‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 121 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Art. 14. — Abolition de l'esclavage des Tziganes

PAR UNE indemnité.

L'abolition de l'esclavage était déjà un fait accompli.

Dès 1843, un bon nombre de Tziganes appartenant aux propriétaires avaient été libérés contre indemnité, et l'émancipation de ceux non encore affranchis s'effectuait graduellement. Les Bohémiens de l'Etat avaient été également émancipés.

En 1847 (loi du 13 février) (i) « furent affranchis tous les Bohémies de la sainte Eglise Métropolitaine, ceux des évêques, et généralement ceux de tous les monastères et couvents, comme aussi de tout établissement public , sans exception , se trouvant sur le territoire roumain ». Si Bibesco prit, à l'égard des Tziganes appartenant aux propriétaires et non encore affranchis, le parti de procéder graduellement à leur émancipation, c'est qu'il fut guidé par la préoccupation de ne pas créer au Trésor des embarras considérables, et à la société, le danger dont elle aurait été menacée, si une classe d'hommes eût été tout à coup jetée hors de sa condition première.

Tel ne fut pas le souci des membres de l'insurrection ; ils ne virent dans l'exécution précipitée de la loi Bibesco qu'un moyen de se créer des auxiliaires , et en même temps de conquérir l'admiration de l'Europe et de leurs concitoyens, en passant à leurs yeux pour les émancipateurs des esclaves.

En Roumanie, les générations qui ont suivi celle de 1848 se sont si bien laissé prendre à cet article 14 du programme, qu'en 1892, — cela paraît invraisemblable, — un organe roumain, en parlant des Titans (2) de 1848, publiait que l'abolition de l'esclavage était leur œuvre, et il appelait sur ces demi-dieux l'admiration des contemporains.

Voilà comment on écrit l'histoire!

(1) Voir page 296 de ce volume.

(2) Adeverul ÔM 12 juin 1892.

Art. 15. — Un représentant de la nation a Constantinople, pris parmi les roumains.

La conduite des C apuchechaïa (i), lors de l'annexion de la Bucovine et de la Bessarabie, justifie pleinement ce vœu; mais ce n'est peut-être pas là, non plus, une cause suffisante d'insurrection.

Art. 16. — Instruction égale, complète et gratuite, pour tous les roumains des deux sexes.

Le Prince Bibesco venait de doter son pays d'une loi sur l'instruction publique, en date du 2 mars 1847 (2), qui répondait certainement dans une large mesure à ses besoins.

Cette loi était entrée en vigueur, et le collège créé à Bucarest avec le concours bienveillant du gouvernement français avait ouvert ses cours dans des conditions inespérées, avec un éclat dont la Principauté avait lieu d'être fière. Au lieu de continuer l'œuvre commencée , — œuvre essentiellement patriotique , — les envieux ont préféré la critiquer, la faire sombrer plutôt que de chercher à y apporter une modification quelconque. La loi n'émanait-elle pas de Bibesco, et le mot d'ordre n'était-il pas de ne rien laisser debout de ce que ce Prince avait créé ? La préoccupation n'était-elle pas de justifier le mouvement de 1848?

Pour en revenir à l'article 16, il était en 1848 une utopie. Est-il plus raisonnable aujourd'hui? On ne sera dans le vrai, pensons-nous, au sujet de l'instruction publique, que le jour où on reviendra de cette fureur d'instruction complète^ visant toutes les classes de la société, sans en excepter les jeunes filles; le jour où on aura diminué le nombre des lycées pour faire la part plus

(1) Titre officiel des représentants des États roumains à Constantinople.

(2) Voir t. I, p. 337-347, et dans ce volume, p. 209.

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