‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 160 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

« Le jfévrïer\2 2 janvier, jour de l'ouverture de TAssemblée^ la foule encombre les abords de la Chambre, elle y pénètre avec les députés et couvre de ses huées les Caïmacams qui se retirent. — Qu'était cette foule? Un amas de paysans que le Prince Ghica avait appelés de ses terres, et d'ouvriers turbulents arrachés à leur ouvrage par l'appât d'une solde journalière qui allait jusqu'à sept zwanzigs, et se payait sur les millions enlevés aux caisses publiques par l'administration du Prince Ghica. L'évacuation delà salle est demandée à plusieurs reprises. La faiblesse du président, l'inaction de la police, l'absence de la troupe la rendent impossible. Le Métropolitain propose de procéder à la vérification des pouvoirs, avant de commencer toute discussion : la minorité, qui se refuse obstinément à suivre aucune règle, s'empare de la parole, augmente le tumulte et excite la populace. Comme première concession, les partisans de l'ordre consentent à ce que les députés non élus à la majorité des suffrages exprimés soient exclus de l'Assemblée sans qu'une commission ait été nommée pour vérifier les pouvoirs. On se sépare dans la plus grande agitation.

« Le 4 févrîer\2j janvier, la salle des séances est plus envahie que le jour précédent. Le système d'intimidation continue contre une majorité qu'on n'a pu encore diviser, et qui ne demande que la constitution régulière de la Chambre pour procéder à l'élection princière. Encouragés parla concession qu'ils avaient obtenue la veille, les révolutionnaires réclament des éliminations nouvelles et arbitraires, parmi les membres de la majorité, qui résiste. La populace du dehors devient alors de plus en plus violente ; elle se pose en juge de la validité des pouvoirs, et chaque fois que la majorité défend un de ses membres dont on veut encore la dépouiller, la foule profère des menaces de mort. Tout était merveilleusement combiné par les agitateurs pour le cas où la troupe se souviendrait de ses devoirs : la populace avait reçu l'ordre de s'armer ; s'il y avait conflit, les révolutionnaires se reconnaîtraient

RÉSUMÉ SUCCINCT

dans l'Assemblée à une cocarde rouge, et les élèves des écoles seraient mis au premier rang de la foule, pour imposer à la troupe.

« A l'apparition d'un peloton d'infanterie, les meneurs crient qu'ils ne peuvent plus répondre de rien, si on ne renvoie pas la troupe ; qu'elle se retire, et ils promettent de faire retirer le peuple . Mais la retraite des soldats donne plus de courage encore à la multitude, qui refuse de se disperser. La séance interrompue, puis rouverte, se clôt enfin, dans le plus grand trouble, par le départ précipité d'une partie considérable des députés.]

« Les consuls avaient regardé cette scène sans rien faire pour la calmer, comme ils n'avaient rien fait pour l'empêcher. Le soir, toutefois, trois d'entre eux essayent d'attirer sur celui des Caïmacams qui avait fait de l'opposition à ses deux collègues les voix des révolutionnaires et quelques voix de la majorité; triste choix, moins propre qu'aucun autre à opérer une fusion. Les révolutionnaires et les Ghica passent une partie de la nuit à se chercher parmi eux un candidat; ils ne peuvent tomber d'accord. C'est en désespoir de cause alors qu'ils songent au Prince Couza, pour les sauver d'un Prince valaque qui ne serait pas un homme à eux. C'est sous une pareille pression que la majorité se laisse entraîner à un vote unanime en faveur du Prince Couza »

Complétons ce résumé. Dans la nuit du 23 au 24, il y eut réunion des membres de la coalition révolutionnaire à la Concordia, M. B. Boeresco qui, à cette époque, était un indépendant, se rendit à la réunion et y proposa la candidature du Prince Couza. Personne ne s'était encore arrêté à cette solution, depuis que les Puissances avaient prononcé leur arrêt contre l'élection d'un Prince unique pour les deux Etats. Aussi, il y eut bien des doutes sur le succès que l'élection de Couza pourrait obtenir au congrès, même avec le concours de la France; mais comme cette proposition, qui se présentait sous les auspices du patriotisme,

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