‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 139 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Considérés au point de vue du droit public, les traités entre la Russie et la Porte n'auraient jamais dû engager la nation roumaine, attendu que ces deux Puissances ne pouvaient pas disposer d'un bien qui ne leur appartenait pas. D'après les Capitulations, la Porte n'était pas notre Suzeraine ; nous payions un impôt, c'est vrai, mais en droit public, argent ne constitue pas vassalité; et, comme le Prince Bibesco l'écrivait en 1843 au Cabinet de Saint- Pétersbourg à propos de la question commerciale, « le Pays rou- « main occupait dans le droit public de l'Europe une place distincte « des autres provinces de l'Empire ottoman (i) » ; et, comme il l'affirmait nettement à M. de Nion, « quand nous avons payé le « tribut annuel à la Porte, nous ne lui devons plus rien (2) ».

Or, une décision européenne au congrès de Paris a, pour la première fois, déclaré les Roumains vassaux de la Porte (3).

A ce point de vue, le traité de Paris nous a amoindris. La Turquie n'ignorait pas que le fait fût en contradiction avec le droit, et elle sut, comme au traité de Carlo vitz (1699), se servir dans ses heures difficiles de l'argument : « Je ne peux pas céder ce qui ne m'appartient pas. » La Russie, de son côté, qui reconnaissait la valeur de cet argument et qui ne voulait pas qu'on pût le lui opposer le jour oii elle demanderait à garder la Bessarabie, consentit à la cession de la Bucovine à l'Autriche (i 776-1 777).

Cependant, aux conseils du Prince Bibesco le colonel Floresco répondait :

« Bucarest, ce mardi 8/20 janvier 1857.

« Monseigneur, (( Depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Altesse à Constantinople, j'ai pu enregistrer les faits sui-

(1) Voir t. I", p. 149.

(2) Voir t. I", p. 292.

(3) Em. Kuinezu protesta seul alors. Ce fut, du reste, l'argument de droit invoqué lors de la proclamation de l'indépendance.

RÉSUMÉ SUCCINCT

vants qui, dans les circonstances actuelles, méritent quelque attention : le Caïmacam vient de s'installer à l'ancien Palais^ comme pour mieux faire sentir la solidité de sa position. A l'occasion du jour de l'an, avec les mutations et les nominations qu'il a faites dans l'ordre judiciaire, Il a accordé en même temps, à titre de gratification, les appointements pour trois mois aux officiers de tout grade, ainsi qu'à d'autres personnes dont les unes ne comptent même pas parmi les fonctionnaires publics ; le tout, montant au chiffre d'environ 600,000 piastres (i). On dit que le Caïmacam va continuer ce système de largesses, et que bientôt II doit accorder à tous les fonctionnaires civils trois mois d'appointements, au-dessous de cinq cents piastres. Ces traits de générosité, ou plutôt de prodigalité, dans un moment où II déclare lui-même les finances dans un état absolu de détresse (2), ont ceci d'alarmant qu'ils prouvent jusqu'à l'évidence l'intention dans laquelle ils sont faits. C'est triste que, contrairement à l'esprit même du traité de Paris, on ait donné à un gouvernement provisoire de tels moyens de séduction, sans parler de la liste civile, qui est encore un levier puissant entre les mains d'un homme qui ne vise qu'à se ménager un parti, pour sortir victorieux de la lutte qui se prépare.

« Pour ma part, je ne crois pas un seul instant au succès d'un homme qui était déjà connu, et qui s'est porté un dernier coup par ses propres actes, pendant les quelques mois de sa Caïmacamie. Mais, en même temps, on ne comprend pas comment les hommes d'État qui s'occupent de notre future organisation ne sentent pas l'inconvénient, l'injustice, le scandale même, d'un tel état de choses. Aussi toutes les personnes sérieuses pensent chez nous que les pouvoirs de la Caïmacamie devraient cesser (3),

(1) Le décret n" i du Bull. off. n" 2 de l'année 1857 porte la somme de 346,189 lei 10, pour gratifications à l'armée.

(2) Voir plus loin la note sur les finances, p. 489.

(3) Voir la lettre du Prince au comte Walewski.

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