‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 18 sur 215 · JOURNAL DU CONSEIL ADMINISTRATIF · texte numérisé non relu

JOURNAL DU CONSEIL ADMINISTRATIF

Le chevalier russe Jancovenco ayant sollicité, l'année suivante, l'autorisation de rechercher les mines qui pourraient se trouver sur les terres soumises à l'autorité ecclésiastique, le Conseil administratif extraordinaire, chargé par le Prince d'étudier l'affaire et de faire son rapport, émet l'avis de repousser la demande du chevalier (i).

TRADUCTION

19 février 1845.

« Le Conseil administratif, dans sa séance du 19 février, vu La proposition présentée par le chevalier de 5^ classe M. Ignace Jancovenco, fondé de pouvoir de la Compagnie formée pour rechercher des métaux en Valachie; attendu que cette demande tend à la conclusion d'un contrat avec le Gouvernement pour obtenir l'autorisation de rechercher les métaux sur toutes les propriétés soumises à l'autorité ecclésiastique, c'est-à-dire appartenant à la Métropole, aux évêchés et à tous les monastères et couvents situés dans cette Principauté, conformément aux conditions formulées dans le projet annexé à ladite proposition;

Prenant également en considération la haute décision de Son Altesse Sérénissime le Prince régnant, décision inscrite sur ladite demande ;

Le Conseil déclare :

Que par le journal du 1 9 août 1 843 , confirmé par décret du Prince n° 653, les mesures relatives à l'exploitation des mines ont été arrêtées, — conformément aux dispositions des articles 178 et 179 du Règlement organique, — en vue d'autoriser ladite Compagnie à faire tels essais qu'elle voudra, dans le but de découvrir des mines et de conclure, pour leur exploitation, des contrats de gré à gré avec tout particulier, dans le cas où celui-ci consentirait à concé-

(i) Nous avons pensé que cette pièce, qui clôt la question des mines, devait figurer à cette place, bien qu'elle soit de 1845.

QUESTION DES MINES

der ce droit à la Compagnie, sans transgresser toutefois les conditions exposées par ledit journal et en se soumettant aux principes légiférés parles articles, cités plus haut, du Règlement organique;

Que le journal dressé plus tard, le 28 septembre 1844, et confirmé par décret princier n*" 26, n'a aucun rapport avec la demande qui nous est soumise par le représentant de ladite Compagnie; car, en effet, dans l'acte précité, le Gouvernement ne s'occupe que de la question des métaux qu'on pourrait découvrir dans les terres appartenant aux autorités ecclésiastiques, question qu'il règle conformément aux anciens usages et aux lois existantes, afin que le droit immuable que l'Etat a eu de tout temps sur ces objets et métaux ne puisse jamais être ni discuté ni mis en doute ;

Que lui, Conseil extraordinaire, n'a pas été et n'est pas en droit de statuer sur des propositions de la nature de celles qui sont formulées par le fondé de pouvoir de la Compagnie, attendu qu'elles dépassent, parleur teneur, ses attributions, les principes légaux du Règlement organique, et qu'il est incompétent pour prendre une décision dans des affaires qui relèvent uniquement de l'Assemblée générale et du Gouvernement ;

Pour ces raisons, le Conseil, après délibération, déclare ne pouvoir pas admettre la demande en question, et engage le fondé de pouvoir de la Compagnie minière à se conformer aux dispositions prises depuis longtemps par le Gouvernement et qui sont basées sur les articles 178 et 179 du Règlement.

M. le grand Vornic soumettra ce journal à la connaissance de Son Altesse pour en obtenir la confirmation. »

Par son message au Département des Cultes, en date du 18 octobre 1844, le Prince confirme les mesures arrêtées par le Conseil administratif extraordinaire. — La demande de Jancovenco est repoussée.

COMMENT ON ÉCRIT L'HISTOIRE

La question des mines d'après MM. Elias Regnault, Ubicini, Vaillant, Héliade, Billecoq et Démètre Stourdza (i).

