‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 155 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ce que notre prospérité matérielle et notre vie morale se développassent au niveau de celles d'autres peuples de deuxième et de troisième ordre — qui se trouvent aujourd'hui très avancés sous ces deux rapports, — sans être mieux dotés que nous, ni quant à la population et à l'intelligence, ni quant à l'étendue et à la richesse de leur territoire.

« Seraient-ce les lois ? 11 est vrai qu'il nous en manque beaucoup de bonnes, mais nous en avons aussi qui ne sont pas plus mauvaises que celles de ces peuples dont je viens de parler, et qui auraient donné chez nous des résultats également salutaires, si leur action bienfaisante n'avait été arrêtée, à chaque instant, par des circonstances malheureuses qu'elles ne pouvaient ni prévenir ni surmonter. Serait-ce le manque d'hommes? Je ne le dirai pas, Messieurs; non pas que je ne sois le premier à reconnaître qu'on ne saurait trouver chez nous ces grandes vertus civiques qui ne naissent et ne croissent que sur des terres entièrement indépendantes. Cependant si, en remontant le cours des temps, on voulait bien chercher avec impartialité, on trouverait chez nous aussi des hommes qui ont eu l'amour du bien public et qui ont tâché de laisser après eux des traces honorables.

« Quels peuvent donc être les obstacles contre lesquels sont venus se briser, et les efforts de ces hommes, et l'action de nos institutions? Quelle fut la cause qui fit que tout bien jeté sur notre sol n'a pu prendre racine?

« Cette cause, nous la trouvons dans le manque des deux conditions essentielles à la prospérité de tout peuple : de la force, qui garantit contre les bouleversements continuels auxquels nos pays ont été sujets depuis des siècles, et de la stabilité, qui permet que le fruit du jour puisse être ajouté au fruit de la veille et à celui du lendemain.

« Cette cause est sentie et appréciée aujourd'hui d'un bout à l'autre des deux Principautés; aussi nous n'entendons sortir de toutes les bouches qu'un seul et même cri : union des Prin-

RÉSUMÉ SUCCINCT

cipautés avec un Prince héréditaire et un Prince étranger.

« \Junion, car elle nous promet la force ; X hérédité, car elle garantit la stabilité.

« Mais pourquoi un Prince étranger et pas un Prince indigène? Pourquoi le Moldave et le Valaque, hier encore si jaloux de prendre leurs Princes dans leur sein, se montrent-ils aujourd'hui si faciles à céder ce droit de leurs ancêtres ? Pourquoi ? Parce qu'une sorte d'instinct, un pressentiment secret nous dit à nous que le temps et que la vie vont bientôt nous échapper, si, en cette grande occasion, — comme il ne s'en présentera plus, — des mesures sérieuses ne sont pas prises pour nous procurer un avenir meilleur, en l'établissant sur des bases solides et stables; parce qu'au milieu de cette confusion générale de tous les principes, de ce relâchement de tous les liens qui tiennent les membres d'une société étroitement unis les uns aux autres, nous sentons qu'il nous faut une main forte et puissante pour nous arrêter et nous empêcher de tomber dans le gouffre, sur la pente rapide duquel nous nous trouvons, et cette main, nous ne la voyons que chez un étranger.

« Lui seul pourra nous apporter, avec la force matérielle nécessaire, cette force morale que lui donneront ses alliances et ses rapports avec des têtes couronnées. Lui seul pourra nous sauver de ces haines, de ces rivalités que la convoitise de la première place fait naître et entretient parmi nous, rivalités que, sans lui, l'union ne fera qu'augmenter et qui, menaçant de se propager jusque dans les dernières classes, finiront par faire de ce malheureux pays une vaste arène o\i toutes ses forces s'épuiseront, où toute sa vitalité s'éteindra dans des luttes de partis et de factions.

« Voilà, Messieurs, les raisons pour lesquelles, avec l'union, tout le monde désire un prince étranger , comme la garantie indispensable de cette union.

« Ainsi donc, pour me résumer : l'union des Principautés avec

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