‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 24 sur 124 · L. Spach, F. de Dietrich, 18o · texte numérisé non relu

L. Spach, F. de Dietrich, 18o

dans le Moniteur du 6 mai i7921eslignes suivantes:

€ extrait (Tune lettre de Strasbourg, du 26 avril:

« La déclaration de guerre, proclamée hier par

ie maire, a été une fête à Strasbourg... » (Suit une

description de la fêle).

Cette preuve est sans réplique*. C'est donc le 25 avril 1792 que la guerre fut proclamée à Strasbourg ; et c'est la nuit du 25 au 26 qui vit naître rhymne qui devait y jouer, dans cette guerre, un rôle si glorieux et si terrible.

Moment solennel! Le plus grave, peut-être, de loute l'histoire des temps modernes! Cette guerre que la France révolutionnaire déclare à l'Europe monarchique, ce n'est plus une guerre d'intérêts ou de dynasties, comme celles du xvu^ et du xvm° siècles, mais une guerre de races, de principes et

1. Chose singulière: l'auteur de la Vérité sur la pateimité ffe la Mai^seillaise a connu cet article du Moniteur, mais il le rapporte inexactement. Il dit: « 24 avril 1792. — La déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie a été proclamée «^t f»* tce à Strasbourg, par le maire de Dietrich {Moniteur du 6 mai 1792). » Loc cit. ^.1, Premiers documents historiques. Or. le Moniteur ne parle aucunement du 24 avril, mais son r.>rrespondant, écrivant le 26 avril, dit : <« Hier. » Mais il «*ût fallu contredire une opinion admise : M. Amédée Rouget •ic Liï^le ne l'a pas osé ; il a mieux aimé falsifier un texte authentique. Quelle misérable manière de couiproudre l'histoire !

d'indépendance, une guerre nationale s'il en fut jamais. Ce jour est le premier d'une lutte qui se poursuivra presque sans relâche, d'abord jusqu'en 1815, et dont les événements qui ont séparé Strasbourg de la mère patrie ne sont en réalité qu'une reprise ; et qui saitsi elle est définitivementclose?... Cette guerre, enfin, elle est la préoccupation dominante de tout le peuple, à cette heure d'activité surhumaine où ses préoccupations étaient si nombreuses et diverses! Les événements intérieurs de la Révolution ont, par leur caractère exceptionnel, trop distraitrattentionpourquel'onaitpujuger sainement de ce qu'avait été la guerre : à considérer les choses de près, ne voit-on pas qu'elle seule est la cause de tout, qu'à dater de ce moment toutes les grandes journées révolutionnaires, tous les grands actes politiques qui vont suivre sont motivés par ses diverses phases? Et n'estil pas possible, après cela, d'imaginer à quel degré avait pu monter cette effervescence, précédant les grandes résolutions , de concevoir de quels sentiments confus, mais profonds, était pénétré l'esprit de ce peuple qui, pour la première fois, combattait pour sa propre cause; de quelles pensées, enfin, était animé celui qui, dans ce jour, devait être le dépositaire de son inspiration?

A Strasbourg, presque en vue de l'armée ennemie, la proclamation de la guerre fut célébrée comme une fête. Le peuple s'était répandu par

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toute la ville, attentif aux préparatifs, s'informant des nouvelles, tout le monde portant ostensiblement les emblèmes de la nation : même, pourdonnerà cette manifestation un caractère d'uni versalité et y associer malgré eux ceux qui n'eussent vraisemblablement pas eu la pensée de le faire d eux-mêmes, des patriotes appliquèrent aux portes des couvents et jusque sur les oreilles des statues des saints des cocardes et des rubans tricolores ^ ♦

Déjà Ton s'entretenait de ce que seraient les évènémeats de demain. Il n'était question que du maréchal Luckner, qui inspirait alors une très grande confiance. Il n'avait qu'à passer le Rhin, disait-on, ilétait sûr d'être accueilli partoutcomme an ami ! Les Allemands, à sa venue, devaient faire leur révolution, et l'on écrivait de tous côtés qu'on Tatteadait pour lui donner, non des batailles, mais des fêtes!.... Oh! les belles illusions des premiers moments ! Et Ton citait de beaux traits, des mots héroïques, des actes de désintéressement, la plupart, d ailleurs, parfaitement réels. Le matin même, un groupe de citoyens de Strasbourg avait fait offrir au maréchal quatre mille chevaux de trait*. Dans la journée, un article de Id^. Feuille de Strasbourg^ signé de deux initiales qu'on n'avait pas encore vues dans ce journal, R. L., après avoir,

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