M. Elias Regnaut, Histoire des Principautés danubiennes, p. 240, 241 et 242 :

TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE

« Avec les résistances de l'Assemblée, on vit redoubler les servilités de Bibesco auprès de la Puissance protectrice. Un agent russe, nommé Trandafiloff, était venu en Valachie sous prétexte d'établir une grande exploitation de mines. Bien accueilli du Prince, recommandé par lui à ses ministres, il avait obtenu des concessions illimitées sans égards pour les droits des propriétaires et annonçait hautement qu'il allait faire venir de Russie cinq mille travailleurs . C'était une \ éviidiOXe aliénation du sol; c'était de plus l'introduction d'une garnison russes, l'ombre d'un contrat pacifique. Tout cela se faisait sans prendre conseil de V Assemblée, seul juge légitime d'une question qui touchait en même temps et à la propriété et à la sécurité de l'État. Les hommes éclairés prirent l'alarme.

L'opinion publique, avertie, se souleva tout entière contre la convention Trandafiloff. L'Assemblée , entraînée par l'émotion générale , demanda des explications , et dans une adresse au Prince, lui signifia qu'il n'était pas en droit de faire une concession de cette nature, sans consulter préalablement le pays.

Bibesco, que toute opposition entraînait en de puériles fureurs fit une réponse en termes inconvenants : « Je considère, dit-il, cette Assemblée comme incapable de toute délibération sérieuse. »

(i) Nous soulignons à dessein, dans les citations que nous faisons, les parties qui mettent plus particulièrement en relief l'esprit d'invention et le sans-souci de la vérité desdits auteurs.

QUESTION DES MINES

En même temps, il ordonna la suspension de l'Assemblée, quoique le budget ne fût pas encore voté. »

Ubicini, Histoire des Provinces danubiennes, p. 184 :

TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE

« Dans le courant de l'année précédente, le gouvernement avait concédé à un industriel russe, nommé Trandafiloff, un privilège pour l'exploitation des mines de Valachie. Le consulat s'était beaucoup entremis en faveur de cet individu, qui était arrivé de Pétersbourg, muni des plus puissantes recommandations, tandis que des correspondances privées , émanant également de personnages considérables, le présentaient comme un homme suspect et dont il fallait se méfier. Et le gouvernement, soit qu'il fût dupe ou complice, avait signé avec lui un contrat par lequel il lui accordait le droit exclusif d'exploiter pour son compte et même par voie d'expropriation toutes les mines de la Valachie sous la seule obligation de payer un droit de 10 pour 100 au trésor. — Ce privilège exorbitant constituait, à la fois, de la part du pouvoir qui l'avait consenti, une atteinte portée à la propriété et une infraction au Règlement, qui exigeait pour de telles concessions le consentement préalable de l'Assemblée générale. Envisagée dans ses conséquences , l'affaire devenait plus grave encore. Trandafiloff, qui avait amené avec lui de Russie une centaine d'aides et d'ouvriers, parlait d'en faire venir cinq mille autres. La Valachie pouvait se croire à la veille d'une nouvelle invasion moscovite. L'Assemblée générale évoqua l'affaire comme seule juge dans une question qui touchait en même temps à la propriété et à la sécurité de l'État. Et rédigea une adresse au Prince pour demander la résiliation du marché.

