‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 123 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

la Chambre M. Montefiore, a provoqué une émeute. Le peuple s'est porté sur la synagogue pour la saccager.

Art. 22. — CONVOCATION IMMÉDIATE D'UNE ASSEMBLÉE GÉNÉRALE CONSTITUANTE ÉLUE POUR REPRÉSENTER TOUTES LES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ, ET QUI SERA CHARGÉE DE RÉDIGER LA CONSTITUTION SUR LES BASES DE CES VINGT- DEUX ARTICLES DÉCRÉTÉS PAR LE PEUPLE ROUMAIN.

L'Assemblée n'a jamais été convoquée. Nicolas Bâlcesco nous en donne les raisons, que confirment les renseignements de MM. C. Rosetti et Héliade.

« Le gouvernement, écrit Bâlcesco (i), ne pouvait plus rien yéclamer au nom de la révolution, il ne pouvait plus parler au nom du droit révolutionnaire ; il s'était soumis , il devait tout attendre de la bonne volonté du Sultan. La Lieutenance le savait bien, quand elle n'a pas voulu convoquer la Constituante avant d'obtenir L'AUTORISATION DE CONSTANTINOPLE . »

En d'autres termes, les droits, les privilèges séculaires dans lesquels les Roumains étaient rentrés après le traité d'Andrinople (1829), la SOUVERAINETÉ DE l'État que Bibesco avait sauvegardée au prix d'années de luttes, étaient retombées AUX MAINS DES Turcs! Par quelle fatalité ?

Les lettres de MM. C. Rosetti, Héliade et Bâlcesco vont nous le dire.

M. C. Rosetti à M. J. Ghica,

TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE

« 30 juillet/i2 août 1848 (2).

« Après dix jours, sinon plus, d'insistance de la part des Turcs,

(1) Bâlcesco à A. Golesco, lettre du 4 mars 1850. {Souvenirs d'exil, par M. J. Ghica, p. 486.)

(2) M. C. Rosetti à M. J. Ghica. Souvenirs d'exil, par J. Ghica, p. 48.

« un gouvernement de six membres a été élu sous le nom de « Lieutenance princière; laissons de côté le fait que, dans cette « question, il y a eu escamotage. Ce gouvernement (de la Lieute- « nance), aussitôt après que Tinghir-Effendi, envoyé de Soley- « man-pacha, eut su profiter de la poltronnerie d'Héliade et triom- « pher des autres membres, — pour en obtenir une déclaration M au Sultan, — a fait une publication ainsi conçue :

« Les nouvelles institutions demandées par le peuple « valaque ne seront en vigueur qu'après L''approbation de « S . Exc. S ouley man-pacha et LA SANCTION de S. M . le Sultan.

« Que devions-nous faire? les renverser et les mettre sous « jugement? Il y aurait eu un beau tapage au champ de Filaret ! « Mais en rassemblant, d'après notre habitude, quelque six à « sept mille hommes, nous leur fîmes comprendre de quoi il était « question, et les amenâmes à protester contre la proclamation. « Ensuite Soleyman-pacha ayant demandé que la Lieutenance « ne fût composée que de trois membres, et que ces membres ne « fussent pris que parmi les ministres, on élut aussitôt N. Go- « lesco, Héliade et Tell, et le peuple vint au palais pour leur (( dire : « Vous n'avez aucun pouvoir pour aliéner un seul de nos « droits. Si vous le faites, nous protesterons et nous ne reconnaî- (( trons pas votre œuvre. »

« Quelques heures plus tard , ce nouveau gouvernement « publiait, de nouveau, cette maudite proclamation, mais rien « qu'en six exemplaires.

« Pour ne pas perdre ce que nous avons de plus cher, nous « cherchons maintenant à faire une protestation, signée par le « peuple, qui annule CE FATAL PAPIER.

« Tel est, mon cher, le triste état dans lequel nous nous trou- « vons. Toi, au moins, efforce-toi de sauver le pauvre pays, car « NOUS, NOUS SOMMES LES DERNIERS DES MISÉRABLES. ))

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