‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 93 sur 124 · Collection de M. Alfred Bovct · texte numérisé non relu

Collection de M. Alfred Bovct

Heureusement, les événements politiques vinrent mettre fin à cette situation douloureuse et permettre à Rouget de Lisle de jouir avec un peu plus de sérénité des quelques années de vieillesse qui lui restaient à vivre encore. La Révolution de 1830 vint.

Et lorsqu'un lourd soleil chauffait les grandes dalles

Dos ponts et de nos quais déserts, Que les cloches hurlaient, que la grêle des balles

Sifflait et pleuvait par les airs, Que dans Paris entier, comme la mer qui monte,

Le peuple soulevé grondait.

Et qu'au lugubre accent des lourds canons de fonte

La Marseillaise répondait...

Je copie ces vers d'Auguste Barbier dans les 3iémoires de Berlioz : dans le même chapitre, le futur auteur de la Symphonie funèbre et triomphale raconte une scène populaire du lendemain des « Trois glorieuses », où, sur un mot de lui, une foule de quatre à cinq mille gens du peuple réunis sous les galeries du Palais-Royal et tout vibrants encore de l'émotion du combat entonnèrent soudain, tous ensemble, le refrain: Aux armes^ citoyensl avec une énergie si puissante qu'il en fut luimême épouvanté. La Marseillaise ressuscitait ! Dans les théâtres, les plus grands artistes la chantaient, comme aux beaux jours de la Révolution

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C'est àTune de ces exécutions,donnée à la Comédie- Française dans une représentation extraordinaire, que nous devons un des récits les plus circonstanciés qui nous soient connus de la naissance de la Marseillaise^ fait par un des rares survivants du dîner de Strasbourg du 25 avril 1792*. Un soir, à l'Opéra, Nourrit Tayant chantée au milieu de l'enthousiasme général, un spectateur prit la parole et fit connaître au public quelle était la triste situation de Tauteur du chant national : aussitôt une quête s'organisa dans la salle, et le montant en fut envoyé le lendemain à Rouget de Lisle.

Celui-ci versa la somme dans la caisse des blessés des trois journées^.

Car il pouvait faire le généreux, maintenant : cette nouvelle Révolution modifiait entièrement sa situation et faisait de lui un protégé du gouvernement.

Dès qu'il avait appris qu'on se battait dans Paris, il était parti à pied de Choisy-le-Roi pour aller aux barricades. Mais ses forces le trahirent, il ne put aller jusqu'au bout^. Il ne tarda pas longtemps, néanmoins, à recevoir de la ville d'heureuses nouvelles : le 5 août 1830, cinq jours seulement après la fm du combat, le duc d'Orléans, sans même attendre d'être proclamé roi de France,

2. GiNDRE DE Mancy, Socù7^ rf'X'mw/a//owrf// 7w/'flf, 1837. p. 48.

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