TROISIÈME PARTIE
un terrain solide. Le pied nous manquerait si nous en sortions.
« Vous voyez, mes chers compatriotes, que, malgré notre longue séparation, je n'ai pas perdu l'habitude de vous parler à cœur ouvert. Vous ferez de moi tout ce que vous voudrez; je n'ai qu'un désir : voir ma patrie heureuse, et je m'estimerai déjà amplement récompensé si je puis emporter, dans ma retraite, la douce consolation d'avoir contribué encore, en cette conjoncture, ne fût-ce que faiblement, à lui assurer un avenir meilleur, stable et prospère (i). »
Élu au Divan ad hoc qui fut convoqué pour le 30 septembre (2) 1857, le Prince s'y rendit pour remplir son mandat, et II y prit la parole.
Discours prononcé par S. A . S. le Prince Bibesco au Divan ad hoc de Valachie.
Le Prince expose en quelques mots les vœux que, selon Lui, le Divan doit adresser aux grandes Puissances. Ces vœux se peuvent résumer dans cette phrase : Union des principautés, entourée de toutes
LES garanties POSSIBLES d'aUTONOMIE, AVEC UN PRINCE HEREDITAIRE, PRINCE ÉTRANGER.
TRADUCTION
« Je vois. Messieurs, qu'il y a ici une sorte de méfiance qui plane sur nos délibérations , et que nous ne nous entendrons jamais tant qu'elle durera. Je me vois donc obligé de demander à
(1) (c L'Etirope trouvera, peut-être, ces paroles singulières. Les candidats dans « les États représentatifs tiennent à leurs électeurs un langage différent. Mais <( d'abord le Prince Bibesco ne sollicite rien, et il est bien plus préoccupé du sort « du Pays que du sien propre. Ensuite, nos populations gardent encore quelques « traditions de Vâge patriarcal. Elles ont un grand respect pour ceux qui ont paru <( dignement à leur tête; et comme elles sentent le besoin d'être éclairées, elles « acceptent volontiers les conseils de ceux à qui elles reconnaissent le droit d'en « donner, et qui n'en usent que dans l'intérêt général. » (Note de l'imprimé.) Remarque. — Le Caïmacam traita ce discours de prétentieux. (Voir Bull. off.
35, du 6 mai 1857.)
(2) En Moldavie, le Divan ad hoc avait été ouvert le 27 du même mois.
RÉSUME SUCCINCT
l'honorable Assemblée la permission de lui adresser quelques mots, avant de passer au vote de l'article qui est en discussion.
« Je commencerai, Messieurs, par vous dire que j'ai vu, dès le principe, avec regret, le Divan scindé en cinq parties de classes différentes, ce qui nous place en quelque sorte en cinq camps opposés, alors que notre convocation, ici, n'a d'autre but que d'exprimer les vœux généraux du pays, c'est-à-dire ceux que la mère commune peut faire pour la prospérité de tous ses enfants, et pour lesquels il serait bien malheureux qu'il n'existât pas, entre nous, un accord parfait. Cependant, cette division par classes a été arrêtée par le firman impérial (i), et nous ne pouvons que nous y soumettre, en tâchant néanmoins d'éviter le danger qu'elle présente.
« Le moyen m'en paraît facile; c'est de nous pénétrer de cette vérité qu'aucune des classes qui composent cette Assemblée n'est ici pour elle seule, mais que chacune est pour toutes et toutes pour chacune; que notre mission ne consiste pas à entrer dans des questions de détail qui pourraient nous faire perdre de vue le but véritable pour lequel nous sommes réunis, mais de nous grouper tous autour de quelques principes généraux, propres à nous garantir un avenir plus stable et plus heureux.
« Mais quels sont ces principes fondamentaux sur lesquels on pourrait élever notre édifice social, de sorte qu'il ne menaçât plus de crouler à chaque instant? A quels signes les reconnaître sans crainte de s'y tromper? C'est une question que je me suis souvent adressée et que vous devez, je n'en doute pas, vous être tous faite.
« Je me suis demandé quel a été l'obstacle qui s'est opposé, chez nous autres Roumains, ainsi que chez nos frères les Moldaves, à
(i) Le firman du i" octobre 1856 avait arrêté, dans ses instructions aux Caïmacams, que le Divan ad hoc se composerait de : 17 membres pris dans le clergé; 17 membres parmi les grands boyards; 17 membres parmi les grands propriétaires; 17 membres parmi les artisans; 17 membres parmi les paysans.