A. Chuquet, Jemmapes, p
les premiers vers de la Marseillaise; et tous le suivent, « gaiment, avec un courage qu'on ne peut décrire S » chantant l'hymne en un formidable unisson qu'accompagnent les bruits de la bataille, et sont enfin vainqueurs.
Nous concevons difficilement, aujourd'hui où Tart de la guerre s'est si complètement transformé, qu'une chanson ait pu jouer un tel rôle dans les combats. Actuellement, le chant est proscrit dans Tarmée. Il n'est même plus permis aux soldats d'infanterie de chanter dans les marches, pour passer le temps et marquer le pas; le silence est la première règle imposée à la troupe dans le voisinage de Tennemi. Cependant, il faut n'avoir jamais marché dans le rang en chantant une chanson militaire, alerte et bien rythmée, pour ne pas savoir combien le chant, même banal, anime la marche, diminue la fatigue et redouble l'ardeur du soldat. Au xvm® siècle, on était encore dans d'autres idées : la guerre était autre chose qu'un calcul, et la valeur personnelle des hommes n'était pas considérée comme une qualité secondaire. Il n'est pas douteux que, dans les guerres de la Révolution, l'enthousiasme des soldats de ligne et des volontaires, leur amour ardent de la liberté et de la patrie ait été la cause dominante de tous les triomphes. On se sentait vivre, alors, dans la mêlée : on courait, on luttait, on chantait, et