OUDARD
(D'après une copie autographiée jointe aux quatre volumes de musique manuscrite de Rouget de Lisle, à la Bibliothèque de Lons-ie- Sauinier. — Le Moniteur du 5 août donne la première phrase de celle lettre et la première partie de la seconde).
La MilRSEILLÂlSE chant national de la troisième
République.
Extrait du compte rendu de la séance de la Chambre des députés du vendredi 4 A février 4879.
Présidence de Gambetta.
M. LE Président. — L'ordre du jour appelle la discussion sur la prise en considération de la proposition de loi de M. Talandier et plusieurs de ses collègues, ayant pour objet de faire reconnaître à la Marseillaise, conformément au décret du 26 messidor an IV (14 juillet 1795), son caractère de chant national français*.
1. Cette proposition, déposée sur le bureau de la Chambre à la séance du 25 janvier 1878 (V. Officiel du 26, p. 690),
M. Barodet. — Messieurs, quand M. Talandier, quelques-uns de nos amis et moi avons déposé la proposition de loi tendant à faire reconnaître à la Marseillaise le caractère de chant national, nous avions plusieurs ministres et un président de la République qui paraissaient avoir horreur de ce chant sublime dont Lamartine a dit qu'il est gravé dans l'àme de la France.
On interdisait la Marseillaise aux citoyens; on Tinterdisait aux musiques militaires : on l'interdisait dans les cérémonies officielles, aussi bien en France qu'à l'étranger, et nous nous rappelons tous qu'au Palais de l'Industrie, à la distribution solennelle des récompenses aux exposants, on a préféré nous faire entendre du plain-chant et des cantiques.
Aujourd'hui, Messieurs, les temps sont bien changés: nous avons deux Chambres républicaines, des ministres républicains, un Président de la République républicain. Nous avons donc lieu de croire que la Marseillaise a désormais conquis sa pleine liberté, et que le décret du 26 messidor an III, qui attribue à la Marseillaise le caractère de chant national, recevra son entière exécution.
Si donc. Messieurs, le ministère, notamment M. le
fut imprimée dans le Journal Officiel du 4 février {p. 1059^. Le 5 mai parut un rapport de M. Eugène Durand, tendant au rejet de la prise en considération, un décret du 26 messidor an 111 attribuant à la Marseillaise le caractère de chant national, et la proposition étant conséquemmcntsans objet. — A la séance du 23 janvier 1878 avait eu lieu une vive discussion relative à un incident qui s'était produit au théâtre de Nantes, oii, la Marseillaise ayant été chantée dans le drame Marceau ou les Enfants de la République^ un officier supérieur avait protesté en termes inconvenants, et l'autorité militaire, à la suite de cette manifestation» avait consigné le théâtre à la troupe. (Voy. Officiel du 26 janvier, p. 676 et suiv.)
Ministre de la Guerre, veut bien nous en donner l'assurance à la tribune, nous retirerons notre proposition. M. LE GÉNÉRAL Gresley, ministre de la Guerre. — Messieurs, il ne peut entrer dans ma pensée, comme Ministre de la Guerre, de m'opposer à Texécution d'un décret. J'appliquerai donc le décret du 26 messidor an III dans toutes les circonstances où il y aura lieu de rappliquer. (Applaudissements prolongés à gauche et au centre. — Murmures à droite).
Des protestations partant du côté droit de rAssemblée ont interrompu à plusieurs reprises et prolongé cette discussion. Il nous a paru inutile de conserver cette partie du compterendu, dont les quelques extraits suivants donneront une idée suffisante :
M. de la Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Nos
pères ont été guillotinés à ce chant là.
M. Barodet. — Nous n'avons guillotiné personne.
M. Louis le Provost de Launay. — On a fait la comraune avec ce chant là.
M. Barodet. — On a sauvé la patrie à ce chant là.
M. le Président, après quelques observations, conclut en demandant à la Chambre de cesser des interpellations qui sont « un véritable anachronisme dans les deux sens. » (Approbation sur un grand nombre de bancs.)
M. de Tillancourt. — L'Empire a fait chanter la Marseillaise par les troupes en 1870.
M. Louis le Provost de Launay. — On refera la Commune avec le chant de la Marseillaise !
M. Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, — Nous sommes là pour lutter contre elle et contre vous !
M. Louis le Provost de Launay. — Vous inviterez les souverains à venir à Paris entendre la Marseillaise !
{Journal officiel du 15 février 1879, p. 1.088).
Portraits et souvenirs personnels de Rouget de Lisle.
— Médaillon de David d'Angers, 1827, marbre, diam» 0™60. Tête nue, de profil à droite. C'est le plus célèbre portrait de Rouget de Lisle. Il en a été question au cours de la biofjraphie*. Le modèle en plâtre appartient au musée d'Angers. Le marbre fut mis en loterie au profit de Rouget de Lisle. Une épreuve en plâtre est au musée de Lons-le-Saulnier. En 1844, une réplique en marbre fut exécutée par David pour le tombeau de Rouget de Lisle ; elle en a été retirée postérieurement, et mise en vente à Bordeaux. — Un médaillon plus petit (de 0"^15 de diamètre), en bronze, fut fait par David d'Angers en 1833. — Ce médaillon a été gravé en 1829 par Leroux pour V Artiste y t. IX, 4« série. E. Rogat grava d'après lui une médaille qui fut exposée au Salon de 1834. Elle existe à la Bibliothèque nationale, série des hommes célèbres, numéros 643 et 1136.
Pour plus amples renseignements sur cette œuvre et ses reproductions, voir VInventaire des richesses d'art de la France, 1885, p. 125, 147 et 353.
— Portrait à l'huile, représentant Rouget de Lisle en uniforme de capitaine. A été exposé en 1889 au musée de la Révolution. Appartient à M. Moreau- Chaslon.
— Portrait à l'huile, par Mérimée père, datant de la vieillesse de Rouget de Lisle. Appartient à M. Gaultard.