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Id

LA FIN DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE 19i

rent à la Chambre d'adopter la Marseillaise comme chant national de la République française, Ton fît observer que le décret du 26 messidor an III n'était pas abrogé, et Ton convient d'en revenir à. son application pure et simple*.

Après ces intermèdes, dont le moindre défaut fut de durer peut-être un peu trop longtemps, il fallut bien cependant en revenir aux choses sérieuses. Rouget de Lisle songea enfin à régulariser sa situation militaire. Dans l'état actuel des choses, sa réintégration dans les cadres de l'armée ne devait pas souffrir de difficultés. Mais, avec son caractère entier, son intransigeance entêtée, il voulut trop exiger : par une lettre écrite au Comité de Salut public à la date du 19 brumaire an III, où il s'intitule, comme il ne cessait de le faire depuis quatre-vingt-treize « l'auteur de V Hymne des Marseillais », il demanda non seulement à rentrer dans son grade de capitaine, mais encore à toucher son traitement depuis le 1°' janvier 1793, époque où il avait cessé de lui être payé, — ou bien à passer en jugements Cela était

2. Catalogue d'autographes, vente du 7 avriH864, Charavay, n° 632. C'est à celte mêin ; date du 19 brumaire an III, que fût décerné à Rouget de Lisle le certificat témoignant de sa belle conduite au siège de Namur. Pièces justificatives, D.

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simple, comme oq le voit. Le malheur est que les gouvernements ne voient pas toujours les choses aussi clairement que cela : Rouget de Lisle fut réintégré comme capitaine de première classe, mais seulement à la date du 30 ventôse an III (20 mars 1795), avec rang du i*' vendémiaire (22 septembre 1794). Deux, mois plus tard, le 25 floréal (14 mai), il fut désigné pour être employé à l'armée du Rhin*; mais il ne rejoignit pas ce poste, et reçut bientôt une autre destination.

C'était Tépoque où une armée d'émigrés, portée par les vaisseaux anglais, allait débarquer sur les côtes de Bretagne, où Hoche, ayant pacifié la Vendée, se disposait à lui faire face. Deux représentants, suivant la coutume révolutionnaire, furent délégués par la Convention pour assister aux opérations; Tallien et Blad furent désignés. Le premier, que les événements du 9 thermidor avaient mis en rapports avec Rouget de Lisle, et qui s'intéressait à lui, lui proposa de l'accompagner dans cette expédition en qualité d'aide de camp. Ils partirent, et allèrent d'un trait jusqu'à Quiberon.

Rouget de Lisle a laissé une relation détaillée de cette campagne 2 où il fut toujours aux premières places pour tout voir, et dont il a rapporté des souvenirs précis et vivants. Il conte d'abord la marche

2. Historique et souvenirs de Quiberon, dans les Mémoires de tous, t. II, i834.

au milieu du pays insurgé, les attaques des chouaas postés en embuscades derrière les buissons, les ripostes de Tescorte des Nantais, au chant de son refrain : « Mourons pour la patrie... » II montre ensuite le côté intime et familier de la Tie militaire persistant jusque dans les circonstances les plus solennelles. La journée décisive était venue; l'armée avait pris position ea face de la presqu'île de Quiberon. Dans la riuit, Hoche donna Tordre de marcher en avant. Mais un orage survint : il fallut s'arrêter; Hoche et les représentants se réfugièrent sous une tente avec Rouget de Lisle. « Peu de choses dans ma vie, écrit-il, m'ont surpris autant que ce qui se passa dans cette petite réunion. Rien de plus enjoué, de plus frivole, de moins analogue à la circonstance que la conversation qui s'y tint, et dont Hoche fit les frais en grande partie. Au bout d'une heure, quoi qu'il plût encore à verse, il se lève brusquement, comme par inspiration, et s'écrie : « C'est assez de folies; il est temps de faire le général. »

En effet, le lendemain était le jour de la bataille. Rouget de Lisle la décrit simplement, sobrement, sans chercher d'effets, sans rapporter à sa personne la gloire de la journée. Là encore il raconte une anecdote familière, une rencontre sur le champ de bataille avec un soldat qui se met à lui parler dans son jargon provincial : « Voyez voir, mon officier... j'ai bien fait, pas vrai que j'ai bien

fait, mon capitaine ? » Rouget de Lisle tressaille en entendant l'accent, bien reconnaissable : « Camarade, lui dit-il, tu es franc-comtois ? — Tiens ! voyez voir comme il Ta deviné !... Sûrement je suis comtois, et de Moirans, encore! — Donne-moi ta main, pays, moi je suis de Lons-le-Saulnier. — De Lons-le-Saulnier, en vérité? Quel bonheur! trouver un pays juste en ce moment! »

Enfln le moment de l'attaque approchait : l'armée républicaine, arrivée au pied du fort, allait donner l'assaut. Les émigrés, acculés à la mer, trop peu nombreux pour résister, étaient perdus. Les historiens qui racontent l'incident capital qui suivit restent d'ordinaire dans des données fort vagues. « Une voix partit des rangs républicains, et cria : Rendez-vous. » Il paraît que cette voix fut celle de Rouget de Lisle, parlant au nom du général en chef. Celui-ci s'apprêtait à commander la charge : Rouget de Lisle intercéda, et pria qu'il lui fût permis d'aller en avant des lignes pour parlementer. Ici je laisse la place à son récit :

« Hoche me répondit : Allez leur signi fier de rendre les armes, ou qu'ils sont jetés à la mer. » Je poussai mon cheval, heureux d'avoir obtenu ce répit, si faible qu'il fût. « Surtout, me cria le général, qu'ils aient à faire cesser le feu de la flotte anglaise. Si je perds un homme, ils sont tous morts. » Je me portai rapidement vers le fort, où je vis régner une extrême agitation parmi les royalistes. . .

Un d^entre eux, que j'entendis nommer G..., Toyant ce trouble tumultueux, et riant comme un insensé, demandait à ses compagnons qui lui imposaient silence oc si c'étaient les carmagnoles cpii arrivaient? » A mon approche, un grand nombre approchèrent au bord du rocher. Que n'éprouvai-je point lorsque du milieu d'eux j'entendis s** élever plusieurs voix qui m'appelaient par mon nona, celles sans doute d'anciens camarades, ou d'officiers qui m'avaient connu dans les garnisons! — « Messieurs, dis-je avec le peu de fermeté que je pus recueillir, voici les propres paroles que le général m'a chargé de vous transmettre : Allez leur signifier de mettre bas les armes ^ ou qu'ils sont jetés à la mer, — Mais, Monsieur, nous avons envoyé des parlementaires, et nous attendons leur réponse. — Vous avez vu la réception qu'on leur a faite, et qu'on n'a point voulu les écouter. Messieurs, décidez-vous; nul délai n'est admissible. Surtout , a dit encore le général, quils aient à faire cesser le feu de la flotte anglaise; si je perds un homme, ils sont tous morts, »

Après quelques pourparlers et l'arrivée d'un nouvel ofQcier envoyé par Hoche, les émigrés se résignèrent à se soumettre aux sommations. « C'en est fait général, ils vont se rendre, » dit Rouget de Lisle. « Oui, répondit-il; ma tâche est remplie ; mais celle des représentants commence*... »

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