‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 117 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

sion de l'incendie de lassi, 6,000 piastres en faveur des victimes de celui de Plovesti, etc.?

Il est superflu d'insister, mais il n'est pas sans intérêt de rappeler que ceux qui voulaient diminuer en 1848 la modeste liste civile du Prince (i), — MM. Rosetti et Bratiano, — furent les mêmes qui firent voter au roi Charles, par les Chambres de 1881, — en violation de la Constitution , — un apanage composé de douze terres choisies parmi les plus belles du pays (2).

Il est vrai que ces messieurs, — farouches révolutionnaires de 1848, — ne se doutaient pas qu'un jour ils seraient les serviteurs très humbles d'un Roi, ni que les Souverains, qui n'étaient alors que des tyrans, deviendraient, à leurs yeux, un objet de culte [2)).

Art. 7. — Responsabilité des ministres et de tous les fonctionnaires publics.

La responsabilité des ministres rendait inutile celle du chef de l'État; demander l'une et l'autre, c'était dévoiler le but poursuivi, à savoir, l'affaiblissement du pouvoir central, l'inauguration du règne de l'intrigue et du désordre.

Encore ne faut-il pas croire que, dans l'esprit de tous ceux qui ont accepté cet article, cette égalité dût être égale pour tous les

(1) La liste civile du Prince oscillait entre 700,000 et 1,200,000 piastres, soit environ 400,000 francs. — La générosité du Prince était telle, sa fortune personnelle si modeste, que la Chambre de 1848 lui vota un supplément de 150,000 piastres. — Voir M. deNion.

(2) La loi fut violée en cette occasion : l'apanage est l'œuvre du parti Rosetti- Bratiano. Les terres qui le constituent avaient été données par leurs premiers propriétaires aux Monastères, c'est-à-dire affectées à un tout autre but. L'État ayant sécularisé les biens ecclésiastiques, le gouvernement s'est cru en droit de disposer de ces terres.

Le Sénat a voté la loi — séance de nuit — sous la pression du peuple officiel, sans avoir recours au scrutin. Un homme, l'ancien maire de Campu-Iung, — parent de M. Bratiano (Jean), — M. Nicolau, a eu le courage de s'opposer énergiquement au vote de la loi.

(3) M. C. Rosetti n'a-t-il pas écrit dans le Romanul : « Le trône est un autel » (Tronul e altar) ?

partis. M. Jean Bratiano et ses amis, par exemple, avaient plutôt en vue la responsabilité des autres: et ils l'ont prouvé. En 1876, le premier acte du ministère, dont ils font partie, est de demander à la Chambre la mise en accusation du ministère renversé, dont M. Lascar Catargi était le chef. Aussitôt, l'ancien président du Conseil de réclamer sa mise en jugement, ainsi que celle de ses collègues. Mais ce fut en vain! Les puissants du jour ne consentirent pas à donner au ministère de la veille le triomphe certain d'un acquittement. Leur but n'avait été autre que le scandale d'une mise en accusation.

En 1888, la scène change : M. Bratiano tombe sous la réprobation générale, et il est forcé de céder la place à un ministère conservateur. On demande sa mise en accusation et celle de ses collègues, et la Chambre ordonne l'enquête sur les actes de leur administration. Mais, contrairement à la conduite des ministres de 1876, les amis de M. Bratiano luttent avec la dernière énergie pour empêcher l'enquête d'aboutir, puis pour faire repousser la mise en jugement.

Pour avoir la crâne attitude du ministère Catargi en 1876, il n'aurait pas fallu qu'ils fussent hantés par les aveux faits par leur chef à la Chambre, le 8 avril 1884 (i) .

Quant à la responsabilité des fonctionnaires , qui était une mesure excellente, elle existait. Tous les actes du règne de Bibesco témoignent de sa lutte contre les abus des fonctionnaires; et M. Billecoq lui-même, en se faisant une arme contre le Prince de certaines réprimandes adressées publiquement à un fonctionnaire, confirme le fait (2).

(1) « Vous avez vu. Messieurs, que, malgré les désordres commis, les assassinats, les procès scandaleux, j'ai gardé le silence, et j'ai pris toute la responsabilité, dans le seul espoir que la revision serait faite. » — Séance de la Chambre du 8 avril 1884. — Voir Politique, Religion, Duel, par le Prince G. Bibesco (Pion, édit.).

(2) Voir le Règne de Bibesco, t. I, p. 257, et infrà la chronologie du règne de Bibesco, qui termine ce volume.

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