Collection Le Petit
2. Archives administratives du Ministère de la Guerre, minute.
Et, pendant ce temps, Desaix qu'il avait connu à Strasbourg tout jeune lieutenant, Kléber qu'il avait pu voir simple grenadier volontaire du Haut-Rhin à s«n passage à Huningue, Bonaparte, Hoche, Moreau, Jourdan, Joubert, tant d'autres encore, plus jeunes que lui pour la plupart, étaient en Allemagne ou en Italie, conquérant chaque jour de nouvelles gloires, tandis que lui, plus avancé qu'eux au début de la Révolution, se trouvait maintenant à tout jamais exclu de cette armée dont il avait chanté avec un si prestigieux accent les héroïsmes et les enthousiasmes!
11 reprit ses occupations littéraires et musicales, auxquelles, depuis Quiberon, les loisirs que lui avait faits la politique lui permettaient de se livrer presque exclusivement. Dès ce moment, nous constatons dans ses tendances une nouvelle et double évolution. D'abord, il ne laisse plus passer un seul événement de quelque importance sans composer un chant destiné à le célébrer ; en second lieu, alors qu'autrefois il ne s'occupait guère que de réaliser l'élément littéraire de l'œuvre lyrique, maintenant il porte ses efforts les plus sérieux sur la composition musicale, allant même, ce qu'il n'avait jamais fait avant la Révolution, jusqu'à
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mettre en musique des vers qui ne sont pas de lui. Par lèi se marque l'influence qu*exerça sur son esprit la popularité de la Marseillaise, Auteur d'un chant de circonstance qui était devenu le chant de tous les moments, il pensait en pouvoir faire de semblables, ne se rendant pas compte que le premier avait été conçu sous Tinfluence d'un concours d'événements exceptionnels, impossibles à recommencer, et que Ton ne trouve pas deux fois une Marseillaise. D'autre part, ce succès, étant dû presque exclusivement à la beauté du chant, lui avait révélé un génie musical dont il n'avait pas la moindre conscience auparavant, et auquel, désormais, il prétendait tout naturellement faire appel le plus souvent possible.
En prison à Saint-Germain, dansles sept premiers mois de 1794, il composait activement. Nous savons déjà qu'à l'annonce du 9 thermidor il écrivit un Hymne dithyrambique sur la conjuration de Robespierre, qu'il envoya à la Convention, et qui détermina sa mise en liberté immédiate. Si, comme il est probable, il écrivait ses chants d'actualité sous l'impression même des événements, c'est encore en prison qu'il lit son chant du Vengeur, le légendaire combat naval qui fait le sujet de cette composition ayant été livré en juin 1794, date qui figure sous le titre du morceau dans les Cinquante chants français. Cette fois, à la vérité, il semble n'en avoir fait d'abord que les paroles, car, ayant
nous avons eu déjà souvent recours, paru chez P. Didot rainé en Tan V (1796), sous le litre d'Essais en vers et en prose, par Joseph Rouget de Lisle. Il renferme, outre la nouvelle en prose Adélaïde et Monvilk^ les poésies de sa jeunesse, et quelques autres contemporaines des événements révolutionnaires. Celles-ci sont intéressantes en général, soit par certaines modifications apportées aux textes primitifs^ soit par des notices historiques, ou par de simples dates qui permettent de faire des rapprochements instructifs. La plupart portent des dédicaces qui montrent qu'il restait fidèle à la mémoire de ses amis d'autrefois, disparus dans la tourmente, surtout de ses compagnons de quatre-vingt-douze. Roland à lloncevaux est dédié « Aux mânes de Frédérik Diétrich, premier maire de Strasbourg », avec l'épigraphe : Dalce et décorum est pro patrid mori. Le Chant de thermidor est offert « aux mânes de Victor Broglie », et Y Hymne à la Libei^té « aux mânes d'Achille du Ghâtelet. » Le Vengeur est donné sous ce titre : Les héros du Vengeur, chant national, aux marins français.
Quant à la Marseillaise, mise en belle place au milieu du livre, comme morceau final de la première partie, voici le libellé exact de son titre et de tout ce qui l'accompagne :
« Le Chant des combats, vulgairement appelé YHymne des Marseillais. — Aux mânes de Sylvain
Eailly, premier maire de Paris. — Exegi monumentum, Horace, ode 24, liv. 3. — Strasbourg, jour de la proclamation de la guerre. »
Enfin, il voulut offrir à un musicien la dédicace générale du livre. Il sut choisir le plus digne. Voici Tépître, bien dans le style du temps, qu'il plaça sar la première page :