

Extrait du compte-rendu de la séance de la ConTention

du 9 thermidor an III.

L'Institut national de musique chante le premier et le dernier couplet de VAir des Marseillais. Ils sont couverts d'applaudissements.

Bailleul. — L'hymne aux accents duquel nos soldats marchent à la victoire est sacré ; et l'on ne doit pas le proscrire, parce que des cannibales l'ont profané en le chantant à la suite des voitures qui traînaient les victimes à l'échafaud {Applaudissements). Il est un autre chant qui a achevé la victoire du 9 thermidor et qui a assuré tous les succès qu'elle nous promettait, je veux parler du Réveil du peuple. (Des applaudissements partent de tous les côtés de sa salle. — On murmure dans une partie).

Si d'autres cannibales ont assassiné dans les prisons en chantant cet air, il n'en a pas moins rendu de grands services à la République ; et l'on ne doit pas plus le proscrire, parce que des assassins l'ont profané, qu'on ne devrait proscrire le mot de vertu^ parce que Robespierre en a tant abusé. . .

Les restes de l'ancienne Montagne font éclater de violents murmures. L'Institut ne leur donne pas le

temps de manifester davantage leur mécontentement et leur opposition ; il commence le Réveil du peuple qui est couvert d'applaudissements.

. . . Fréron. — La Convention nationale vient de décréter qu'il sera fait mention honorable de l'armée victorieuse des lâches émigrés, et des généraux qui ont dirigé l'attaque de Quiberon. J'appelle l'intérêt et la justice des comités de gouvernement sur l'auteur de l'hymne que vous venez d'entendre, sur Rouget de Lille, qui sait également chanter la liberté et combattre pour elle. Ce nouveau Thyrtée n'a point quitté la tête des colonnes républicaines, commandées par Hoche ; il n'a point quitté les représentants du peuple; et n'ayant pas d'emploi dans nos armées, quoiqu'ofîicier du génie réintégré, c'est en volontaire qu'il a servi dans cette mémorable action.

Il est blessé à la cuisse d'un coup de mitraille. Je demande que le Comité de salut public s'occupe promptement des moyens de le récompenser, en lui donnant de l'emploi dans les armées de la République.

Cette dernière proposition est décrétée.

La fête se termine par le Chaîit du départ.

La séance continue.

(Réimpression du Moniteur^ l. XXV, p. 358).

Proclamation faite au Champ de Mars, le l^'* vendémiaire de l'an V, anniversaire de la fondation de la République, conformément à l'arrêté du Directoire.

Si de tout temps la nation française a su vaincre, de tout temps elle a su chanter ses victoires; mais sous le

règne du despotisme le génie enchaîné n'avait que peu de cordes à toucher sur la lyre : aujourd'hui la liberté lui rend tout son essor ; les Pindares et les Tyrtées se multiplient et font connaître à l'Europe que si nous savons défendre la liberté par notre courage, nous savons aussi la faire aimer par nos chants.

Voici les noms des poètes et compositeurs qui ont contribué à Fornement des fêtes nationales depuis la conquête de la liberté, et auxquels la nation adresse un tribut de reconnaissance.

Après avoir cité Marie-Joseph Chéuier, Lebrun, Desorgues et Compigni, la proclamation ajoute :

Enfin le citoyen Rouget de Lille, le véritable Tyrtée français par l'influence de son chant Marseillais, dont il est le poète et le compositeur tout ensemble, qui a valu tant de victoires à la République, chant si cher à nos soldats, et qui sait encore forcer nos ennemis môme à le craindre à la fois et à le chanter.

La proclamation cite encore Baour-Lormian, Varson, Dravigni, Pillet, Fline, Lachabaussière et la citoyenne Pipelet. Comme compositeurs, elle fait mention de Gossec, Méhul, Catel, Berton, les frères Jadin, Lesueur, Langlé, Lefebvre, Eler, Pleyel, Martin; enfin, elle conclut en ces termes :

Poètes et compositeurs, la nation vous proclame dignes de h a reconnaissance, et vous invite encore par vos talents dans cette nouvelle année, à l'ornement des fêtes nationales et à la gloire de la patrie.

Réimpression de rancicn Moniteur^ XXVlil, 450).

Récompense nationale décernée à Rouget de Lisle

en l'an III.

Commission des Revenus nationaux, — Extrait du registre des arrêtés du Comité des finances de la Convention nationale, section des domaines et contributions.

Le 11 fructidor, l'an IH, do la République française une et indivisible.

Sur la communication faite par un membre du Comité dïnstruction publique d'un arrêté pris par ce Comité, le 4 de ce mois, par lequel le citoyen Rouget de risle, auteur de VHymne des Marseillois^ est autorisé à choisir dans le dépôt National, rue Bergère, maison cyd. Douet, deux violons avec leurs archets et étuis.

Le Comité des finances, section des domaines, préalablement consulté,

Le Comité arrête que l'arrêté pris par le Comité d'instruction publique le 4 de ce mois en faveur du citoyen Rouget de Tlsle sera envoyé à la Commission des Revenus nationaux pour être exécuté selon sa forme et teneur.

Pour extrait conforme:

Signé : Leclerc, président.

(illisible), secrétaire.

■ Pour copie conforme:

Signé: E. Poussielgue.

La Commission des Revenus nationaux au citoyen Bruny, garde du dépôt National, rue Bergère.

Paris, le 24 fruclidor, an 111, de la République française.

Nous VOUS envoyons, Citoyen, copie de nous certifiée d'un arrêté du Comité des finances, du 11 de ce mois» qui ordonne Texécution de celui pris par le Comité d'instruction publique le 4, par lequel le citoyen Rouget de l'Isle, auteur de VHymne des Marseillois est autorisé à choisir, dans le dépôt dont la garde vous est confiée, deux violons avec leurs archets et étuis.

Nous vous invitons, en conséquence, Citoyen, à remettre au citoyen Rouget de Tlsle, lorsqu'il se présentera avec une lettre de nous, deux violons avec leurs archets et étuis, qu'il choisira lui-même parmi tous ceux qui existent dans le magazin confié à vos soins. Vous aurez soin, au surplus, de nous accuser la réception de cette lettre.

Salut et fraternité.

Pour copie conforme :

Signé: (illisible). Signé: E. Poussielgue.

(Archives nationales, F. 17, 1048).

Rouget de Lisle pensionné par Louis-Philippe.

Paris, le 5 août 1830.

Monsieur, VHymne des Marseillais a réveillé dans le cœur de M. le duc d'Orléans des souvenirs qui lui sont chers. Il n'a point oublié que l'auteur de ce chant patriotique

fut un de ses anciens camarades d'armes, et je suis bien heureux de vous annoncer que S. A. R. vient de vous accorder une pension de 1500 francs. Le premier quartier vous en sera payé lorsqu'il vous conviendra de passer ici à sa caisse.

Je saisis avec empressement cet'e occasion de vous renouveler, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus sincères et les plus distingués.

Le secrétaire des commandements de S. A. R.^

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