... Le gouvernement céda et l'Assemblée générale, encouragée par son triomphe, commença dès lors à lui faire une opposition systématique y en rejetant sans examen tous les projets de loi qui

lui êtaiejtt présentés . Cependant, parmi ces projets de loi il y en avait qui devaient tourner à l'avantage du pays, tels que celui qui réclamait une augmentation de l'effectif de la milice. — Bibesco, irrité de cette opposition, ordonna la clôture immédiate de l'Assemblée, comme incapable de toute délibération sérieuse. »

Vaillant, La Roumanie, p. 436-438. ( Artus-Bertrand, éditeur, 1844) :

TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE

« Cependant l'effervescence de l'Assemblée prend un caractère plus grave. On reproche au Prince l'emploi de mesures arbitraires, et comme il a pris sur Lui de contracter avec une compagnie russe pour l'exploitation des mines du pays, l'Assemblée, qui a reconnu que cette compagnie n'offre aucun caractère de garantie, demande que le marché passé sans son agrément soit à l'instant résilié. La légèreté de /'Hospodar en cette circonstance avait été, en effet , on ne peut plus inconcevable, car il s'était arrogé, à lui seul, des droits que la Chambre partage avec lui. Cette conduite, à laquelle il ne faut attribuer que les meilleures intentions, avait néanmoins fait planer sur Lui de fâcheux soupçons. La compagnie russe est bientôt en désaccord, elle s'est divisée déjà en deux compagnies , dites Trandafiloff et Zaparovsky . D'ailleurs , ni l'une ni l'autre n'avoue son capital, n'en détermine la nature, n'en indique le dépôt, ne fait connaître les véritables prétentions et ne tient enfin aucun compte , ni de la valeur des domaines , ni des indemnités en cas de dommages. D'ailleurs encore, la concession pour douze années, comme elles le demandent, est un terme trop court pour ne pas faire craindre la répétition des ravages de 18 10 à 18 12. En somme elles prouvent de deux choses l'une : ou qu'elles sont venues dans l'arrière-pensée de préparer à leur gouvernement l'entière occupation du pays, ou qu'elles

QUESTION DES MINES

sont du nombre de ces sociétés d'industriels qui ne basent leur spéculation que sur la naïveté de leurs actionnaires et la crédulité publique.

Aussi, grâce à la noble attitude de la Chambre, grâce à la conduite habile des Hospodars, la compagnie russe n'a réussi qu'à demi, et cette demi-réussite est sa perte. »

Vaillant est un écho; il parle de la question des mines comme un homme qui n'en connaît pas le premier mot; il fait allusion, comme MM. E. Regnault, Héliade, Ubicini, à un contrat qui aurait été signé entre le gouvernement et Trandafiloff , et qui n'a jamais existé. La différence entre Vaillant et ceux qu'il copie, c'est que Vaillant est de bonne foi. En proclamant la noble attitude de l'Assemblée et Vhabileté du Prince, il croit avoir traité la question.

11 n'est pas jusqu'à la concession des douze années, à propos de laquelle on ne lui fasse commettre une grossière erreur : en effet, il n'a pas compris que plus le terme était court, plus il constituait une garantie pour les propriétaires.

M. HÉLIADE Radulesco, Protectorat du Czar, p. 27 :

TEXTE EN LANGUE FRANÇAISE

« Bibesco reçut avec bienveillance M. Trandafiloff avec ses acolytes et le recommanda spécialement à son ministère. Celui-ci conclut des contrats avec l'exploiteur russe, ordonna aux administrateurs des districts de lui prêter aide et protection, c'est-àdire de forcer les propriétaires de montagne à subir ses conditions , tout à fait dans le sens du communisme cosaque : « Le « tien est le mien, sans que le mien soit le tien. »

Trandafiloff, qui venait Apprendre possession de nos montagnes pour un terme illimité, AVAIT EN OUTRE PLEINS POUVOIRS d'appeler de LA RUSSIE 4 A 5,000 TRAVAILLEURS; et si ces

hommes étaient des soldats ou des sapeurs déguisés, tant mieux, disait-on, car ils seraient des hommes soumis et disciplinés. Cet acte arbitraire, cet acte qui violait le Règlement, etc. »

C'est ainsi que s'exprime, avec sa bonne foi habituelle, l'historien Héliade; quant au poète, trouvant dans la situation une occasion d'exercer sa verve, il composa une fable, « le Jardinier et la Ronce ». La fable, qui a eu du succès, n'est... qu'un conte !

