‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 25 sur 124 · ibid · texte numérisé non relu

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en quelques mots d'une ironie dure, dénoncé les manœuvres hypocrites des jacobins, racontait en termes chaleureux que, les bataillons de volontaires s'étant trouvés sans solde et menaçant de déserter, le général Victor de Broglie avait écrit aux comnaandants de ces bataillons pour offrir à chacun deux mille francs de ses propres deniers*. Par le fond comme par la forme de cet article, il était facile de reconnaître le dévouement éprouvé et enthousiaste de Rouget de Lisle à sa cause et à ses amis.

Des phrases sorties des clubs couraient sur toutes les bouches, comme celles-ci^ prises à une proclamation que la « Société des amis de la Constitution », celle de Dietrich et de ses amis, allait adresser incessamment au peuple de Strasbourg :

« Aux armes, citoyens! L'étendard de la guerre est déployé ; le signal est donné. Aux armes! 11 faut combattre, vaincre ou mourir.

« Aux armes, citoyens! si nous persistons à être libres, toutes les puissances de l'Europe verront échouer leurs sinistres complots. Qu'ils tremblent donc, ces despotes couronnés ! L'éclat de la liberté luira pour tous les hommes. Vous vous montrez dignes enfants de la liberté, courez à la victoire, dissipez les armées des despotes !....

« Marchons ! soyons libres jusqu'au dernier soupir, et que nos vœux soient constamment pour la

félicité de la patrie et le bonheur de tout le genre humaine »

Enfin, pour terminer ce jour de fête patriotique, le maire offrait le soir un grand dîner aux personnalités les plus marquantes du monde civil et militaire, dans sa maison de la Place de Broglie, la maison familiale des Dietrich, située dans le plus beau quartier de la ville, celui où, depuis longtemps, la noblesee alsacienne avait établi sa résidence : les Wurmser, les Vendenheim, les Landsperg, les Wangen de Geroldseck y avaient leurs hôtels séculaires ; de nos jours encore, bien que rien ne subsiste des anciennes constructions, il est resté le plus brillant de Strasbourg. Rouget de Lisle habitait dans le voisinage, rue de la Mésange, ane petite rue étroite et courte, avec de ces vieilles maisons à pignons et grandes cheminées carrées comme il en est resté encore quelques types dans certains quartiers de la capitale alsacienne : rhôtel des barons de Berstett, construction du xvi« siècle, était précisément enface de sa maison^. Les noms de plusieurs convives de ce repas historique nous ont été conservés. Il y avait, outre les maîtres de maison, les généraux Victor de Broglie, Achille du Chastellet et d'Aiguillon ; les

1. Fh. C. Heitz, Les Sociétés politiques de Strasbourg ; Sein- GL'EKLET, Striisbourg pendant la Révolution.

2. Pour la question des logements occupés par Rouget de Lisle pendant son séjour à Strasbourg, voy. Pièces justificatives, P.

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capitaines Rouget de Lisle et Caffarelli du Falga; les lieutenants Masclet et Desaix, le futur héros de Marengo; peut-être Frédéric et Maurice Engelhardt ; puis les deux fils de la maison, Albert et Frédéric, l'aîné, chef du bataillon volontaire des Enfants de la patrie depuis 1791, ]e second, engagé des derniers jours ; enfin les deux jeunes nièces, et, à ce qu'il semble aussi, leur mère, belle-sœur de Frédéric Dietrich*.

C'était comme un dîner d*adîeu. Plusieurs se disposaient à partir pour rejoindre leurs postes de guerre. Dans quatre mois, quand nous les retrouverons après le 10 août, ils seront disséminés à Wissembourg, à Hunîngue, aux gorges de Porrentruy, à l'armée de Belgique : dès demain, du Chastellet va partir pour aller prendre le commandement de la place de Schelestadt^.

De quoi Ton parla d'abord, qui ne le devinera? Des batailles prochaines, des victoires et des gloires à venir. Car on était plein de confiance et d'enthousiasme, plein d'impatience aussi. Pourquoi, disait-on, avoir retiré de l'armée du Rhin dix mille hommes avec lesquels il eut été si facile de prendre les Autrichiens du Brisgau ? Ce pourrait être déjà fait, tandis que, dans quinze jours. Ton

1. Pour ces détails comme pour ceux qui suivront, voy. Pièces justiGcatives F à N, ainsi que la lettre de Madame Dietrich ci-après ; tous ceux qui provlendronLd'autres sources feront l'objet de notes spéciales.

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