‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 116 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dont le gouvernement userait à sa guise, et qui lui assurerait à la Chambre un nombre important de députés : voilà quel était le but.

Seulement, les auteurs de l'article n'ont] pas songé que cette arme leur échapperait des mains le jour oii ils tomberaient du pouvoir, et qu'elle deviendrait, pour leurs successeurs, un instrument dont ils feraient le même usage.

Aujourd'hui, en 1893, quel que soit le gouvernement sous lequel aient lieu les élections, les délégués du collège des paysans, — il est à deux degrés (i), — vont aux urnes, — cela est exact pour la presque unanimité des districts, — conduits par les autorités, et ils votent pour le candidat du gouvernement.

En 1848, dans l'état peu avancé du Pays, l'article du projet de constitution n'avait d'autre but que de jeter de la poudre aux yeux.

Art. 5. — Le chef de l'État responsable, élu pour

CINQ ANS, pris DANS TOUTES LES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ.

En d'autres termes, à la garantie qu'un Prince élu à vie donnait à la Nation on préférait substituer l'ancien régime des princes temporaires, révocables, à la disposition de la Turquie et de la Russie, qui ruinaient le Pays pour s'éterniser au pouvoir et y faire régner en permanence le désordre. Un chef responsable n'avait qu'à se soumettre aveuglément à la Porte et à la Russie pour créer l'absolutisme.

Où donc était le progrès? Si tel n'était pas le but de l'article, telle pouvait en être la conséquence.

En outre, la fixation du règne des Princes à cinq ans était le renoncement au DROIT SOUVERAIN, conquis par le Pays, — au prix de tant de sacrifices, — d'élire ses Princes à vie.

(i) Les paysans de chaque district élisent leurs délégués, et ceux-ci votent pour l'élection du député.

Ce soi-disant progrès était un recul, au delà même du traité d'Ackermann (1826), qui avait fixé la durée du règne des Hospodars à sept ans : il n'était pas, en tout cas, une manifestation de fierté nationale.

Au demeurant, les auteurs dudit projet nous donneront eux-mêmes la mesure de leurs convictions : ils brûleront en 1859 ce qu'ils auront adoré en 1848, en élisant à vie le Prince Couza, avec la condition pourtant qu'il quittera le pouvoir, le jour où on pourra le remplacer par un Prince étranger; et en 1866, ils abjureront hardiment leurs principes en proclamant le chef de l'État irresponsable, le trône à vie héréditaire ; et en allant chercher le Souverain, qui devait être choisi dans toutes les classes de la société, à l'étranger, en Allemagne .

Enfin en 1881 on verra M. Rosetti et Bratiano (Jean) , devenus de fervents dynastiques, obtenir de l'Autriche d'abord, — on sait à quelles tristes conditions (i), — de l'Europe ensuite, la reconnaissance de la royauté, qui venait d'être proclamée par les Chambres roumaines.

Art. 6. — Diminution de la liste civile; tout moyen de corruption enlevé.

Il eût été plus juste de dire : tout moyen de faire le bien retiré au Prince.

Il suffit, pour prouver la puérilité de cet article, de rappeler les dons nombreux faits par Bibesco à l'occasion des inondations ou des incendies qui ont marqué son règne. Pour parer aux malheurs causés par l'incendie de Bucarest en 1847, ne donnat-il pas le quart de sa liste civile (2), dix mille piastres à l'occa-

(1) L'obtention de la couronne royale a été un troc dans lequel le gouvernement a compromis le Danube roumain. (Voir à l'Appendice la lettre à Mme Adam, publiée dans le livre : Politique^ Religion, Duel, par le Prince G. Bibesco. — (Pion, édit., Paris.)

(2) M. de Nion à M. Guizot, 7 février 1848, et Bull. off. n"" 30 et 79 de 1843.

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