TROISIÈME PARTIE
vues larges et généreuses que le gouvernement français doit regretter de n'' avoir pu, cette fois, complètement réaliser à notre égard, justifieront à vos yeux, j'ose le croire, ma nouvelle démarche auprès de Votre Excellence. — Aujourd'hui, d'ailleurs, avec le peu d'intérêt personnel que je puis avoir à l'heureuse gestion des affaires par une Caïmacamie, composée des ministres d'un pouvoir autre que le mien, je me suis trouvé d'autant plus à l'aise pour élever simplement la voix au nom des amis de l'ordre de mon pays.
« Je saisis avec empressement cette occasion, etc.. »
Lorsqu'on fut sur le point de procéder aux élections des membres devant siéger au Divan ad hoc, les anciens Princes régnants, Georges-D. Bibesco et Barbo Stirbei, appelés par leurs compatriotes, considérèrent comme un devoir de se rendre au milieu d'eux, dans les graves circonstances que traversait la nation roumaine, pour mettre à leur disposition un dévouement qui ne s'était pas affaibli, et une expérience qui s'était peut-être accrue (i) .
Un enthousiasme indescriptible présida à l'entrée à Craïova de l'Elu de 1843. Le Prince Bibesco y prononça le discours suivant :
« Messieurs,
« L'accueil affectueux que vous me faites n'a rien d'extraordinaire pour moi. Vous m'y avez habitué dès longtemps. Chaque fois que je suis venu au milieu de vous, vous avez reçu votre ancien compagnon d'enfance (2) avec les mêmes manifestations de joie et de vive cordialité. Cependant différentes circonstances se réunissent qui me rendent aujourd'hui ces manifestations encore plus chères. Il plut un jour à mon pays, lorsqu'après des
(1) Voir plus loin, p. 503, le discours du Prince à Bucarest.
(2) Le Prince est né dans la petite Valachie, dont Craïova est la capitale.
RÉSUMÉ SUCCINCT
siècles il fut réintégré dans son droit d'élire son Prince, de me revêtir de cette dignité souveraine, comme il plut au sort, quelques années plus tard, de détruire son ouvrage. Or, vous ne savez peut-être pas qu'un des malheurs attachés à la souveraineté, c'est de convertir souvent en ennemis les amis de la veille, en altérant les sentiments même les plus affectueux. Vous pouvez donc juger du bonheur que j'éprouve à vous retrouver, après six années de règne et huit années d'exil, tels que je vous ai connus autrefois.
« J'en suis d'autant plus touché que je sais tout ce qui a été fait , promesses et menaces, pour changer vos dispositions (i). Recevez donc l'expression de ma très vive gratitude, et pardonnons aux auteurs de ces indignes manœuvres ; ils ne sont pas faits pour comprendre les liens qui nous unissent.
« J'ai pensé répondre à vos désirs en quittant ma retraite, et en venant me mettre à votre disposition. Les temps sont, en effet, trop critiques pour que chacun de nous ne regarde pas comme un devoir d'apporter à la patrie le faible tribut de ses services.
« Il va être bientôt prononcé sur notre avenir; et l'arrêt sera favorable ou contraire, selon que notre conduite sera sage ou imprudente. Comment parviendrons-nous à nous rendre cet arrêt propice? Vous savez que les moyens les plus simples sont toujours les meilleurs; dans les circonstances actuelles, ils sont seuls efficaces.
« Pour arriver à la solution des grandes questions qui nous occupent, nous avons deux choses à faire (2) : d'abord nous former en collèges électoraux pour nommer nos représentants, ensuite obtenir la prompte convocation de ces représentants en
(1) « Tous les moyens d'intimidation avaient été employés par le gouvernement pour entraver la manifestation que les habitants ont faite. Des fonctionnaires ont été destitués pour s'être seulement présentés chez l'ancien Prince du pays, qui peut-être avait commencé leur carrière. »
(2) « On répandait alors dans les districts, entre autres doctrines, celle qu'il fallait que les assemblées électorales imposassent à leurs élus un mandat impératif. »