Citons encore M. Adolphe Billecoq, ancien consul général de France à Bucarest, que nous sommes forcé de considérer, — en présence de l'affirmation de plusieurs auteurs, — comme l'auteur de la Principauté de Valachie sous le Hospodar Bibesco, par B. A., ancien ageyit diplomatique dans le Levant. Cet ancien agent, dans cette même brochure, insulte, en ignorant, aux souvenirs historiques les plus chers aux Roumains, et parle de Michel le Brave comme d'une gloire valaque ignorée de l'histoire; ...de ce Michel le Brave donné en pâture à des imaginations malades qu'on prend plaisir à pervertir {\) . L'auteur de cette brochure, qui n'a jamais perdu l'occasion d'affirmer son parti pris contre le prince Bibesco, qualifie de TRÈS RESPECTUEUSE et TRÈS DIGNE (2) la réponse adressée par l'Assemblée à Son Altesse le 24 février/8 mars 1844 et dont M. Xénopol relève le manque de tact, les accusations erronées, la malveillance, et l'offense au souverain (3). M. A. Billecoq donne une singulière idée de ce qu'il entend par respect et dignité.

En résumé, il n'y a que deux mots pour qualifier ces attaques : ignorance et mauvaise foi.

Cependant, là ne devaient pas s'arrêter les attaques dirigées

(1) La Principauté de Valachie sous V Hospodarat : Bibesco, par B. A., ancien agent diplomatique dans le Levant, p. 123.

(2) Jd., p. 131.

(3) Voir M. XÉNOPOL, Histoire des Roumains, p. 164.

QUESTION DES MINES

contre la question des mines, mais visant, en réalité, le Prince et la Russie. En 1888, bien des années après les publications des auteurs que nous venons de citer, M. Démètre Stourdza a cru utile de reprendre la question des mines, de rééditer les calomnies, — que nous venons de mettre en relief au moyen des documents relatifs à cette affaire, — et les accusations dirigées, depuis près d'un demi-siècle, contre le Prince Bibesco (i).

On se demandera quel intérêt, quel mobile a pu déterminer M. le rédacteur de la Revue nouvelle à choisir cette question et à la traiter dans cet organe de publicité. Il y a vu un intérêt politique de parti. M. D. Stourdza a voulu apporter son appui à la légende de 1848, que, depuis si longtemps, les intéressés ont eu l'habileté de faire passer pour de l'histoire ; il a eu le désir d'obéir à ce mot d'ordre de l'insurrection de 1848 : « Sus au règne de Bibesco et au Prince ! » Calomnier l'élu de 1842 et dénaturer les actes de son règne, les meilleurs, avait été, en effet, considéré par les auteurs de l'insurrection, comme le seul moyen de justifier aux yeux de la postérité et des ignorants le mouvement du 23 juin, et de faire oublier une des plus lamentables époques de l'histoire de la Roumanie (2) .

Peut-être aussi qu'en faisant paraître son étude sur la question des mines en juin 1888, M. D. Stourdza a-t-il voulu se venger sur le Prince Bibesco des vérités que le fils avait écrites sur le ministre D. Stourdza, au mois de janvier de la même année ? Notre brochure Avant la bataille avait été, en effet, publiée à cette époque, c'est-à-dire peu de mois avant la chute de M. Jean Bratiano et de M. Stourdza.

La conduite de M. D. Stourdza, dans une autre circonstance, rend notre hypothèse plus que vraisemblable. Ce n'est pas la première fois, si nous avons bonne mémoire, qu'il nous témoigne sa

(1) Voir le t. I de cet ouvrage, Règne de Bibesco, Correspondance.

