‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 122 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

large aux écoles professionnelles. Ce jour-là, on aura moins de fruits secs se croyant mûrs pour la députation, et plus de femmes sachant tenir un ménage (i).

Art. 17. — Abolition des titres sans fonction.

Cette loi nous paraît fausse dans un Pays dont le chef de l'Etat est Prince ou Roi (2); illogique et perturbatrice en Roumanie, où le premier venu usurpe votre nom, sans qu'il existe une loi pour l'en empêcher; mauvaise, parce qu'à notre avis le sens aristocratique est un élément de vertu et de force dans la lutte de la vie, que l'aristocratie est une force pour une Nation comme pour un chef d'État , soit que ses membres appartiennent à l'histoire, à la diplomatie ou à la presse, comme ce Jean Vacaresco, ministre du Prince Bibesco, qui laissa, comme testament, cette phrase : « Mes descendants Vacaresco, je vous laisse en héritage la culture de la langue roumaine et le culte du Pays. »

Art. 18. — Abolition des peines corporelles et dégradantes.

Article très moral, très humain; mais on n'a jamais plus usé des peines corporelles que sous le régime de MM. Rosetti- Bratiano (Jean), ex-membres du gouvernement de 1848 (3).

(1) Un maître d'institution, M . Velesco, a raconté, dans une conférence, que le père d'un élève auquel on demandait s'il destinait son fils à la carrière des lettres ou à celle des sciences répondit : « Je n'en sais absolument rien; ce que je veux, c'est que vous fassiez de mon fils un ministre. »

(2) En Roumanie le fonctionnaire qui avait cessé ses fonctions plaçait devant son ancien titre le mot ex : ainsi le grand Vestiar (trésorier), Vel Vestiar, exgrand Vestiar : bi Vel Vestiar. La Constitution a supprimé les titres nobiliaires : les fils des Princes régnants étaient appelés jadis Domnisori, diminutif de Domnu, le Seigneur, le Prince. Les Princes étant nommés et non élus, étant révocables et non élus à vie, ne constituant par conséquent pas une souveraineté, il s'ensuivait que le titre s'arrêtait aux fils, autrement dit qu'il ne passait pas aux petits-fils. — Sous le régime du Fanar, les fils de Prince étaient appelés Beizade.

(3) M. J. Bratiano a fait à la Chambre des aveux complets sur sa manière de gouverner. Nous les avons rappelés p. 437 de ce volume.

Art. 19. — Abolition de la peine de mort en sentence

et en fait.

L'abolition de la peine de mort existait en fait. Il y a eu deux condamnations à mort sous le règne de Bibesco, et on n'a exécuté aucun des coupables (i).

Art. 20. — Établissement pénitentiaire ou les criminels EXPIERONT LEURS PÉCHÉS ET D'OU ILS SORTIRONT AMÉLIORÉS.

Ces améliorations avaient déjà été proposées par E. Floresco, ministre du Prince Bibesco; elles n'avaient donc pas le mérite d'être nouvelles (2).

Art. 21. — ÉMANCIPATION DES ISRAÉLITES ET ÉGALITÉ DES DROITS POLITIQUES POUR TOUS LES CITOYENS DE TOUTES LES RELIGIONS.

Si cet article avait figuré dans un autre programme que celui de 1848, ses auteurs auraient été depuis longtemps voués à l'exécration des générations futures. Le sentiment national s'est, en effet, toujours manifesté violemment contre l'émancipation et l'égalité demandées par les auteurs de l'insurrection de 1848, parce que les Israélites sont en Roumanie au nombre de près de quatre cent mille pour une population totale de moins de six millions d'âmes, et que cette race est — en raison même de son nombre et de ses qualités commerciales incontestables — extrêmement absorbante (3). — En 1867, M. C. Rosetti, en osant présenter à

(1) Fidèles à leur système de calomnie, les membres de la Lieutenance princière accusent Bibesco de n'avoir jamais su qu'aggraver les peines au lieu de les rendre plus légères. (Requête au Sultan en date du 3/5 août 1848. Mémoires justificatifs, p. 56.) — Voir la chronologie, à la fin de ce volume.

(2) Voir Essai, par M. N. Blaramberg.

(3) Il y a quatre districts, en Roumanie, où ils sont en majorité.

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