‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 115 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

De toutes façons, le peuple ne devait pas payer les erreurs des législateurs de 1848.

Mais en est-il un d'entre eux qui se soit soucié du danger de reconnaître aux Juifs les droits politiques et civils? Tout au contraire : Héliade les appelle au banquet de la fraternité, auquel le système déchu ne les avait pas conviés. Même table, mêmes droits, dit-il.

Les Juifs de Valachie n'étaient pas, il est vrai, bien nombreux en 1848; mais peut-on excuser une aussi lourde faute que celle de n'avoir pas prévu que les institutions de la Valachie s'étendraient certainement à la Moldavie, que ces deux pays de même race, — dont Bibesco avait préparé l'union (i), — finiraient par ne former qu'une même nation, et de n'avoir pas vu que, pour la Moldavie , l'égalité des droits accordés aux Juifs était déjà un danorer?

Art. 3. — Contribution générale.

C'est l'égalité devant l'impôt.

Incontestablement cette loi était la meilleure qu'on pût présenter, parce qu'elle était la plus juste, la plus impérieusement réclamée. Mais l'insurrection de 1848 n'a fait qu'en reculer l'application. En effet, M. de Nion nous fait connaître que le Prince comptait employer cette année même, 1848, — à propos de V institution proposée par Lui d'un droit d' enregistrement et de timbre et d'un remaniement de la loi des patentes, — la marche qui lui avait servie, l'année précédente, à vaincre les résistances de la Chambre dans la question de l'affranchissement des esclaves. D'après le projet de Son Altesse, les boyards qui exerçaient la profession de négociants devaient être désormais assujettis à en supporter les charges.

(i) Voir XÉNOPOL, p. 186 de V Histoire des Roumains, et dans le présent volume, les pages 217 et 242.

En me communiquant ses vues à cet égard, le Prince Bibesco me disait, ajoute M. de Nion , que s'il réussissait à les faire adopter par V Assemblée générale, il considérerait ce résultat comme d'une grande importance, non dans l'intérêt du fisc, qui ne peut en espérer qu'un faible accroissement de recettes, mais, surtout et avant tout, PARCE QUE CE SERAIT UN ACHEMINE- MENT VERS LE PRINCIPE DE L'ÉGALITÉ DEVANT LA LOI (l).

Depuis longtemps Bibesco était résolu à amener la boyarie à supporter une part des charges publiques; et s'il a reculé, à chaque session , devant les dangers de présenter à la Chambre cette réforme urgente , c'est que son projet fournissait à ses ennemis leur plus puissant moyen d'action contre l'autorité et la personne du chef de l'État (2).

Avec un peu de patience et d'habileté, le Prince eût fait passer la loi sur l'impôt, malgré les boyards, comme il avait obtenu de la Chambre la loi sur la réforme de l'administration des biens du clergé et la loi de l'affranchissement des esclaves, malgré l'opposition du Métropolitain et des Evêques (3) .

Art. 4. — Assemblée nationale, composée de représentants PRIS DANS TOUTES LES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ.

Quelle portée avait cet article?

D'après les explications du poète Héliade , c'était \ élection large, libre, juste, dans laquelle la capacité, la conduite, la vertu, la confiance publique seraient les seuls titres pour être élu. — Espérait-on ressusciter l'âge d'or? Non; l'ambition était autre : créer un élément qu'on enrégimenterait pour les élections ,

(1) M. de Nion à M. Guizot, lettre du 2 avril 1847. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

(2) M. de Nion à M. Guizot, lettre du 25 octobre 1847. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

(3) M. de Nion à M. Guizot, lettre du 7 février 1848. (Archives du Ministère des affaires étrangères, Paris.)

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