‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 156 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

un Prince étranger et héréditaire, entouré de toutes les garanties que peut offrir le droit d'autonomie; tels sont ces principes généraux, ces grandes bases que les comités ne devront pas perdre de vue, pour éviter le danger que nous aurions à craindre du mode de leur formation.

« Je ne veux pas dire que ces principes soient l'édifice tout entier. Ce sont pourtant les piliers de l'édifice sans lesquels tout ce que nous aurons édifié devra s'écrouler, et que ne pouvant nous donner nous-mêmes, nous devons implorer et attendre de la haute générosité des augustes Puissances qui daignent s'intéresser, aujourd'hui, à notre sort. »

Qu'on cherche la pensée du Prince dans ses lettres intimes au colonel Jean Floresco son gendre, ou dans ses conseils au Divan ad hoc, on la trouve toujours empreinte de ce souci dominant : l'obtention pour son pays de Vunion, qui promet la force, de l'hérédité, qui garantit la stabilité.

Les conclusions du Divan ad hoc, dans sa séance du 21 octobre 1857, ne furent pas autres que celles du Prince Bibesco. Voici les vœux du Divan adressés, dans son Mémorandum, aux grandes Puissances :

V Autonomie des pays roumains, conformément aux capitulations conclues avec la Porte, et neutralité de leur territoire;

2" Union de la Valachie et de la Moldavie en un seul Etat, sous le nom de Roumanie ;

3° Prince étranger appartenant à une dynastie régnante de l'Europe ;

4° Gouvernement constitutionnel et représentatif (i). Une proposition tendant à faire prendre en main , par le Divan, la réorganisation du pays, fut repoussée.

(i) Ces quatre points adoptés par le Divan ad hoc de Valachie se trouvent tous reproduits dans les huit points adoptés par celui de Moldavie.

RÉSUMÉ SUCCINCT

Nous avons expliqué, dans notre étude sur 1848, pourquoi les membres de l'insurrection du 11/23 juin, se voyant livrés à euxmêmes par l'abdication du Prince, et se sentant incapables d'empêcher l'anarchie qu'ils avaient provoquée, conçurent le projet de donner le change sur cette période lamentable de l'histoire de la Valachie, et, dans ce but, de choisir le Prince Bibesco comme victime expiatoire de leurs crimes envers la patrie. C'était pour eux le moyen de ne pas tomber sous la réprobation à laquelle la vérité historique, — si elle eût été propagée, — les eût fatalement exposés. De là la légende qu'ils ont créée, qui s'est perpétuée, et sur laquelle ils n'ont cessé de veiller comme sur l'arche sainte, continuant à organiser autour des actes du règne de Bibesco tantôt la calomnie, tantôt le silence.

Leurs écrits sur les discussions du Divan ad hoc nous fournissent une nouvelle preuve de cette vérité. Ici c'est la conspiration du silence. En effet, dans l'acte ou procès-verbal ayant pour titre : « Déclaration des vœux de la Diète de Valachie votée à l'unani- « mité dans la séance du 21 octobre iS^y (i) », on rapporte le nom de tous ceux qui ont pris la parole dans le Divan, on résume leurs discours,... mais il n'est pas dit un mot de celui du Prince, dont le nom n'est même pas prononcé! Et il devait en être ainsi, étant donné que les élections pour le Divan avaient été faites sous le gouvernement du Caïmacam Prince Alexandre Ghica , ligué depuis longtemps avec les membres de l'insurrection de 1848, et qui s'était arrangé pour leur faire jouer dans l'Assemblée un premier rôle (2).

La raison? c'est que le discours du Prince Bibesco avait été

(1) Archives diplomatiques. Principautés unies, 1854-1866, p. 87.)

(2) Aali-pacha déplore Vindulgence dont l'esprit révolutionnaire a été l'objet de la part de l'élément conservateur avant, pendant et après les élections. Lettre au Prince Bibesco, adressée à Paris, le 23 décembre 1857. (Constantinople.) (Cette pièce est dans notre dossier : Pièces du Prince.)

Rem. : A qui la faute ? Pourquoi la Porte avait-elle confié la Caïmacamie au Prince Al. Ghica?

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