‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 125 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Et, fait plein d'enseignement, aucun de ces hommes ne songe à se démettre de ses fonctions en motivant sa démission, pas même M. C. Rosetti, qui pourtant a ameuté le peuple, d'après notre habitude, comme il l'écrit et l'a amené à protester contre cette trahison.

En aucune circonstance, peut-être, le cri de Tacite n'aura été plus vrai : Omnïa servïlïter pro domïnatione.

Et le servilisme a si bien passé, pour ces malheureux, à l'état d'habitude, leur soif de conserver le pouvoir est si ardente, qu'ils n'ont plus conscience de ce qu'ils font. Souleyman-pacha entre-t-il à Bucarest, ils font crier au peuple de la capitale : Vive le Sultan NOTRE SOUVERAIN ! cri auquel Fuad-pacha saura répondre le 13-25 septembre, du quartier général de Bucarest, quand il fera connaître au pays la volonté de Sa Hautesse, en accentuant ces mots : « Le Sultan mon Maître ET LE VÔTRE (i). » Le représentant du Sultan annonce-t-il l'entrée des troupes sur le territoire roumain; la Lieutenance, dans son affaissement, ne trouve d'autres paroles de consolation à donner à la nation, dans sa proclamation incolore du 29 juillet, que les suivantes : Les armées impériales entrent, non avec une intention hostile, mais PRESQUE dans V unique but de protéger les anciens droits et les anciennes institutions du pays ; ... le gouvernement vous invite à ne pas oublier que la Sublime Porte a, pour les Roumains , des sentiments paternels (2) ! A Souleyman-pacha, la Lieutenance exprime son REGRET (3) pour la violation du territoire. Et c'est tout. Pas un mot d'indignation, pas un sentiment de fierté nationale; toujours le pouvoir au prix du servilisme.

Plus tard, ces douleurs, ces hontes, ces calamités infligées au

(1) Mémoire justificatif de la révolution roumaine, p. 23. Voir à l'Appendice.

(2) Mémoires^ par Héliade Radulesco, p. 218 et 219. (Texte en langue française.)

(3) Mémoires, par Héliade Radulesco, p. 218 et 219. (Texte en langue française.)

pays ont-elles inspiré un sentiment de regret à ceux qui les ont causées? Non, Héliade le dit nettement :

« Nous n'avons pas à nous plaindre de la perte du mouvement, mais des intrigues intestines . Si nous nous sommes décidés à en parler, c'est pour éclairer nos frères, et pour ne pas les laisser livrés aux mêmes intrigues qui, venant de l'extérieur, s'étendent jusque dans les entrailles de la Nation, jusque dans ses parties les plus nobles et les plus vitales, jusque dans la jeunesse. Et voici comment la Russie , par son consul, travaille Mavros, Odohesco et consorts ; Mavros entraîne son gendre Ion Ghica, et Campineano ; Odohesco, Campineano et Ion Ghica eîitrainent les Cretzulesco, Rosetti Bratiano et autres; ces derniers, avec les premiers, entraînent une partie de la jeunesse, et la jeunesse inexpérimentée et pleine d'ardeur commet des fautes irréparables. C'est-à-dire, entraînés les uns par les autres, nous avons fini, comme tous les peuples, à faire à notre insu les affaires de nos ennemis (i) .

Cependant, en dépit de cet effondrement, on entend des ignorants, admirateurs quand même, de la légende, affirmer que le mouvement de 1848 a jeté les germes de l'avenir de la Roumanie!

L'insurrection n'a produit, hélas! que Balta-Liman. Ceux qui ont enrichi à dessein leur légende de cet anachronisme ont trouvé bon — fidèles à leurs principes — de faire abstraction de l'Histoire. Nous leur rappellerons, en passant, que personne ne pouvait prévoir, le 11-23 juin 1848» que le prince Louis-Napoléon deviendrait Empereur, et que c'est à lui que la Roumanie devrait son existence (2) comme État libre. Mieux encore, personne ne voudra admettre que celui des insurgés roumains de 1848 qui, en 1853, a été compromis dans la tentative de l'Opéra-Comique

(1) Mémoires sur l'Histoire de la régénération roumaine ou sur les événements de 1848 accomplis en Valachie, par J, Héliade Radulesco, p, 396. Paris, Librairie de la propagande démocratique et sociale européenne, i, rue des Bons-Enfants, 1851.

(2) Dervis-pacha à Héliade, en 1854. — Voir Lettres d'exil, p, 301.

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