‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 158 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Divan ad hoc saisit la commission européenne des vœux exprimés par les Roumains et il s'ajourne. La Porte et l'Autriche s'opposent à l'union. L'empereur Napoléon cède à regret.

Constitution bizarre donnée aux Provinces-Unies. Les Caïmacams font place à la Caïmacamie réglementaire de trois Caïmacams : 21 octobre 1858. — Chambres nouvelles qui devront élire les nouveaux Princes.

La Moldavie élit Prince le colonel Couza, le 5 janvier 1859. En Valachie, une imposante majorité se groupe autour du Prince Bibesco pour le porter de nouveau au pouvoir.

Résumé succinct des événements qui précèdent et suivent l'ouverture de l'Assemblée générale. — Le 24 janvier, le Prince Couza est élu Prince de Valachie. L'union est faite.

Après que l'Assemblée de Valachie eut terminé ses travaux, elle saisit la commission européenne des vœux exprimés par les Roumains, et, sa mission terminée, elle s'ajourna — dans la séance du 28 décembre 1857 — au i" février 1858. Le Prince rejoignit sa famille à l'étranger.

Quand la question roumaine fut soumise de nouveau au tribunal des sept puissances avec les mémorandums des Divans ad hoc, la Porte et l'Autriche se montrèrent énergiquement hostiles à l'union des deux Principautés. Vainement l'empereur Napoléon exerça-t-il une pression sur le cabinet de Constantinople, pour le déterminer à accepter cette union ; il dut céder, dans la crainte de compliquer la situation des Principautés. Comme conséquence : deux Princes, l'un à Bucarest, l'autre à Jassy; deux Chambres, une commission centrale, — composée d'un nombre égal de Valaques et de Moldaves, et installée à Focksani avec la mission d'élaborer les lois d'intérêt commun concernant le code civil, le code pénal^ l'unité des mesures et des monnaies; — enfin une armée organisée sur un pied tel que — en cas de besoin — elle n. 33

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pût être réunie en un seul corps, n'ayant, pour la circonstance, qu'un drapeau unique, — voilà la constitution qui sortit, pour les Roumains, de la boîte à surprises de la convention de Paris (i).

Les Principautés durent se soumettre; mais, assurées de la haute bienveillance de l'empereur Napoléon, qui regrettait de n'avoir pas pu satisfaire toutes leurs légitimes aspirations, elles attendirent l'heure d'échanger le manteau d'arlequin qu'on leur avait taillé, contre le manteau de Michel le Brave. En dehors de toutes prévisions, cette heure était proche.

Toujours est-il qu'en Moldavie, une Caïmacamie réglementaire, représentée par MM. Anasthase Panu, V. Stourdza et Stefan Catargi, avait succédé au Caïmacam Vogoridès. Dans cette Principauté, les chances pour l'obtention de la couronne se partageaient entre l'ancien Prince régnant Michel Stourdza, son fils le Prince Grégoire, Lascar Catargi et Mavrojeni. Negri, qui était très populaire, avait déclaré, dans une lettre adressée à Alexandri(2), qu'il n'accepterait jamais la couronne si on la lui offrait.

Or, au moment de l'élection, faute d'entente entre les partisans du Prince Stourdza et ceux de son fils Grégoire, comme entre les partisans de Catargi (Lascar) et ceux de Mavrojeni, le nom du colonel Couza sortit de l'urne.

Le Prince de Moldavie fut élu le 5 janvier 1859.

En Valachie, le Caïmacam Prince A. Ghica avait été remplacé, le 21 octobre 1858 (3), par une Caïmacamie légale de trois membres : MM. Jean Mano, E. Baleano, Jean Filipesco, et on avait procédé aux élections sous ce dernier gouvernement. Ces élections avaient donné une imposante majorité en faveur de V élection de Bibesco (4) au trône de Valachie.

(1) Conférences de Paris, 22 mai au 19 août 1858. Prot. i, Prot. 17.

(2) Alexandri, un des poètes éminents de la Roumanie, a été ministre plénipotentiaire du gouvernement roumain en France. Il est mort en 1890 (septembre).

(3) Voir Bull, off., 1858, p. 84.

(4) Histoire des Roumains, par M. XÉnopol, t. VI, p. 185.

