‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 38 sur 124 · N» du 27 août · texte numérisé non relu

N» du 27 août

plus loin des provinces dans le but bien défini de renverser la royauté, monter|sur les planches entre deux vaudevilles, chanter une chanson patriotique, puis s'en aller ensuite prendre les Tuileries et conduire le roi de France en prison !

Au 10 août, nous dit l'histoire, les Marseillais combattirent en chantant leur marche nationale. J'avoue ne pas trop bien m'expliquer comment cela put se faire ; la défense et la prise des Tuileries fut une tuerie dont les incidents connus ne nous permettent guère de concevoir le rôle qu'y pût jouer une chanson ; il n'y eut pas, il ne put y avoir un de ces brillants assauts comme ceux que Ton vit plus tard dans les batailles des armées révolutionnaires, où la Marseillaise joua son rôle le plus glorieux. — Par contre, Michelet cite un incident bien caractéristique des mœurs populaires de ce temps, et qui prouve, s'il est authentique, que douze jours après l'arrivée des Marseillais, leur chant jouissait déjà de tout son prestige. C'était après la prise du château : la foule avait envahi les appartements. « Un des assaillants, raconte-t-il, M. Singier (depuis connu et estimé comme directeur de théâtre), a conté qu'entrant dans la chambre de la reine, il vit la foule qui brisait les meubles et les jetait par la fenêtres ; un magnifique clavecin, orné de peintures précieuses, allait avoir le même sort. Singier ne perd pas de temps ; il se met à en jouer, en chantant la Marseillaise,

, tous ces hommes furieux, sanglants, qui out leur fureur au moment même ; ils font chose rangent autour du clavecin, se mettent à er en rond, et répètent Thymme national. »

în qu'à cette époque les informations des laux fussent beaucoup moins abondantes et nlanciées qu'aujourd'hui, cependant, dès les

d'août et de septembre 1792, plusieurs feuilarisiennes publièrent le texte du chant de cet de Lisle, avec des observations souvent ieuses pour son histoire. A dire vrai, les jour- : de Paris n'avaient même pas attendu pour Tarrivée des Marseillais, car, dès le 23 juillet, ouvait lire dans la Trompette du père Duchesne ;ompte-rendu de la fête du 14 juillet au camp iningue (où Rouget de Lisle était venu après départde Strasbourg), dans lequel le correspont, après avoir parlé du Te Deum chanté le matin, B Louons Dieu étant de toutes les religions, dit- — - des acclamations, des toasts, des salves de ps de canon et du banquet final, ajoute : « La iique de chaque régiment jouait pendant le di-

le chant de guerre que je t'envoie. » Après le 3, en note : « Comme il n'est pas possible de ner ici l'air en musique, je me suis contenté d'en ner les paroles. » Et le journal reproduit le ^e, les six strophes conformes à l'édition de isbourg, et son titre même : Chant de guerre r V armée du Rhin^ dédié au maréchal Lukner,

L'on voit que Thymne faisait son chemin de tous les côtés à la fois.

La Chronique de ParlSj dont le rédacteur parlementaire n'était rien moins que Condorcet, donne aussi les six strophes dans son numéro du 29 ao<U.

Le même jour, les Petites Affiches publiaient également la poésie sous le titre de Chant patriotique dédié à l'armée de Biron et chanté par les volontaires du département de l'Aude,

La Chronique nous apprend que déjà Ton demandait la chanson dans tous les spectacles. « Les paroles sont de M. Rougez, capitaine du génie en garnison à Huningue. L'air a été composé par Allemand pourTarmée de Biron. Il a un caractère à la fois touchant et guerrier. » Cette erreur d'attribution n'est pas, nous le savons, la première dont ait eu à souffrir Rouget de Lisle : nous verrons plus tard ce qu'il faut penser de celle-ci comme des autres. Constatons seulement l'impression profonde et générale produite par sa musique. En voici une nouvelle preuve, encore de la même époque. Le 10 septembre, le Thermomètre du jour imprime : « Nous nous empressons de reproduire ici ce chant patriotique, qui est dans le bouche de tous nos guerriers. Nous regrettons de ne pouvoir en donner la musique, qui est d'un grand effet. » Si l'on considère combien à cette époque la musique des chansons comptait pour peu de chose,

PROPAGATION DU CilA?îT NATIONAL 115

Ton sera frappé de Tinsistanee que mettent tous les journaux à signaler celle-ci.

LMustinct populaire avait compris dès le premier moment qu'il n'était pas là eti présence d'une chanson ordinaire, mais du vrai chant national. « Il faut voir le peuple, il faut l'entendre répéter en chœur le refrain du chant de guerre des Marseillaisy que des chanteurs placés devant la statue de la Liberté dans le jardin des Tuileries lui apprennent chaque jour avec un succès nouveau :

Aux armes, citoyens, formez vos bataillons !

Marchez, qu'un sang impur abreuve vos sillons. »

Ainsi parle encore un journal révolutionnaire*, montrant, par sa description sommaire, mais vivante et pittoresque, le rôle joué par le chant de Rouget de Lisle dans la vie familière du peuple de Paris.

Aussi bien en était-il de même dans les provinces, même dans certaines régions, françaises de cœur assurément, mais non encore incorporées au territoire français. En septembre, tandis qu'à l'Est les armées prussiennes et autrichiennes s'avançaient jusqu^â Valmy, une armée française entrait en Savoie, et, sans coup férir, les soldats piémontais ayant fui, arriva jusqu'à Chambéry. Une députalion de cette ville vint au devant de nos soldats ;

1. Révolutions de Paris de Prud homme, n« du 15 au 22 septembre 1192, 13« trimestre, p. 5l9.

plusieurs milliers de paysans et de montagnards j lui faisaient cortège et chantaient la Marseillaise : :^ Ton raconte qu'au couplet : « Liberté, liberté chérie ! » ils tombèrent à genoux, et, fondant en larmes, répétèrent le refrain sacré*.

Les Français répondirent par ce couplet, retrouvé dans les cahiers d'un vieux maître de musique :

Savoisiens, peuple paisible,

Va, ne crains rien de nos guerriers.

Le Français est fier, mais sensible,

Il joint l'olive à ses lauriers.

Guerre aux châteaux, paix aux chaumières,

Voilà désormais nos traités ;

Loin de conquérir des cités,

Nous cherchons des amis, des frères*.

Quelques jours plus tard, le 29 septembre, quand la nouvelle de ce succès pacifique fut venu à Paris, Anacharsis Cloots, l'Orateur du genre humain, lut à la Convention une adresse, au nom du genre humain , qu'il proposa d'envoyer aux Savoisiens, dénommés par lui <i Heureux Allobroges ». « Déjà, leur disait-il, le ruban tricolore flotte sur les montagnes qui vous séparent de vos oppresseurs ; vous arborez religieusement le bonnet rouge et la cocarde tyrannifuge ; les échos des hautes Alpes

1. P. Gaffarel, La Défense nationale en i79£, ap. Le Roy DE Sainte-Croix, p. 470.

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