‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 29 sur 124 · Au sujet de cette lettre, voir pièces justificatives, M · texte numérisé non relu

Au sujet de cette lettre, voir pièces justificatives, M

LA MARSIilILLAlSE 95

mélodie conforme à celle de cette version primili?e, et en outre, avec un accompagnement de clavecin, très naïf, plein de gaucheries qui tranchent singulièrement sur Tallure assurée du chant. Quel est Taiiteur de cet accompagnement ? Nul ne le pourrait dire avec certitude*. Mais si javançais qu'il est Tœuvre de madame Dietrich eiie-même, une telle conjecture ne semblerait-elle pas assez plausible ^ ?

1. M. G. Chouquet, dans une étude consacrée aux Chants de la Révolution (Art musical^ 1864, p. 410), attribue le premier accompagnement de la Marseillaise à Edeluiann, dout Dous ayons signalé le nom en sou temps. Je crains qu'ici le regretté musicographe, qui ne cite d'ailleurs aucune source, se soit laissé entraîner par le principe de Jean-Jacques autorisant à « broder les circonstances », ou à « remplir par des faits controuvés les lacunes des souvenirs ». La vérité est qu'Edelmann, autrefois ami de Dietrich, dont l'avait rapproché le goût commun de la musique, se lança dès les premiers moments dans le jacobinisme le plus ardent : il fut un des plus acharnés accusateurs du maire; cité en témoignage dans son procès à Besançon, il l'apostropha publiquement en ces termes : « Je te pleurerais parce que tu es mon ami, mais tu dois mourir parce que tu es un traître » (Voy. Ch. Nodier, Souvenirs et portraits, Euloge Schneider). Il est donc des moins probables qu'il ait joué un rôle quelconque à Torigine d'un chant né sous riospiration de Dietrich et presque chez lui.

2. Dans les papiers de la famille de Dietrich se trouve une autre version manuscrite de la Marseillaise, pour pi.ino seul avec un accompagnement d'amateur bien curieux aussi, et qu'on a bien voulu me communiquer. Celle-ci est certainement postérieure : nous en avons pour preuve son titre : Marc fie de Rouget de Liste dite Hymne des Marseillais; on outre, le chant a subi quelques modificatious, lesquelles d'ailleurs, ne portent pas sur les parties dans lesquelles la tradition populaire a altéré la ligne mélodique primitive du ch.iut de Rouget de Lisle.

Cette époque (la fin d'avril et le mois de mai 1792) marque pour Rouget de Lisle un redoublement d'activité poétique et musicale. Sauf les vers de V Hymne à la Liberté, dont les principaux éléments sont du reste antérieurs, il n'a rien écrit qui puisse être rapporté à la première partie de son séjour à Strasbourg : maintenant, le voilà entraîné, il se remet à produire de plus belle. Ses recueils donnent deux pièces datées d'une époque très voisine de celle de la composition du Chant de guerre de V armée du Rhin : d'abord de petits vers, dans la forme épigrammatique, où il fait, en des termes d'où l'héroïsme et le lyrisme sont, cette fois, complètement absents, le portrait de sa propre personne ; les Essais datent cette pièce de « Strasbourg, 1" mai 1792 ». Ce voisinage nous oblige à la donner :

Page 1