TROISIÈME PARTIE
OU du moins être considérablement limités, à l'époque de l'arrivée des commissaires à Bucarest. Sans quoi, à en juger par ce qui arrive, dans les pays même les plus éclairés de l'Europe, on doit s'attendre à ce que tout soit faussé chez nous, avant les élections.
« Tous ces messieurs, que je n'ai pas besoin de nommer ici, m'engagent à écrire à Votre Altesse pour lui signaler ce danger, afin qu'EUe tâche, par tous les moyens de fixer l'attention de qui de droit, sur une question aussi importante.
a Un des derniers traits du Caïmacam, qui n'est certes pas fait pour combler le vide qui se fait chaque jour dans les rangs de son parti, est le suivant : Il vient de nommer à la censure, au secrétariat d'État, un certain Calïarchi, tout à fait étranger au pays. C'est un jeune homme de Constantinople qui accompagnait Kiamil-bey, porteur du firman d'installation de la Caïmacamie. Cette nomination, qui nous ramène aux temps des Phanariotes, a provoqué dans tous les partis une véritable indignation.
« Relativement à Votre Altesse, je dirai, sans crainte de m'abuser, que l'opinion Lui est de plus en plus favorable. On dirait que les sympathies augmentent pour Votre Altesse en raison des insinuations malveillantes que l'on se plaît à répandre sur Son compte.
« Plusieurs jeunes gens, que j'évitais plutôt que je ne fréquentais, — de ces jeunes gens qui se croient seuls patriotes et qui ont fait dernièrement encore le malheur du pays, — sont venus à moi pour me parler de Votre Altesse de la manière la plus avantageuse. Malgré la défiance qu'ils pouvaient m'inspirer, j'ai été loin de les repousser, et, grâce à certains conseils que j'ai puisés dans Votre dernière lettre (i), j'ai pu leur rappeler que nous nous trouvions à une époque où tout homme qui
(i) Voir p. 470 à 473 de ce volume.
RÉSUMÉ SUCCINCT
aime son pays doit faire abstraction des personnes, comme aussi doit éviter de toucher aux questions de détail, ces questions étant les seules sur lesquelles il nous était permis de différer d'opinion. Que, pour le moment, nous ne devions nous occuper que des bases fondamentales de l'organisation du pays, et qu'à cet égard Votre Altesse avait bien voulu me tracer quelques principes, que j'ai pensé pouvoir leur communiquer. Ils admirèrent l'esprit patriotique et désintéressé qui les ont dictés et déclarèrent que ce programme serait le leur, comme aussi que nous devions nous entendre pour le faire comprendre et adopter par le plus grand nombre.
« Cet incident me donna l'idée (M. Catargi fut de cet avis) de faire publier ledit programme, précédé d'un petit préambule renfermant des conseils à nos compatriotes, sur la ligne de conduite que chacun devait tenir, au moment où le travail de réorganisation serait entrepris. J'expose ce fait à Votre Altesse, afin que si le temps le Lui permet, et qu' Elle le juge convenable, Elle veuille bien m 'éclairer, à cet égard, par quelques nouveaux conseils.
« J'ai l'honneur d'être. Monseigneur, avec le plus profond respect, de Votre Altesse le très humble et très dévoué
J.-E. Floresco.
P. -S. — « J'oubliais, Monseigneur, une question des plus importantes, celle de la composition du Divan. On la dit déjà résolue d'une manière regrettable, car le bruit court que la première classe des Boyards, — c'est-à-dire celle qui est composée, à peu d'exceptions près, de personnes rompues aux affaires, connaissant le mieux l'état du pays et ne partageant pas les idées subversives qui, malheureusement, s'emparent depuis quelque temps de notre jeunesse, et paraissent gagner le petit propriétaire et surtout notre clergé (les plus ignorants étant naturellement aussi les plus dangereux), cette première classe, dit-on,