DEUXIÈME PARTIE
Lettre d'Héliade à Negulici.
TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE
15/27 mars 1851 .
« J'aborde l'arrivée de M. Tînghir (Thinghiroglo) dans la « capitale , la transformation du Gouvernement provisoire en « Lieutenance et l'acte que M. Tînghir a demandé à la lieute- « nance de publier, savoir, que les nouvelles lois entreront en « vigueur qu^ après V approbation de S. M. le Sultan.
« Ici, j'expose les faits comme ils se sont passés : LA MAJORITÉ « DU COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE, QUI ÉTAIT LE VÉRITABLE « GOUVERNEMENT, a trouvé bon d'accepter, de publier cette « note en trois exemplaires et DE NE PAS L'ENREGISTRER. Un « exemplaire a été apposé à l'église de Sarandar, où il ne resta « même pas une heure; un autre a été donné à M. Tînghir pour « l'envoyer à Souleyman-pacha, et le troisième a été conservé « par la Lieutenance, car te coupable, ce n^ était pas elle y mais la « majorité du comité révolutionnaire . Cela est d'autant plus vrai « que M. Tell avait voté contre l'acceptation de la déclaration « demandée par M. Tînghir. M. Rosetti, qui faisait partie du « comité qui gouvernait, et savait qui devait, à bon droit, être « rendu responsable de l'acceptation de cet acte, incrimine direc- « tement dans le Pruncul la Lieutenance, alors que M. Tell « était complètement innocent (i). »
Lettre de N. Bâlcesco à A . Golesco (2).
TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE
4 mars 1850.
Nicolas Bâlcesco fait aussi connaître ses impressions sur cet événement, dans une lettre qu'il adresse à A. Golesco.
(1) Lettres d'exil d'Héliade, par Locusteano, p. 90.
(2) Souvenirs d'exil, par Jean Ghica, p. 486.
« La Lieutenance inaugura son avènement en sacrifiant, par (t un acte public remis à Souleyman, L'AUTONOMIE DU PAYS, « malgré V opposition que nous lui fîmes. Tes frères ont trempé « aussi dans cette malheureuse action. Depuis lors, la révolution « politique fut sacrifiée et abandonnée, comme l'avait été déjà « la révolution sociale; car, je vous l'ai dit, notre droit de faire « la révolution n'était que celui d'autonomie. Quelques jours « après, je me trouvai à Constantinople et, parlant avec Cor (i), « j'ai prononcé le mot de révolution : « Vous ne pouvez plus récla- « mer, me dit-il, au nom de la révolution . Maintenant vous vous « êtes soumis, vous ne pouvez plus parler au nom du droit révo- « lutionnaire . »
« Vous devez tout attendre, selon la déclaration de votre Gou- « vernement , de la bonne volonté du Sultan. Il avait raison. « Ainsi c'est Souleyman-pacha, c'est la Lieutenance, ce n'est pas
Fuat qui a renversé la révolution. Celui-ci n'a fait que substi- « tuer un Caïmacam aux trois lieutenants. La révolution n'exis- « tait plus. La Lieutenance le savait bien, avant d'obtenir l'au- « torisation de Constantinople. . . »
Ainsi, CETTE FATALITÉ, c'était l'insurrection de 1848, et les auteurs du prétendu MOUVEMENT RÉGÉNÉRATEUR étaient les mêmes qui avaient livré à la Sublime Porte l'autonomie du pays, la Souveraineté de l'État.
Quelle fin lamentable pour ces personnages et quel spectacle ils nous offrent! C. Rosetti accuse Héliade; Héliade à son tour accuse Rosetti et la majorité du comité révolutionnaire; il cherche à innocenter Tell sans parvenir à se disculper lui-même.
Enfin Bâlcesco accuse les Golesco (2).
(1) Premier drogman de la Porte.
(2) N. Golesco composait avec Héliade et Tell la Lieutenance princière.