‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 150 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

même de la récente convention signée par les sept puissances; et si le Règlement de 1 831, en appelant les ministres à portefeuille à la haute direction du Gouvernement, pendant les interrègnes, a vu dans cette combinaison une condition fondamentale de force et d'unité pour une administration provisoire, Son Excellence comprend combien il est plus urgent de la faire respecter aujourd'hui, au milieu des éléments de démoralisation et de troubles que le pouvoir actuel a eu pour principe d'encourager.

« Quant à l'espérance que nourrit le Prince Ghica de faire entrer son neveu dans la Caïmacamie nouvelle, elle se fonderait, d'après ce que Fuad-pacha m'a assuré, sur ce que M. Jean Mano, n'ayant pas le rang de Ban, qui seul donnerait droit à la présidence du Haut Divan, ne doit pas être considéré comme ayant exercé effectivement cette présidence et ne saurait être conservé à ce titre au rang des trois Caïmacams. Or, je puis affirmer que, si les Princes avaient coutume de prendre parmi les Bans les présidents de cette cour, aucun article du Règlement ne les obligeait à le faire , et pour ne citer qu'un seul exemple, Georges Philippesco, qui, en 1842, à la déchéance du Prince Ghika, a rempli les fonctions de Caïmacam, en sa qualité de président du Divan princier, — dans les circonstances où la Valachie fut appelée pour la première fois à s'élire un Souverain, — n'avait point la dignité de Ban.

« Il me parait superflu. Monsieur le Comte, d'insister davantage; Son Excellence a déjà senti que les intrigues dont je veux parler ne tendent qu'à rendre illusoire la seule mesure qui promette quelque liberté aux élections. — J'en trouve un nouveau témoignage dans une lettre que je reçois à l'instant de Bucarest, à la date du 23 septembre ; elle m'apprend que le Prince Ghica vient de donner les commandements importants de la milice aux hommes de 1848, et de changer tous ceux de ses employés auxquels il ne reconnaissait plus un zèle capable d'une obéissance aveugle. Ces-

RÉSUMÉ SUCCINCT

sant même de dissimuler son intention de violer les décisions du Congrès, il cherche à abuser encore les esprits en faisant proclamer hautement, par des émissaires répandus dans les districts, que la prochaine Assemblée aura pour devoir de se refuser à l'élection d'un Prince, et de protester contre une convention qui n'a pas tenu compte des vœux nationaux en faveur de l'union ; dans l'espoir enfin de remplir la Chambre future de ses adhérents, il excite insidieusement les électeurs à ne prendre leurs députés que parmi les vrais patriotes qui auront le courage de s'engager, par avance et sous serment, à cette protestation.

« Il appartient à l'Empereur, notre plus noble protecteur, de mettre au plus tôt un frein à ces excès. Il vous appartient à vous, Monsieur le Comte, son digne représentant et le généreux instigateur des garanties qui nous sont octroyées, de veiller à leur stricte exécution, en empêchant la Caïmacamie réglementaire d'être altérée dans son essence, ou dépouillée de ses prérogatives. — Lui refuser les moyens d'action énergiques, ce serait lui rendre la position insoutenable et en faire un élément nouveau d'anarchie ; il lui faut, plus que jamais, des pouvoirs sérieux et étendus pour briser la chaîne dangereuse qui lie les agents de l'administration actuelle.

« Si l'on pensait à objecter que la future Caïmacamie, munie de pareils pouvoirs, offrirait les inconvénients qu'on a voulu combattre en l'instituant, il serait facile de répondre que le temps lui manquera pour nouer une chaîne aussi étroite que celle de la présente administration, et qu'elle trouvera un contrôle tout étabU dans le système auquel elle sera substituée, système dont elle aura tant à faire pour paralyser les effets, que je crains même de ne pas lui voir la force de détruire les funestes entraves.

« Les sentiments de touchant intérêt à la cause de nos Principautés que vous m'avez souvent témoignés, Monsieur le Comte, et la gravité d'une situation qui tend à compromettre non seulement le bien dans le présent, mais le succès dans l'avenir, des

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