‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 70 sur 124 · Collection Le Petit · texte numérisé non relu

Collection Le Petit

Je suis votre ennemi, Garnot. Si je n'avais à vous sacrifier que mes ressentiments personnels, quelque légitimes qn^ils soient, dès ce moment tout serait oublié. Mais mon iniaiitié porte sur des bases plus nobles que celles d*un misérable égoïsme. Je suis votre ennemi parce que de tout temps vous m'avez paru être Tennemi de la chose publicpie, et qu'il est des faits avec lesquels l'homme pur, le patriote irréprochable ne compose point jusqu'à leur entière expiation.

Cette expiation, vous l'avez commencée ; mais elle n'est Taffaire ni d'un jour ni d'un an. La durée de votre magistrature, la durée de toute votre vie suffiraient à peine pour la consommer. En vous supposant, dans la carrière que vous suivez depuis un mois, autant de constance que vous en avez eu dans la carrière opposée, l'observateur rigide sera encore obligé de vous tenir compte de tout le bien que vous n'aurez fait que d'intention.

Pour moi, je l'avoue avec plaisir, soit calcul, soit repentir, il me semble que pour le moment vous marchez sur la ligne droite de l'intérêt général. Cette conspiration* qu'on assure avoir été déjouée par vos soins me paraît d'une importance bien plus grande que ne le pensent plusieurs de mes amis même. Celui-là rend un grand service à la République qui réprime les dernières convulsions de l'aristocratie et du terrorisme, fussent-elles imperceptibles, car elles sont encore un signe d'existence.

Continuez, Carnot. Travaillez de bonne foi avec vos collègues à cicatriser les plaies incessamment ouvertes et toujours saignantes de la patrie. Précipitez au fond du fleuve cette fange révolutionnaire qui trop longtemps en a couvert la surface. Dirigées par vous, que nos armées forcent l'Europe à recevoir une paix qui devieone l'époque et le gage de la prospérité nationale, et soyez sûr alors que vos travaux n'auront pas de plus zélé apologiste que moi ; soyez sûr qu'aucune prévention n'altérera jamais à mes yeux la grandeur ou l'utilité de vos résultats ; soyez sûr que jamais ni mes discours, ni mes écrits, ne tendront à diminuer votre

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