‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 7 sur 124 · Voir notamment Joanne, Géographie du Jura, p · texte numérisé non relu

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aujourd'hui le numéro 24 de la rue des Arcades, la plus centrale et l'une des plus anciennes rues que Lons-le-Saulnier ait conservées. Son père, Claude Ignace Rouget, était « Avocat en Parlement », ainsi qu'en témoignent Tacte de baptême de Tenfant et son propre acte de mariage, datant de Tannée précédente (1759) ; il prit dans la suite le titre d'Avocat du roy au baillage et présidial de Lons-le-Saulnier. Certains biographes le font descendre d'un sieur Rouget, échevin en la ville de Lons-le-Saulnier depuis 1723 ; mais un historien local assure que cela n'est pas, et que l'avocat au Parlement ne fut reçu bourgeois à Lons-le-Saulnier qu'en 1763*. Le père de ce dernier, François Rouget, était bourgeois de Dôle^. Parle côté paternel, Rouget de Lisle était donc d'origine franc-comtoise : d'ailleurs, le nom de Rouget est très commun dans le pays. En 1791 et 1792, il y avait au district d'Orgelet un Rouget, commissaire du Roi, dont on retrouve fréquemment le nom dans les archives du Jura ; aujourd'hui encore, ce môme nom est porté par plusieurs familles de Lons-le-Saulnier. Sa môre, Jeanne Magdelaine Gaillande, est née dans la même ville, le 9 septembre 1734, mais elle est d'origine dauphinoise. Elle épousa l'avocat Rouget, en l'église Saint-Désiré, le 23 avril 1759. Claude-Joseph

1. J.-R. Perrin, Notes historiques sui' la ville de Lons-le- Saulnier, 1850, p. 158.

2. Cominuaication de M. Verguet, maire de Moiitaigu, propriétaire actuel de la maison de Rouget de Lisle.

fui leur premier enfant ; après lui ils en eurent sept autres, dont deux, Théodore-Eléonor, né en 1768, et Marie-Joseph, en 1774, moururent en bas âge : les six survivants, dont le futur auteur de la Marseillaise était Taîné, (après lui, Claudine - Marguerite (1761), Théodore-Hippolyte (1762), Simone-Christine (1763), Jeanne-Monique (1766) et Claude-Pierre (1770), formèrent autour de leurs parents une nombreuse famille que des contemporains disent avoir vue souvent réunie à Montaigu*. Une tradition dont, à ma connaissance, on ne retrouve pas de traces dans le Jura, mais qui a été confirmée par des publications postérieures, fait de de Rouget de Lisle le neveu de Bailly, le maire de Paris de 1789. Lorsque, plus tard, il publia dans ses Essais en vers et en prose la poésie de la Marseillaise qu'il avait, à l'origine, dédiée au Maréchal Luckner, il modifia, en même temps que le titre (qui, de Chant de guerre de Varmée du Bhin, devint: le Chant des combats, vulgairement l'Hymne des Marseillais) l'attribution primitive de l'hommage, qu'il fît passer « aux mânes de Sylvain Bailly, premier maire de Paris ^ »

1. Archives municipales de Lons-le-Saulnier (Coiniiiunications de M. Zéphirin Robert). — J. B. Perrin, Notes sur Lons-le-Saulniei^ p. 71. — Voir à la fin du volume l'acte de baptôme de Rouget de Lisle, Pièces justificatives, A. et B.

2. François Arago, Biographie de Jean- Sylva in Baillij, 1852, p. 169. — Le Déjeuner, journal dirigé par une société de gens de lettres, 30 mars 1797. — Notes de Villenavc, communiquées par M. Maurice Tourneux.

Le nom de «de Lisle » ne figure dans aucune des pièces concernant cette famille. C'est qu'en effet il n'appartenait pas au père de Rouget de Lisle, que tous les actes nomment « Rouget » tout court. Sur cette addition d'un nom avec particule nobiliaire, je ne puis donner d'autre éclaircissement que le suivant, que je trouve dans une lettre inédite de M. Amédée Rouget de Lisle, Fauteur de la Vérité sur la Paternité de la Marseillaise, mort il y a peu d'années, après avoir rassemblé sur la vie de son parent de nombreux documents dont il n'a malheureusement pu faire usage, et qui sont maintenant perdus. Voici comment il s'exprime :

« Le père de l'auteur de la Marseillaise s'appelait Claude Rouget. Le nom ajouté de « de Lisle » est celui de mon grand père. Ce nom fut ajouté à celui de Rouget, vers 1777 où 1778, pour faciliter l'entrée de mon illustre parent à l'école militaire, qui ne recevait alors que des cadets gentilshommes. »

D'autre part, la mère de notre auteur, qui avait, dans tous les actes, déclaré jusqu'alors le nom roturier de Gailiande, est qualifiée de noble dans l'acte de baptême de son huitième enfant, Marie- Joseph, né le 31 mai 1776. Sa qualité de noble lui donnait le droit de porter des armoiries. En rapprochant cette date de 1776 de celle de l'entrée du fils aîné à l'école militaire, on saisira facilement les causes de cette préoccupation de noblesse : ce sont bien en effet celles qu'avait rapportées le

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dernier représentant de la famille, aujourd'hui éteinte.

Enfin voici une pièce remontant à Tannée même où Rouget de Lisle se présenta à Técole militaire, qui confirme et précise les données précédentes : c'est un Mémoire daté du 5 mai 1776 et signé de cinq notables de Lons-le-Saulnier, commençant ainsi : « Claude-Joseph Rouget, sieur de Lisle, sujet proposé pour l'école du génie militaire, est fils de Claude-Ignace Rouget, premier avocat du roi au siège présidial de Lons-le-Saulnier *. »

Cette pièce est évidemment la première qui consacre le nom de « de Lisle » joint au nom patronymique de « Rouget. » Dans sa jeunesse, notre auteur se faisait volontiers appeler de ce seul nom. Plusieurs lettres écrites de Strasbourg par diverses personnes au moment de la composition de la Marseillaise, et que l'on a retrouvées, le nomment M. do Lille, ou simplement Delille ; lui-même signait ainsi ses premières productions littéraires et musicales, parfois môme ses lettres. Écrivant à sa sœur aînée en 1796 ou 1797 et parlant de luimême sur un ton plaisant, il s'intitule « M. Rouget, soi-disant Delisle^ ». Dans un arrêté du Comité de Salut public, en 1793, dont nous aurons à nous

. 1. Catalogue d'autographes, vente du 15 février 1879 E. Charavay. Cette pièce avait été signalée déjà par G. Chouquet, les Chants de la Révolution française^ art. de VArt musical, 1864, p. 385.

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