(2) Voir plus loin le chapitre intitulé : L'insurrection de 1848 ; son histoire, sa légende.

bienveillance ; à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, il s'est exprimé à l'Académie (i) sur le rôle que la section roumaine avait joué parmi les peuples de l'univers, et sur les dépenses qu'elle avait faites, en de tels termes que nous avons été dans la nécessité de le rappeler au respect de la vérité, et de prouver, par documents, le contraire de ce qu'il avait affirmé.

M. l'ex-ministre de feu M. J. Bratiano n'aura pas plus de succès avec la question des mines, car l'historique que nous venons d'en tracer, appuyé sur les documents de l'affaire, la correspondance du règne de Bibesco, que nous avons fait paraître au commencement de cette année, et l'étude consciencieuse que M. Xénopol,

— membre de l'Académie roumaine et collègue de M. D. Stourdza,

— a publiée récemment dans le tome VI de son remarquable ouvrage sur l'histoire des Roumains, font ressortir surabondamment l'inutilité et l'inexactitude du labeur de M. le rédacteur de la Revue nouvelle.

Il ne suffit pas de produire des documents, encore ne faut-il pas leur faire dire le contraire de ce qu'ils contiennent ; il ne suffit pas de débuter par des phrases ronflantes telles que celleci : Rien ne développe plus la conscience nationale que V étude de r histoire. U histoire de la Patrie devrait être pour chaque citoyen son livre de prédilection (2), etc., encore faut-il que l'historien fasse preuve de conscience et de bonne foi, qu'il ne présente pas

(1) (( Sans considération pour la vérité, qu'il connaissait, ni pour l'Académie roumaine, dont il a l'honneur d'être membre, M. Démètre Stourdza n'a pas hésité à faire la déclaration suivante : (i. On a dépensé ^00,000 francs pour la section roumaine de l' Exposition de Paris ou, de l'avis de tout le monde, le pays a été absolument mal représenté. » {Moniteur officiel du 15 février 1890). Cette phrase contient deux affirmations : l'une fantaisiste, l'autre calomnieuse : i*' la section roumaine n'a dépensé que 396,000 francs, et elle a réalisé 65,000 francs d'économie; la situation que la Roumanie a eue à l'Exposition a été une des plus enviables et des plus enviées, et s'il faut à M. D. Stourdza un autre démenti que celui que lui donne la notoriété publique, qu'il le cherche dans les pièces officielles de cet ouvrage : il sera servi à souhait ». (Voir p. 432 du livre sur l'Exposition universelle : Avant, Pendant, Après, par G. Bibesco. Typ. Kugelmann, rue de la Grange-Batelière, Paris.

(2) Question Trandafiloff, par D. Stourdza. Revue nouvelle, p. i.

QUESTION DES MINES

les événements, les faits, les actes, au gré de ses passions, ou dans un intérêt de parti ; encore faut-il que l'histoire soit l'expression de la vérité.

Il y a plus : dans la circonstance présente, la qualité de membre de l'Académie roumaine, — qui honore M. D. Stourdza, — aussi bien que le sujet qu'il avait choisi et qui, jusqu'à nos jours, avait été traité au rebours du bon sens et de l'exactitude, lui faisaient un devoir de loyauté historique, voire d'originalité. Eh bien, M. le rédacteur de la Revue nouvelle a-t-il apporté dans son travail l'esprit d'impartialité auquel il était tenu ? A-t-il émis une idée nouvelle ? soulevé un point de discussion nouveau ? Non. Pourtant, il faut reconnaître que son article sort de la banalité. L'auteur, en publiant les documents relatifs à l'affaire Trandafiloff, témoigne d'une témérité extraordinaire, car il nous prouve qu'il lui est aussi aisé d'y découvrir ce qui ne s'y trouve pas que de n'y pas voir ce qui saute aux yeux. L'histoire et le lec-

teur auraient mérité d'être traités avec plus d'égards.

