TROISIÈME PARTIE
cesse le ciel de lui envoyer un avenir plus calme et plus stable. C'était, hélas! tout ce que je pouvais faire pour lui.
« Mais aujourd'hui que la Providence semble vouloir exaucer mes vœux, en attirant sur notre pays l'attention des grandes Puissances, aujourd'hui que nous voilà appelés à établir les bases d'une nouvelle organisation qui pourra nous donner enfin cet avenir tant désiré, j'ai cru de mon devoir de venir mettre à votre disposition un dévouement qui ne s'est pas affaibli et une expérience qui s'est peut-être accrue.
« Je n'ai pas besoin d'ajouter pour vous, Messieurs, qui me connaissez, que ce n'est ni l'intérêt particulier, ni un sentiment d'ambition personnelle qui me ramènent parmi vous. Car vous savez que, dans toute circonstance, mes intérêts se sont confondus avec ceux de l'Etat. A ceux qui ne me connaîtraient pas, je dirais que mon ambition, eût-elle été grande, se serait trouvée largement satisfaite le jour où, appelés pour la première fois depuis plusieurs siècles à élire leur chef, les représentants du pays ont réuni leurs suffrages sur moi.
« Celui qui a reçu une telle marque de confiance et d'honneur ne pouvait, sous peine d'ingratitude, rester loin, quand un appel est fait à tous les enfants de nos provinces pour travailler à leur réorganisation. C'est donc un devoir sacré de reconnaissance que je viens remplir, en apportant à ma patrie le tribut d'un zèle sans bornes comme sans calcul. Quelque poste qui me soit assigné, je l'accepte et j'y combats en soldat dévoué.
« Mais soyons bien tous pénétrés de la gravité des circonstances actuelles, ainsi que de la sagesse qu'elles réclament de nous. Si, d'un côté, elles promettent une amélioration à notre état social, elles peuvent aussi produire le résultat contraire, selon que nous saurons les faire tourner à notre avantage ou à notre détriment.
« Nous sommes comme le voyageur qui, avant d'être arrivé aux lieux oii le repos et le bonheur l'attendent, aurait à parcourir des sentiers bordés de précipices, au fond desquels il roulerait inévi-
RÉSUMÉ SUCCINCT
tablement s'il se laissait prendre par le vertige. Les mêmes périls nous menacent; mesurons donc chacun de nos pas, et, à force de prudence et de sage résolution, éloignons de nous la dangereuse ivresse qui nous perdrait.
« Mais pourquoi les circonstances seraient-elles plus difficiles que celles par lesquelles a déjà passé notre pays? S'il a pu, en d'autres temps, se donner de nouvelles lois et améliorer son organisation intérieure, combien le peut-il mieux aujourd'hui?
« Reconnaissons-le toutefois, il n'a jamais eu à se concerter sur des intérêts et des droits qui touchassent de si près à des intérêts et à des droits étrangers à côté desquels nous devons marcher, en évitant de leur porter atteinte et même de leur donner le moindre ombrage, si nous voulons assurer et consolider les nôtres. Reconnaissons aussi que l'état des esprits n'a jamais présenté moins que maintenant le calme et l'entente qu'exigent des circonstances aussi graves.
« Comment donc vaincre les difficultés de la position et conjurer les dangers qu'elle présente? Je suis certain que vous vous êtes tous posé cette question, et que tous vous vous êtes répondu : Le moyen de sortir victorieux de cette épreuve, c'est de nous serrer étroitement les uns contre les autres, et, loin d'irriter nos plaies de nos propres mains, de nous montrer à ces grandes Puissances qui veulent bien s'intéresser à notre sort, unis dans un seul et même désir : celui du bien public.
« Pour mériter leur intérêt, présentons-nous à elles avec les allures qui nous sont naturelles; je veux dire avec cette simplicité et cette modestie qui conviennent à un peuple faible et longtemps éprouvé, dont le salut dépend des sympathies qu'il saura inspirer; et n'affectons pas des allures étrangères empruntées à des nations géantes auxquelles nous ne saurions nous comparer.
« Une autre condition de succès non moins essentielle, c'est de nous pénétrer de l'esprit du traité de Paris et de rester dans ses limites, afin de marcher sans crainte et sans hésitation sur