TROISIÈME PARTIE
« Il nomme à toutes ces places, qu'il a rendues vacantes, des hommes étrangers à l'administration et qui y amènent le désordre et l'incurie, mais qui, lui devant leur place, lui doivent leur zèle et leur dévouement
a Le ridicule le dispute parfois à l'odieux. Par l'office n° 122, le Caïmacam nomme procureur à la Cour d'appel, section civile, un certain Jean Gretchiano. A la réception du pli ministériel, maître Jean s'étonne, mais comme une place et un traitement sont toujours bons à prendre, il s'exécute et court chez le ministre, qui lui prodigue les avis, les conseils. Le lendemain, il se rend au tribunal, prête serment et s'installe dans ses fonctions. Cependant, les membres de la Cour trouvent à leur nouveau collègue d'étranges façons. On s'enquiert de ce qu'il a été, et l'on constate qu'il appartient à la domesticité. La magistrature s'indigne, la ville se scandalise. Le gouvernement ne s'émeut pas, et pour réparer cette injure faite à tout le corps judiciaire, il se contente d'émettre un nouvel office, sous le n° 188, qui annule le premier, et explique qu'on s'est trompé, que la place était pour un autre Jean Gretchiano, major, et habitant à Craïova. Puis, comme l'habitant de Craïova ne se trouve pas à Bucarest , au lieu de Jean, on écrit Nicolas sur le brevet, qui trouve enfin l'adresse de son nouveau titulaire. Quant au pauvre diable de Jean, qui était fort innocent de tout cela, on le condamne à la prison comme usurpateur de titre (i).
(( Voilà comment nos affaires sont menées, quand elles ne le sont pas comme je vous le disais plus haut.
« Et maintenant, en ajoutant à cette lettre les innombrables
(i) Le décret n" 122, dont l'auteur parle plus bas, contient en effet le nom de Jean Gretchiano nommé procureur à la Cour d'appel, première section. — Quant au décret n° 188, il se trouve bien au Bull, off., mais sous le n" 148. Par ce décret Jean Gretchiano est condamné à la prison pour usurpation de fonctions, attendu que la nomination était destinée au major Gretchiano; mais ce dernier est, à son tour, remplacé par Nicolas Gretchiano.
RÉSUMÉ SUCCINCT
abus (i) dont je ne puis vous entretenir, ne trouvez- vous pas, Monsieur, qu'on fait en vérité trop d'honneur à M. Vogoridès, en ne songeant qu'à lui dans la presse et les conférences diplomati-
(i) Voici quelques preuves d'abus de pouvoir.
(1856, 7 septembre 1871 ; voir au Bull. off.).
Ordre a l'armée.
Vu le rapport du chef de l'armée, n" 2288, indiquant que dans les registres se trouvent passés des officiers supérieurs et inférieurs qui n'ont jamais fait le service réel dans le pays, et nommément :
Capitaines :
i" Prince Grégoire Bibesco Brancovano ; 2'* Prince Alexandre Stirbei.
Paroutchiks :
1° Prince Nicolas Bibesco ; 2° Prince Démètre Stirbei.
Praportchiks :
i" Prince Georges Bibesco.
lunkers :
1° Michel Ghica ; 2" Georges Sachelarie ; 3" Georges Filipesco ; 4" Grégoire Aristarhi.
Nous ordonnons qu'ils soient rayés des registres.
(Signature de Son Altesse.) N" 46, i" septembre 1856.
Observation : Le Prince Nicolas Bibesco, élève de l'École polytechnique, sorti de l'École d'état-major avec le n" i, avait obtenu du gouvernement français la faveur d'aller compléter son éducation militaire en Afrique. Les Princes Georges Bibesco et Alexandre Stirbei étaient encore à l'école de Saint-Cyr. Comment aurait-on pu exiger d'eux qu'ils eussent fait un service réel en Valachie ? Et pourquoi leur avoir refusé le bénéfice dont ont joui, de tout temps, les Roumains admis dans les écoles militaires étrangères, à savoir, que le temps passé dans ces écoles leur comptât comme service actif dans l'armée roumaine ?
Cette mesure pourrait bien passer pour une persécution contre les familles Bibesco-Stirbei, attendu que, sur neuf membres qu'elle atteint, il y en a six appartenant à la famille de ces deux Princes, et trois à des familles qui leur étaient dévouées.
Les amis du Prince Caïmacam ont beaucoup vanté son libéralisme. Mais le libéralisme du Prince semble avoir eu bien des intermittences, car il est difficile d'admettre, par exemple, que la suppression du journal Timpul, puni pour avoir reproduit un article de V Estafette, soit un acte libéral. (Voir BtUl. off. n" 22, du 18 mars 1857.) — ^st de même de la liberté de la parole ; le Caïmacam
n'autorisa pas l'impression du discours que le Prince Bibesco prononça à Bucarest,