Et avec quel art M. Stourdza ne cherche-t-il pas à s'emparer de l'esprit de ce lecteur, avant même de lui avoir exposé le sujet ! Écoutons-le : Que pouvait faire le Prince lorsque, dès le début, Trandajiloff lui rappelait qu'il avait été élu en vertu des droits octroyés au Pays par le tout-puissant Empereur de Russie î Que pouvait-il faire lorsque Trandafiloff lui disait clairement qu'il espérait que le Prince, juste, sage, toujours soucieux de l'intérêt public, accepterait avec joie la demande de la société (i) ? On voit que M. D. Stourdza ne dédaigne pas les insinuations ; mais, en vérité, celle-ci était bien superflue, la réponse étant tout entière dans la conduite du Prince ; elle se résume en deux mots : le devoir. M. Xénopol ne nous dit-il pas comment Bibesco fit le sien : en restant dans la stricte limite de la loi ; en ne commettant pas la moindre infraction au Règlement (2).

(1) La Revue nouvelle^ p. 242.

(2) Histoire des Roumains, par M. XÉNOPOL, p. 169.

Pourquoi M. Stourdza a-t-il écrit qu'on observait abord que Trandafiloff considérait la disposition de V article lyç du Règlement comme un droit incontestable pour la société russe ? Cette prétention n'existe nulle part dans le document invoqué (i).

Comment M. l'académicien ose-t-il affirmer que la décision du Prince était une violation du Règlement, parce que Son Altesse était tenue, aux termes de ce Règlement, — de prendre cette décision de concert avec la Chambre (2) ?

Il n'est pas besoin d'être grand clerc ni d'avoir été pi'ofesseur de droit avant de devenir historien , — comme c'est le cas de M. Xénopol, — pour acquérir la preuve que la loi n'exigeait en aucune façon que le Prince consultât la Chambre pour accorder à Trandafiloff la permission de faire des recherches dans les montagnes.

M, D. Stourdza veut-il parler de l'autorisation de passer des contrats? Mais il sait bien que la requête de Trandafiloff a été soumise à la Chambre, à cette fin d'obtenir son vote, puisqu'il prend la peine de produire, à ce sujet, la discussion de cette Chambre et son refus d'accorder l'autorisation demandée! On soutenait encore, poursuit M. le correspondant de la Revue de M. Hajdeu, que les dispositions du Message du Prince portaient atteinte aux droits des propriétaires . Cet argument fut l'arme de combat que la Chambre adopta lorsque, acculée dans son parti pris d'hostilité par les considérants sévères renfermés dans le Message princier en date du 15 février, « convaincue de s'être fourvoyée , mais ne voulant pas reconnaître qu'elle s'était trompée (3) » , elle porta les efforts de sa résistance sur un autre terrain, le délai de douze ans fixé par le chef de l'Etat dans l'intérêt même des propriétaires. M. Xénopol loue la prévoyance du Prince dans toutes les mesures prises par lui pour protéger

(1) Voir plus haut la requête de Trandafiloff.

(2) Voir la Revue nouvelle, p. 244.

(3) Histoire des Roumains, par M. Xé^v'OPOL, p. 175.

QUESTION DES MINES

les propriétaires de mines ; son collègue préfère fouler le chemin battu par MM. Élias Régnault, Ubicini, Billecoq, Héliade, qui n'ont pas écrit une ligne sur cette période de 1 842-1 849 sans altérer la vérité. Pourtant M. Ubicini, — il faut lui rendre cette justice, — n'a pas résisté au besoin d'exprimer son opinion, — nous l'avons rapportée plus haut, — sur cette Chambre qu^une opposition systématique poussa à rejeter, sans examen, des projets qui devaient tourner à V avantage du pays : tels V augmentation de V effectif de la milice », et le projet de loi sur le Bien dotal. C'est de cette Chambre (i) que M. l'académicien se fait le défenseur; c'est le nom des -membres qui ont signé le^ adresses 166 et 205 qu'il cite avec orgueil (2) !