RÉSUMÉ SUCCINCT

Le pays roumain, en dépit des plus basses calomnies dirigées depuis 1848 contre le Prince, n'avait pas perdu le souvenir des réformes civilisatrices accomplies par Bibesco au cours de son règne (i), de sa sollicitude incessante pour le paysan, pour les humbles et les faibles; dans sa sagesse, il reconnaissait, comme M. Xénopol hésite pas à le reconnaître lui-même, que Bibesco avait été l'un des agents les plus puissants du progrès de la Roumanie (2), et il venait d'en donner la preuve solennelle, en envoyant au Divan une majorité imposante pour réélire Celui qu'ils avaient appelé, en 1843, à les gouverner.

Mais les membres de l'insurrection de 1848, représentés à la Chambre élective, étaient gens à faire flèche de tout bois, à essayer de tous les moyens, pour empêcher l'élection du Prince. Bibesco, pour eux, c'était l'ombre de Banco. Ils songeaient avec terreur que, remonté au pouvoir, le Prince leur demanderait compte, peut-être, du calme, de la prospérité et du progrès qui régnaient dans le pays (3) avant l'insurrection de 1848, et auxquels ils avaient substitué l'anarchie (4) ; compte des sympathies dont la Principauté était l'objet de la part des grandes Puissances, et que le mouvement du 1 1/23 juin avait transformées, — dès le lendemain, — en indifférence ou en hostilité (5); compte de la double invasion étrangère à laquelle ils avaient ouvert les portes roumaines (6) ; compte du massacre du vaillant corps des pompiers par la mitraille turque (7); compte des droits de l'Etat, défendus par Bibesco contre la Russie, aux risques de sa couronne, et

(1) Voir le présent volume. — Lois et décrets.

(2) Histoire des Roumains , par M. Xénopol, t. VI.

(3) Voir dans ce volume les lois et décrets du règne. — Voir l'adresse de la Chambre de 1848 au Prince, p. 346.

(4) Voir dans ce volume, deuxième partie, le chapitre sur l'insurrection de 1848, p. 354-384-

(5) Voir dans ce volume, deuxième partie, la Circulaire du gouvernement russe, p. 392, 393, 401.

(6) Id., p. 382, 447, 448, 449.

(7) Id., p. 382.

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livrés par eux à la Porte (i); compte de l'argent dépensé pendant les quatre-vingt-quinze jours d'anarchie, et de la dette publique créée par eux et se chiffrant par la somme de 22,063,749 piastres, sans compter l'argent laissé dans les caisses par Bibesco, et les pertes occasionnées au pays par l'occupation étrangère pendant les années 1850 et 1851(2); compte de la dignité du drapeau national, symbole sacré de l'honneur et de la patrie sur lequel, au combat, l'âme du soldat veille comme sur le dépôt le plus précieux, pour lequel des armées entières ont donné leur vie, et dont ils avaient fait litière en le jetant sous les pieds du Sultan (3) ; compte enfin de la situation humiliante — leur ouvrage — faite à la nation par la convention de Balta-Liman (4) !

Il importait d'empêcher le retour à ces souvenirs historiques importuns, sur lesquels, déjà, la légende était parvenue, au prix de bien des sacrifices d'argent, de bien des calomnies, à répandre l'oubli; il fallait à tout prix échapper à une pareille éventualité, il fallait, coûte que coûte, s'opposer à l'élection de Bibesco et éviter un nouveau règne qui eût été l'écroulement de la légende.

Comment, pour atteindre leur but, les ennemis du Prince procédèrent-ils ? L'exposé suivant, trouvé dans les papiers de Son Altesse, écrit à Bucarest les 30 janvier/ 12 février, presque au lendemain des événements, nous l'explique. — Cet exposé nous a été déclaré conforme à la vérité, par tous les membres de la majorité du Divan — constitué à l'effet d'élire le Prince — que nous avons eu, depuis vingt ans, l'occasion de consulter.

(1) Voir p. 447, 448, 449 de ce tome.

(2) Quand Bibesco abdiqua, l'État valaque n'avait pas une dette, et les caisses communales étaient riches. — La dette de 19,063,749 représente la dette envers l'État, à laquelle il faut ajouter les 3,000,000 que le Prince Stirbei paya à la Russie. Total : 22,063,749. En faisant le relevé approximatif de toutes les sommes dépensées, l'insurrection a coûté au pays 26 à 27,000,000 de piastres. (Voir p. 462, troisième partie de ce volume, et p. 490, 491.)

(3) Voir la deuxième partie de ce volume, p. 447-450.

(4) Voir la première page de la troisième partie, dans le présent volume.

RÉSUMÉ SUCCINCT. ^ i^ij

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