TROISIÈME PARTIE
ne sera pas représentée directement, mais elle sera comprise dans la masse des propriétaires qui doivent fournir deux députés par district. Dans ce cas, j'affirme, et c'est l'avis des personnes les plus sensées, qu'aucun homme de poids n'arrivera au Divan, car il y a contre eux, non seulement l'antipathie des petits propriétaires, mais encore le fait que ces derniers forment la grande majorité. C'est pourquoi je viens, au nom des personnes animées des meilleurs sentiments, prier Votre Altesse, s'il en est temps encore, d'intervenir pour que la première classe soit représentée par un nombre de députés dont le minimum devrait être dix-sept (celui des districts) 0
C'est ici la place de jeter un coup d'œil sur la carte de l'Europe, de se rendre compte de ce qui se passait chez les grandes Puissances, et de ce qui s'était passé dans les Principautés depuis la nomination d'office des caïmacams de Valachie et de Moldavie.
Aucun résumé ne saurait valoir la lettre pleine de science diplomatique, d'esprit et d'humour (i) que nous avons trouvée dans les papiers du Prince Bibesco et que nous publions ci-dessous :
(( Bucarest, 9 août 1857.
« Monsieur,
« Je vous disais dans ma dernière lettre : une grave nouvelle circule, celle du renvoi de Reschid-pacha. Nous en avons, depuis, appris bien d'autres : la note des quatre ambassadeurs, celle de M. de Prokesch et de lord Redcliffe, les fermes paroles de
(i) Cette lettre, datée de Bucarest le 9 août 1857, est sans adresse et sans signature. Elle aura été adressée à un ami du Prince qui la Lui aura fait parvenir en Le priant de la lui renvoyer après copie. D'ailleurs, le manque de signature n'ôte à cette pièce curieuse rien de sa valeur ni de son esprit, rien non plus de son exactitude historique, ainsi qu'on peut le constater en consultant le Bulletin des lois. Toutes ses affirmations, tous les offices cités se retrouvent au Bulletin officiel. Nous les avons corroborés et nous renvoyons le lecteur à l'année et à la page du Bulletin où figure l'office cité.
RÉSUMÉ SUCCINCT
M. Thouvenel, les pavillons amenés, la rupture possible de l'alliance anglo-française, etc. Mais, quoique toutes ces grosses choses fussent arrivées à propos de nous, et que notre existence même fût l'enjeu placé sur le tapis vert, si fort tiraillé pour le moment en sens contraire, qu'il semblait prêt à craquer, je me disais avec le poète favori de lord Palmerston : « Much ado about nothing^ beaucoup de bruit pour rien »; ce dernier mot, entendons- . nous bien, ne se rapportant pas à la cause malheureusement trop sérieuse du conflit, mais au conflit lui-même. Il ne me semblait pas possible, en effet, que l'Autriche et l'Angleterre, après avoir poussé les ministres ottomans dans cette fondrière, fussent disposées à s'y mettre avec eux, jusqu'aux épaules, pour les en tirer.
« L'Autriche ressemble fort à cette bonne vieille de soixantequinze ans que j'ai vue à Paris, un jour de grande fête, traverser le Champ de Mars sur une corde tendue d'un talus à l'autre. Elle avait casque et cuirasse, bonne épée et rondache formidable, et, si elle eût été à terre, elle aurait eu, ma foi, l'aspect le plus terrible du monde; mais elle était à cent pieds en l'air, les mains fort embarrassées d'un immense balancier qu'elle penchait tantôt à droite, tantôt à gauche, et elle marchait, la bonne dame, mais bien doucement^ au-dessus de l'abîme.
« Pour John Bull, c'est autre chose ; il a les épaules larges et les poings vigoureux, et il est, du moins chez lui, carrément posé sur un terrain solide. Mais il sait compter; c'est même le talent qu'il exerce le mieux; et il a remis ses affaires à quelqu'un qui a toujours parfaitement orienté sa voile, et la tourne à propos du côté d'oii souffle le vent.
« Je n'ai donc pas été surpris quand le télégraphe est venu nous apprendre qu'à Osborne tout s'était arrangé. Autour de moi j'entends dire : « Oui, on s' est arrangé, mais à nos dépens. La France aura payé une concession par une autre. » Je n'en crois rien. J'en vois d'autres qui s'imaginent que l'Europe impatientée va s'occuper de nous, sans nous; que, par conséquent, il n'y aura plus de