A un certain passage de son travail M. D. Stourdza s'écrie : « Bibesco n'avait que faire de s'arrêter devant V émotion générale du public roumain! Il n'avait que faire de cela ! Il était le représentant d'une idée et il la poursuivait avec la ténacité qui caractérise les agents grands et petits du puissant Empire

(1) Voir, t. I, l'opinion de Kisseleff sur cette Chambre.

(2) L'Adresse n** 166, relative à l'affaire Trandafiloff, porte les signatures suivantes :

Président : Ilarie, év. d'Argesiu.

Membres : C. Contacuzino, Al. Se. Ghika, Const. G. Ghica, Joan Vacarescu, Const. Sutzu, Alexandru Ghika, Gr. Cantacuzino, Scarlat Gr. Ghika, C.-J. Filipescu, Nicolas Baleanu, J. Balaceanu, Scarlat Cretzulescu, C. Costescu, C. Filipescu, G. Poppescu, D. Cezianu, A. Cocorescu, C.-N. Braik)iu, N.-A. Nicolescu, G. Lipanescu, Gr. Bengescu, D. Draganescu, N. Izvoranu, P. Poenaru.

L'Adresse n° 205, relative à la même affaire, est signée par : Président : Neofit Mitropolit.

Membres : Ilarie, év. d'Argesiu, Joan Vacarescu, Const. Gr. Ghika, Const. Sutzu, Alexandru Ghika, C.-G. Filipescu, Gr. Cantacuzino, Scarlat Gr. Ghika, C. Filipescu, J. Slatineanu, J. Balaceanu, A. Cocorescu, Joan Campineanu, N.-A. Nicolescu, C.-N. Brailoiu, C. Costescu.

L'Adresse n" 206, relative à la question de l'augmentation des milices, porte les signatures suivantes :

Nifon Mitropolitul, Ilarie, év. d'Argesiu, Joan Vacarescu, Const. Gr. Ghica, Scarlat Gr. Ghika, Gr. Cantacuzino, C. Sutzu, Alexandru Ghika, J. Balaceanu, C.-J. Filipescu, C. Filipescu, J. Slatineanu, A. Cocorescu, N.-A. Niculescu, C.-N. Brailoiu, Joan Campineanu, C. Costescu. {Deux signatures illisibles.)

Voir la Revue nouvelle, l'affaire Trandafiloff, par M. D. Sto.urdza.

russe (i). » — Cette calomnie bien vieillie déjà en 1888, et que M. D. Stourdza a tenté de rajeunir, a fait son temps (2). Mais puisque M. l'académicien ne craint pas de chercher à en tirer encore parti, de s'en faire, quand même, une arme contre le Prince, il aurait dû en user avec logique. Car, de deux choses l'une : ou bien Bibesco était, avant tout, un agent de la Russie, un Prince étranger aux émotions de son peuple, — comme M. D. Stourdza le dit en termes clairs, — et, dans ce cas, conduite était toute tracée : il n'avait qu'à se venger, — dès le lendemain de la dissolution de la Chambre, — de l'opposition systématique de cette assemblée , de son manque de respect au souverain, et donner à la Russie protectrice de Trandafiloff et irritée de la campagne spécialement dirigée contre elle une satisfaction impatiemment attendue, c'est-à-dire l'autorisation, pour l'ingénieur russe, d'exploiter les mines roumaines; — ou bien Bibesco était, avant tout, soucieux des intérêts de son pays, et dans ce cas il ne pouvait qu'envisager froidement la situation, déplorer, peut-être, l'émotion de ses sujets, mais en tenir compte et repousser la requête de Trandafiloff. Eh bien, n'est-ce pas à cette dernière résolution que s'est arrêté le Prince? et n'y avait-il pas quelque courage à causer une pareille déception au cabinet de Saint-Pétersbourg, à affronter sa colère? Poser la question, c'est la résoudre : mais, voilà où l'homme de ressources se révèle dans M. D. Stourdza. M. le correspondant de la Revue nouvelle échappe à ce dilemme : « Si la requête de Trandafiloff ne fut pas accueillie, dit-il, la faute n^en est pas à la inauvaise volonté du Prince ; il faut en chercher la cause dans les prétentions sans cesse grandissantes de Trandafiloff, dont la morgue effraya à ce point même le CONSEIL ADMINISTRA- TIF, QUE CE DERNIER SE DÉCIDA à lui mettre un frein (3). »

(1) Wo'w \di Revue nouvelle, p. 242, i"^*^ année, n" 7.

