‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 148 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ques? Ne pensez-vous pas que notre Caïmacam mérite, quoique le jeu soit différent, un peu de l'attention si largement donnée à son jeune collègue? Ne croyez-vous pas que le Prince Ghica a fort habilement, si de telles choses sont de l'habileté, saisi sans bruit toutes les forces vives du pays, tous ses moyens d'action, afin de pouvoir, à un moment donné, le faire parler ou agir suivant le besoin?

« Un dernier trait pour achever le tableau. Des clubs, dits patriotes, se forment; le Caïmacam les encourage; il se fait envoyer bruyamment des adresses pour l'union et semble se tourner tout entier de ce côté. Mais, au même moment, les autorités renouvelées recevaient confidentiellement des ordres circulaires leur enjoignant de comprimer par des menaces de répression toute tentative qui serait faite pour se réunir et s'entendre sur les vœux à exprimer aux commissaires européens; et copie de ces ordres, soigneusement soustraits à la publicité, était envoyée à la Porte et remise à l'agent d'Autriche.

« Avais-je tort de vous parler tout à l'heure du complot autrichien et de la dictature installée chez nous pour tromper la bonne foi de l'Europe et sa bonne volonté pour nous?

a En résumé, malgré les nouvelles qui viennent de nous arriver, nous sommes encore dans la situation suivante :

« Nous avons peur de la Turquie.

« Nous avons peur de l'Autriche.

« Nous avons peur surtout de nos Caïmacams.

« Mais nous avons confiance dans l'Europe, qui vient de nous

sans qu'il eût passé à la censure; et le discours ayant été lithographié quand même, le Caïmacam livra ce procédé <c au mépris public ». Moyen violent et qui produisit l'effet contraire à l'effet attendu. {Bull. off. n"* 35, du 6 mai 1857.)

Le Prince Bibesco se montra plus juste à l'égard de son prédécesseur, car si, le 10 septembre 1845, il donnait raison aux paysans du Prince Ghica contre l'intendant de ce Prince {Bull. off. n" 86 de 1845), dans l'affaire du Prince Ghica avec les syndics de la faillite Moscou, il destitua le tribunal de commerce qui avait rendu, contre ce même Prince, un jugement inique. {Bull. off. n" 15, 20 février 1847.)

RÉSUMÉ SUCCINCT

donner une preuve nouvelle de sa bienveillance. Les affaires de Moldavie, la vue de nos désordres intérieurs doivent lui donner un avertissement salutaire. Que ses commissaires veillent attentivement, et s'ils dédaignent, avec raison, la force ouverte comme elle s'est montrée à Jassi, qu'ils se défient de la ruse comme elle a agi et agira encore à Bucarest.

« P. -S. — En relisant ma lettre, je m'aperçois que je ne vous ai pas parlé des listes électorales qui viennent de paraître. Et vraiment, après tout ce que j'en ai dit, ce n'était point la peine. Le personnage étant connu, ces listes sont ce qu'elles devaient être; voilà pourquoi j'ai tenu à vous bien renseigner sur Lui. Le triage a été fait avec un tel soin que notre corps électoral peut être considéré comme n'étant qu'un rouage de plus dans l'Administration. En Moldavie, ce manège a eu lieu, du moins, en vue d'une question politique : l'union ou la séparation. Ici, on ne s'est occupé que de la question personnelle, et les électeurs ont été admis, non point parce qu'ils étaient FO\JR OU CONTRE L'Union, mais POUR LE PRINCE GhICA ET CONTRE SES ADVERSAIRES.

« On a fait descendre ce grand acte à n'être qu'une misérable intrigue. »

C'est vers la même époque que le Prince Bibesco appelait l'attention du gouvernement français sur les projets du Caïmacam de Valachie.

A Monsieur le Comte Walewski.

30 septembre 1857.

Monsieur le Comte,

Connaissant votre sollicitude pour le sort de mon Pays , je ne crains pas d'abuser de votre complaisance en vous priant de m'accorder, aujourd'hui encore, quelques moments d'attention.

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