I. Cinquante chants Français, p
Siaaï, un livre à la main, le front encore illuminé des feux de sa Marseillaise, etc. » *. Il y a, ce me semble, quelque excès d'idéalisme dans la conceptioa de ces belles phrases. Mes renseignements personnels me permettent de présenter d'une façon un peu différente la façon dont Rouget de Lisle était considéré par la généralité de ses compatriotes. Avec son besoin inné de lutte pour les idées ou pour les hommes, sa manie de prendre en main des causes, bonnes ou mauvaises, et de les défendre avec entêtement, il avait coutume d'offrir ses services aux gens qui avaient quelque plainte à faire, quelque réclamation à adresser aux autorités ; il se faisait leur interprète et exigeait réparation pour ses protégés. Naturellement, on ne Técoutait jamais. Aussi les paysans franc-comtois, avec leur bon sens malicieux, eurent-ils vite fait d'apprécier ses services à leur juste valeur : ils lui donnèrent le surnom de « l'avocat des mauvaises causes. » Et quand, descendant de Montaigu, il apparaissait dans la ville, j'ignore si les campagnards venus pour le marché se rangeaient respectueusement en saluant en lui Tauteur de la Marseillaise, mais ce que je sais bien, c'est qu'en le voyant approcher, ils se disaient l'un à l'autre : « Ah ! voilà l'avocat des mauvaises causes qui arrive ! »
1. GiNDRE DE Mancy, dans la Société d'Emulation du Jura, 1837, p. 44.
Son Don Quichottisme incurable trouva Toccasion de se réveiller alors qu'il était à peine réinstallé à Montaigu. En octobre 1812 avait eu lieu la seconde conspiration du général Mallet. Bien qu'il eût quitté Paris depuis plusieurs mois, la police n'en alla pas moins perquisitionner à ses anciens domiciles. Dès qu'ilapprend cela, le Rouget de Lisle des grands jours reparaît : il écrit au préfet du Jura qu'il estlà, qu'on n'a pas besoin d'aller bien loin pour le trouver, que « suivant sa coutume constante il va au-devant des recherches. » Le préfet, un peu étonné de ce zèle intempestif, transmet la lettre à Paris, disant qu'il attend des ordres, et, naturellement, qu'il fait surveiller le personnage d'une manière spéciale, ajoutant d'ailleurs de sa propre main sur l'expédition : « Sa conduite, depuis qu'il est ici, n'a donné lieu à aucun reproche* ». Qaa de moulins avents il combattit en sa vie, ce bon Rouget de Lisle !
C'est pendant son séjour dans le Jura qu'eurent lieu les événements qui, en ramenant l'ancien régime, mirent fin momentanément aux diverses manifestations de l'esprit nouveau issu de la Révolution, aussi bien qu'à la guerre nationale dont la première journée avait été consacrée par le chant de Rouget de Lisle. Il vaut mieux ne pas nous arrêter sur cette époque de sa vie. Quelque rancune personnelle qu'il pût conservera l'égard de Napoléon, ce n'était pas en 1814 qu'il convenait d'écrire et de