‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 36 sur 124 · Voir ci-après, p. 109, note · texte numérisé non relu

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PROPAGATION DU CUAiNT NATIONAL 107

bouge !... Certes, il a bougé, cette fois, et si bien qu'il nous faut convenii* que rien ne peut rester tranquille dans le pays, lorsque le midi bouge I

On était à. Tépoque où l'Assemblée nationale venait de décider la formation d'un camp de vingtmille fédérés sous Paris. Le roi, hostile à ce projet, avait renvoyé le ministère girondin qui l'avait soutenu. A Paris, la journée du 20 juin s'en était suivie. A Marseille, l'agitation n'était pas moindre : elle fut à son- comble lorsque le jeune député Barbaroux, après une entente avec les ministres renversés, Roland et Servan notamment, eût écrit au club Marseillais des Amis de la consliluiion pour demander la levée et l'envoi à Paris d'un bataillon volontaire : « Six cents hommes qui sachent mourir », disait-il. Pas un moment ne fut perdu pour arriver à la réalisation de ce vœu révolutionnaire. — A Montpellier aussi, l'ejOTervescence était grande : l'on voulait de même organiser un bataillon. Et comme la traversée de la France par ces deux petites troupes isolées n'était pas sans péril, le club de Montpellier envoya à celui de Marseille deux délégués pour s'entendre sur la possibilité de les réunir et de faire la route ensemble. Une séance du club eu lieu le "^l juin, où les montpelliérains reçurent un accueil enthousiaste : l'on décida de les retenir jusqu'au lendemain et de leur offrir un banquet.

O repas, de quatre-vingts couverts, fut donné

chez le traiteur David, rue du Tubaneau (en français : de FEstaminet), une des petites rues voisines du cours et de la Cannebière. A la fin, Tun des délégués de Montpellier, Mireur, qui déjà la veille s'était couvert de gloire en prononçant un discours enflammé, un de ces discours comme on n'en entend qu'à Marseille, chanta, de sa voix de méridional, forte et sonore, une chanson patriotique encore inconnue de rassemblée.

C'était le Chant de guerre de Varmée du Rhin, L'on juge de Témotion ! Car, bien certainement jamais encore les échos de la Cannebière n'avaient retenti de pareils accents ! Mireur chantait les strophes de flamme avec une énergie qui en redoublait l'intensité d'expression : à chaque couplet, l'assemblée, folle d'enthousiasme, répondait par des applaudissements, des cris, des acclamations frénétiques. Deux rédacteurs du Journal des départements méridionaux , Alexandre Ricard et Micoulin, qui assistaient à la fête, demandèrent au chanteur communication du texte ; ils le publièrent le lendemain, et, modifiant le titre primitif, l'appelèrent Chant de guerre aux armées des frontières. Deux jours après cette réunion, les registres d'engagement étaient ouverts : les volontaires affluèrent, le bataillon fut constitué en une semaine, et tous, dit un historien local, reçurent un exemplaire de l'hymne qui devint dès lors le chant de ralliement des Marseillais, leur dût sa popularité

aniverselle, et finit par leur emprunter jusqu'à son nom définitifs

1. Pour tonte cette histoire, voyez : Pollio et Ad. Marcel, ie Bataillon du 10 août^ 1881. — Plusieurs détails appellent des observations. D'abord les dates, qui ne concordent pas arec celles qui ont été admises jusqu'à ce jour. Dans V Intermédiaire des chercheurs (20 sep. 1864), A. Rouget de Lisie avait indiqué le 25 juin comme date du banquet marseillais ; il semblait s'en référer pour cela à un historien local, A. Favre, auteur d'une Histoire de Marseille {i%2^)\ mais il n'en est rien : ce livre n'indique aucune date ; le i5 est sorti tout simplement de l'imagination du parent de Ronget de Liste. Cette date n'en a pas moins été reproduite fidèlement par Albert de Lassalle, A. Loquin, Le Roy de Sainte-Croix, etc. Même erreur pour la publication dans le Journal des départements méridionaux, que les mômes fixent au 26 juin. Quant à Fétis il professe une autre opinion, et donne pour date du banquet le 24 juin. Tous se trompent si l'on s'en rapporte au livre mentionné au début de cette note, livre qui, par le sérieux de la méthode et la précision des références, parait tout à fait digne de foi : il donne {p. 72) le n® 48 du Journal des départements Méridionaux ■23 juin 1792) comme étant celui qui a publié le Chant de guerre ainsi que le compte rendu du banquet, lequel avait *:u lieu la veille, c'est-à-dire le 22 juin. — Le texte du Chant inséré dans le Journal diffère du texte primitif de Uouget non seulement par de petits détails, comme des lùots changés de loin en loin, mais encore par la substitution de quatre vers entiers à la fin du quatrième couplet. Le travail obscur de la transmission par voie orale apparaît «lans ces altérations, qui, au reste, ne subsistèrent pas, car les journaux de Paris qui, à six semaines de là, publièrent le texte de la chanson telle que les Marseillais l'avaient rendue populaire à leur entrée dans la capitale, le donnent conformément à l'édition de Strasbourg ; celle-ci ••lait donc intervenue dans l'intervalle pour rectifier cette tradition infidèle. — Enfin, le Journal imprime au dessous •in titre du Chant de guerre aux armées des frontières cette mention : Sur l'air de Sargines^ qui a déjà fait couler bien d».* Tencre. Nous renvoyons à un chapitre ultérieur les obst;r%ations que cette question nous suggère. Disons seule-

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Ils se mirent en marche au commencement de juillet*. Longue est la route de Marseille à Paris : ils en égayèrent les étapes en chantant, faisant tout d'abord de l'hymne de guerre une chanson de marche 2. En traversant les villages, en entrant dans les villes, le bataillon tout entier l'entonnait avec un parfait ensemble ; et lorsqu'ils arrivaient au refrain, tous, par un geste d'un mouvement irrésistible, élevaient leurs chapeaux, agitaient leurs sabres, criant de toute la force de leurs voix ; Aux armes, citoyens ! avec une véhémence, un accent d'exaltation qui faisait passer un frisson sur les bonnes gens de Bourgogne, du Lyonnais ou du Dauphiné, stupéfaits par l'imprévu du spectacle autant que par le caractère et la beauté de la chanson ^.

il fallait cela pour compléter l'œuvre : Tartarin interprête de Tyrtée ! Composé par un solide et

ment qu'il n'y a pas à douter que, soit au banquet du 22 juin, soit dans toute la marche du bataillon, la mélodie de Rouget de Lisle (avec les quelques modifications qui sont restées dans la tradition populaire) ait été la seule que les Marseillais aient connue et chantée.

4. M. A. Loquin, qui ne doit pas ignorer que le bataillon Marseillais est arrivé à Paris le 30 juillet, car cela est un fait historique connu de tous, le fait partir de Marseille le 25 juillet (Mel. pop, de la France, p. 78, note 3). Deux cents lieues en cinq jours ! On a beau être de Marseille, il faut avouer que c'est bien marcher !

2. A Paris, dans les premiers temps de sa popularité, le chant de Rouget de Lisle était le plus souvent désigné par le titre de Marche des Marseillais.

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