‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 42 sur 124 · La dernière représentation est du 20 floréal an VII · texte numérisé non relu

La dernière représentation est du 20 floréal an VII

PROPAGATION DU CHANT NATIOx\AL 127

plan colossal ; il composa VHijmne à VÉtre suprême, une œuvre vraiment de premier ordre, qui mériterait d'être entendue à notre époque, et dont l'histoire curieuse vaudrait aussi la peine d'être racontée. Mais, au plus beau moment de la solennité, les chants de Gossec cessèrent et laissèrent la place à la mélodie de Rouget de Lisle, qui fut alors chantée de manière à laisser des souvenirs ineffaçables à tous ceux qui Tentendirent ce jour-là.

Le programme de la fête avait été réglé par David, dans un rapport dont le style nous paraît aujourd'hui fort ridicule, mais sous le fatras duquel il est facile de reconnaître un sentiment remarquable des grandes lignes et des belles proportions. On avait élevé au centre du Champde-Mars une immense montagne en rocailles, surmontée d'un arbre de Liberté, sur laquelle avaient pris place la Convention, les musiciens des théâtres et de rinstitut national de musique (le Conservatoire), enfin une foule considérable de gens du peuple, hommes et femmes, groupés de chaque côté de la montagne, et devant prendre part euxmêmes à Texécution. Depuis cinq jours ces chanteurs improvisés, délégués par les quarante-huit sections, se réunissaient le soir, après le travail, en trois groupes principaux, Tun aux Halles, le second sur les boulevards, le troisième à la porte du Conservatoire, rue Saint-Joseph; et là, en plein

air, dirigés par Méhul, par Gossec et par Lesueur, ils étudiaient l'h /rane qui devait être chanté par eux à la fête. Les paroles avaient été spécialement écrites par M. J. Chénier; mais la musique était connue de tous : c'était celle de la Marseillaise,

Lorsque le cortège fut arrivé au Champ-de- Mars, chacun prit la place assignée d'avance. Des trompettes montèrent en haut d'une colonne qui dominait la foule : ainsi l'exigeait le programme très pratique de David, qui n'avait oublié aucun détail capable d'assurer l'excellence de l'exécution: « Les trompettes indiqueront au peuple répandu dans le champ de la Réunion le commencement de chaque strophe et le moment où sera chanté en chœur le refrain. » Et, quand le moment fut venu, Gossec leva son bâton ; les instruments jouèrent la ritournelle de la Marseillaise; chacun des groupes populaires, étages sur la montagne et attentifs à suivre les mouvements de leur chef, chanta la strophe qui lui était spéciale, le chœur des guerriers répondant à celui des mères, les jeunes filles alternant avec les vieillards, et ainsi de suite ; tous répétaient le refrain, sur ces paroles qui reproduisent faiblement le rythme de l'énergique Aux armes, citoyens :

Avant de déposer nos glaives triomphants, Jurons d'anéantir le crime et les tyrans.

Le dernier couplet fut chanté par « toute la

montagne ». Mais au refrain final, les trompettes placées en haut des colonnes ayant donné le signal, la foule, d'un même élan, joignit ses trois cent mille voix à celles des musiciens, tandis que deux cents tambours battaient, et que retentissait une décharge formidable d'artillerie, « interprète de la vengeance nationale, annonçant aux républicains que le jour de gloire est a?TivéK »

Grétry n'avait pas tort lorsqu'il disait que la Révolution avait introduit l'usage de « la musique à coups de canon » : ce n'était pas, on le voit, une simple boutade, et le mot, sous sa plume, n'avait absolument rien de métaphorique.

Voilà déjà deux exemples que nous venons de voir de couplets ajoutés ou substitués à ceux de Rouget de Lisle. Nous ne saurions penser à faire le compte de toutes les chansons républicaines ou autres qui furent, de la même manière, rimées fplus ou moins) sur la mélodie nationale : elles sont sans nombre ! A titre de renseignement, et pour donner une idée du style et de la manière d'être de ces productions, nous nous reporterons à un seul recueil de chants révolutionnaires publiés en fascicules périodiques, par décade, du 15 pluviôse au 30 messidor an II : les Muses sans-culottides ou le Parnasse des républicains. Il n'est pres-

1. Rapport de David, Moniteur du 19 prairial an II ; — Instruction particulière pour la fête de l'Etre suprême; — Lassabathie, Histoire du Conservatoire.

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