‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 102 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le COMMERCE? « Le commerce, nous apprend M. de Nion(i), « se plaint d'une stagnation complète. Il a fait parvenir au Prince « l'expression de ses anxiétés et l'offre du concours personnel de « tous ses membres, dans le cas où ce concours serait nécessaire (c au maintien de l'ordre public. »

Le CLERGÉ? Qu'il nous suffise de rappeler la loi libérale du 2 avril 1847, qui, en régularisant l'administration des biens appartenant soit à la Métropole (2), soit aux évêchés, améliorait le sort du clergé inférieur. En mettant un frein aux désordres qui existaient dans la gestion des biens ecclésiastiques et dont profitait, sous le règne antérieur, le haut clergé, — au détriment des établissements placés sous sa direction et du bas clergé, — Bibesco s'était naturellement aliéné, par cette mesure libérale, les prélats, mais il s'était assuré la reconnaissance (3) de la masse du clergé inférieur.

Voilà en quelques mots et d'après les documents fournis par les chefs mêmes de l'insurrection, dans quelles conditions a été IMPROVISÉE l'aventure du 11 juin. Nous n'avons trouvé pour l'excuser ni la protestation SOLENNELLE contre le protectorat exclusif et ombrageux de la Russie, ni V explosion d'un mécontentement général contre le régime existant, ni V expression des aspirations du Pays dans le sens de la démocratie (4).

Nous y avons trouvé le rêve de quelques cœurs ardents épris de liberté.

Mais, ce qui nous a frappé, c'est la sérénité du gouvernement provisoire de l'insurrection à abdiquer devant la Turquie l'autonomie du Pays, alors que Bibesco avait affirmé que, la redevance à la Turquie une fois payée, on ne lui devait plus rien (5), et

(1) M. de Nion à M. Lamartine, lettre du 26 mars 184&.

(2) Le prêtre Josaphat est une exception.

(3) Voir lettre de M. de Nion à M. Guizot, du 2 avril 1847.

(4) Essai comparé sur les institutions, les lois et les mœurs de la Roumanie, par M. A. Nicolas Blaramberg. (Imp. du Peuple roumain. Bucarest, 1886, p. 647.

(5) M. de Nion à M, Guizot, 14 octobre 1846, t. I de cet ouvrage, p. 292.

cela, sans souci pour les traditions des Roumains ni pour leurs instincts. Or, « leurs traditions ne leur montrent les Turcs », écrit M. de Nion à M. Guizot, « que comme les oppresseurs de leur « patrie, les dévastateurs de leurs campagnes, les fondateurs du « servage sous lequel ils gémissent encore aujourd'hui. Leurs « instincts se refusent à y voir des missionnaires de philan- « thropie et de civilisation. La domination ottomane n'est et ne « sera de longtemps, à leurs yeux, que l'ennemie irréconciliable « de leur religion, de leur bien-être et de leur liberté. C'est par « ce côté que le Prince Bibesco doit être surtout considéré, à « mon sens , comme la personnification la plus élevée , la plus « fidèle, des sentiments du grand nombre.

« Malgré son instruction remarquable , malgré sa longue ini- « tiation aux idées et aux habitudes européennes, son tempé- « rament , son caractère , les impressions de ses premières « années le rapprochent bien plus qu'il ne le croit lui-même du « type primordial de la nationalité valaque. Le disciple de nos ({ écoles , l'hôte de nos salons laisse facilement apercevoir sous « cette enveloppe étrangère le fils des vieux Pandours, aux « mains durcies par la poignée du sabre et le soc de la charrue, « toujours prêts à la révolte ou au combat contre les sectateurs « de Mahomet. De là provient évidemment Tantipathie réci- « proque qui existe entre lui et la caste aristocratique, et princi- « paiement la fraction de cette caste qai se compose des débris « du système phanariote (i). »

Bibesco personnifiait donc les sentiments du grand nombre ; c'est Lui, le natif du Dolj, — cette partie guerrière de la petite Valachie, — et non le comité insurrectionnel, qui était resté fidèle aux traditions du passé, au culte de la dignité nationale, et qui avait su lire dans l'avenir. L'histoire en fournit la preuve.

En 1848, contre qui le mouvement est -il dirigé? Contre la

(i) M. de Nion à M. Guizot, lettre du 8 janvier 1847. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

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