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d'Ophélie, paroles de Louise l'Abbé surnommée la belle Gordière, traduit de Titalien en 1554. Plus tard Rouget de Lisle exploitera abondamment cette veine : les poésies du moyen-âge, les romances « troubadour », dont la mode commençait seulement à se manifester à cette époque, sont en grand nombre dans le recueil de Cinquante chants français parus trente ans après.
Enfin, Rouget de Lisle put aborder le théâtre pour la première fois au double titre de poète et de musicien. C'est par une œuvre de circonstance qu'il força la porte de TOpéra, à laquelle jadis, librettiste obscur, il avait plus d'une fois frappé vainement. V Offrande à la Liberté^ composition faite en dehors de lui, mais dont il avait fourni la matière, ne répondait plus aux besoins du moment: cependant la guerre durait toujours, et, conformément aux idées révolutionnaires. Ton jugeait en haut lieu qu'il était nécessaire de réchauffer les enthousiasmes par des spectacles patriotiques; Ton voulait une nouvelle Offrande à la Liberté, n'évoquant pas trop l'idée des journées terribles de 92 et 93, mais, par contre, pleine de menaces pour l'Angleterre. Rouget de Lisle se présenta; il eut bien vite trouvé le refrain qu'il fallait :
La paix nous est-elle permise?
L'affreux brigand de la Tamise N'a point succombé sous nos coups! {bis).
LA FIN DU DlX-HUITIÊME SIÈCLE 223
Il se chargea d'écrire tout le scénario de cette nouvelle scène symbolique et figurative ; il rappela la gloire des armes révolutionnaires, plaça au moment favorable un éloge plus ou moins discret du héros de l'Italie; en outre il* composa toute la partie de chant de l'œuvre, qui fut représentée à rOpéra, ou, comme on disait alors, au Théâtre de la République et des Arts, le 18 floréal an VI (7 mai 1798), sous le titre de Chant des Vengeances. Pour la musique, n'étant pas en état d'écrire pour l'orchestre, il s'était adjoint la collaboration d'Eler, auteur de compositions instrumentales fréquemment jouées dans les fêtes nationales, celui-ci fît une ouverture et orchestra les accompagnements*.
Le Chant des Vengeances ne réveilla pas dans le public les émotions patriotiques jadis causées par Y Offrande à la Liberté. La pantomime parut peu claire, le scénario n'ayant pas été distribué dans la salle à la première représentation ; le Journal de Paris avoue que l'eff'et a été manqué, et constate le froid silence qui régna pendant la durée de la représentation 2.
1. Le livret porte cette note au verso du titre : « Le cadre et les paroles de cet intermède sont de Joseph Rouget de Lisle. — La musique est de J. R. Delisle et de Frédéric E... » Le Journal de Paris, plus expicite, dit : « Les paroles et la partie de chant sont du citoyen Rouget de Lisle ; l'ouverture et toute la partie exécutée par l'orchestre sont du citoyen Preller {sic.) »