Arch. nat. F
publier, comme il le fit, certaine pièce de vers, que nous ne donnerons pas ici. Carnot lui a repraché amèrement cette conduite peu généreuse : il était endroit de le faire, lui qui, bien qu'éloigné depuis longtemps de la vie publique, lorsqu'il vit que la France était de nouveau menacée, vint noblement mettre son épée au service de Napoléon vaincu. — Décidément, ces deux hommes là n'était pas faits pour s'entendre jamais !
Avec son besoin de parler de lui et d'accaparer Tattenlion, quand Louis XVIII fut remonté sur le trône, il rédigea un mémoire autobiographique dans lequel il malmenait fort tout ce qui se rattachait à la Révolution et à l'Empire, se vantant d'avoir toujours repoussé les avances de ces gouvernements*. Qu'espérait-il donc, avec ces palinodies ? Ne se rendait-il pas compte qu'il était essentiellement l'auteur du chant de la Révolution, qu'il n'existait que par cela seul, que sa personne se confondait forcément avec la cause qu'il avait chantée ? Pensait-il que la royauté restaurée allait lui pardonner ses « tremblez tyrans, » ses « traîtres et rois conjurés, » ses « despotes sanguinaires » et ses <f complices de Bouille ?» Ce dernier trait surtout, direct et personnel, eut le don d'éloigner de lui ceux qui eussent été disposés à lui tenir compte de sa conduite au 10 août, en 1793
1. Catalogue d'autographes, vente du 7 avril 1864, Charavay, n« 633. Pièce datée du 15 septembre 1814.
et en 1814 *. Il eut beau écrire encore deux chants royalistes, datés l'un et Tautre de 1814 : Dieu conserve le roi, chant constitutionnel, et le Chant du Jura^ commençant par ces vers :
Vive le roi !
Noble cri de de la vieille France,
Cri d'espérance De bonheur, d'amour et de foi *,
ni le roi ni personne autre ne fît attention à lui, ei il continua de végéter obscurément en sa maison de Montaigu.
Il n*eut même pas la consolation de mourir tranquille dans ce séjour aimé, qu'il avait chanté avec émotion, disant, en vers de romance, il est vrai, mais dans un accent sincère :
Vous eûtes mes amours premières, Vous aurez mes derniers regrets^!
Depuis longtemps, Montaigu s'en allait en miettes: un champ par ci, un morceau de vigne par là, tout y passait peu à peu *. Le général Rouget voulut retirer la part qui lui revenait sur cette propriété : en 1817, il la fit vendre ^. Cela n'alla pas sans de
1. Voy. GiNDRE DE Mancy, RevuB littéraire de la Franche- Comté, nov. 1864, p. 1 et suiv.