Mémoires du Cmnte Lavallette, t. T, p
dans les rangs des républicains les chants belliqueux et les airs patriotiques*. »
Eafia Bonaparte, qui depuis.... mais nous aurons à parler plus tard des relations qu'il eut avec Rouget de Lisle, n'anticipons donc pas, — Bonaparte lui-même sut apprécier d'abord la force d'activité et la puissance de vie contenues dans les accents du chant de la Marseillaise, Lors du passage du Mont Saint-Bernard, il la faisait jouer par les musiques militaires aux endroits difficiles; ses soldats la chantaient pendant les haltes, avec le même enthousiasme qu'en 93 ^. Le fait est qu'il n'est rien qui vous réchauffe le sang comme de chanter la Marseillaise I
Il est un dernier témoignage d'admiration que nous ne saurions négliger de mentionner, et qui ne nous paraît pas moins précieux, car il émane de l'ennemi même. Nous avons pu constater déjà, par deux^ des citations précédentes, quel effroi le chant de la Marseillaise inspirait aux soldats allemands, lorqu'ils l'entendaient venir de loin, peu à peu grandir, se rapprocher en soulevant une
1. Mémoires sur Carnot, p. 405-409. L'historien cité est Toalongeon.
2. Histoire de France de l'Abbé de Montgaillard, ap. Kastner, Chants de r Armée française, p. 47.
énorme masse humaine qui se précipitait et entraînait tout sur son chemin.
« Cruel I barbare I combien de mes frères n'astu pas fait périr, » disait Kotzebue en s'adressant à Tauteur du chant des armées françaises*.
Mais ce qui n'est pas moins curieux à constater, c'est que ce chant était, en très peu de temps, devenu populaire et favori dans l'armée et dans le peuple allemand, tout au moins parmi les officiers el dans les classes éclairées de la nation.
Un correspondant du Moniteur conte un incident d'avant-postes où deux patrouilles de cavalerie, l'une de Français et l'autre d'Autrichiens, se trouvent inopinément face à face au tournant d'un chemin. L'officier autrichien veut faire le fanfaron, il crie : « Allons, enfants de Ja patrie, le jour de gloire est arrivé!... » Et comme les Français, dans l'hésitation de la surprise, ne bougeaient pas, il continue : « Tu as donc peur, enfant de la patriel Tu n'oses avancer ! » A ces paroles de défi, rappelant pour le moins les discours des guerriers d'Homère, les Français ripostent, naturellement, entaillant incontinent en pièces la troupe adverse : sans cela feiWomVewrn'eût pas raconté l'affaire! « Voilà comment nos républicains répondent aux forfanteries autrichiennes », conclut-iP.
L'on n'avait pas tardé beaucoup à traduire en