(2) Voir Règne de Bibesco, t. I et II. — Voir le sixième volume de V Histoire des Roumains, par Xénopol ; voir Quelques mots sur la Valachie.

(3) Voir la Revue nouvelle, p. 253.

QUESTION DES MINES

Ainsi, aux yeux de M. D. Stourdza, le Prince ne fut pour rien dans cette décision. Bien que de tout temps le Prince et son conseil n'aient formé qu'une seule et même personne, que cette vérité ait été éclatante sous le règne de Bibesco, qui était à la fois la tête et le bras de son gouvernement, M. D. Stourdza les sépare pour les besoins de la cause. Devant ce trait génial de puérilité, il n'y a qu'à saluer et à passer.

Nous ne nous attarderons pas davantage à la question des mines (i), choisie à dessein, par les ennemis du Prince, comme paraissant offrir à la calomnie un bon terrain d'attaque; nous ne relèverons pas non plus les déclamations de M. D. Stourdza, — renouvelées du temps jadis , — sur le péril immense dont la requête de Trandafiloff a menacé le pays roumain, — il n'aurait été question de rien moins que sa conquête par la Russie ! — ni sur le service extraordinaire que l'opposition a rendu. C'est là une politique connue : inventer un danger, mener grand tapage autour de ce péril de circonstance, pour paraître l'avoir conjuré; se poser en sauveur, en patriote; et, le cas échéant, rappeler les droits qu'on prétend avoir à la reconnaissance de la patrie ! C'est moins compliqué, paraît-il, que cela n'en a l'air, et cela réussit toujours, mais pour un temps seulement, car la vérité que les gens osés parviennent à mettre sous le boisseau, avec la complicité naïve des uns et l'indifférence des autres , finit toujours par échapper aux ténèbres et par reprendre sa place au grand soleil.

Nous ne nous arrêterons plus que sur une erreur de date commise par le correspondant de la Revue nouvelle et qu'il importe de signaler, parce qu'il y insiste. Nous lisons en effet, page 251 de la Revue nouvelle : Les adresses de V Assemblée générale furent votées et signées le 2g février. Quatre jours plus tard, le 4 mars, la Chambre fut fermée par le Message

(i) Si nous ne produisons pas les discussions ou plutôt les procès-verbaux des différentes séances consacrées à cette affaire, c'est qu'elles ne représentent aucun intérêt après la publication des adresses de la Chambre au chef de l'État.

joo publié au Bulletin officiel du 6 mars 184^, n° 22 (i). Cela n'est pas exact : la date du 29 février figure en tête de la réponse que la Chambre fait au message du Souverain qui Ta blâmée d'avoir rejeté le projet de loi sur l'augmentation de la milice, et lui a retiré les projets de loi qui lui avaient été soumis ; — tandis que la date du 24 février est celle de la réponse de l'Assemblée dans la question concernant les mines. M. D. Stourdza en trouvera la confirmation non seulement dans les documents, mais encore dans un numéro de la Gazette de Transylvanie que nous reproduisons plus loin comme document curieux, et qui est daté du 23 mars 1844.

Donner la date du 29 février à la réponse du 24 février, avec cette observation que quatre jours après le Prince prononçait la clôture de la Chambre, c'est laisser supposer que Son Altesse, cédant à la colère, a répondu par la clôture au rejet de la requête de Trandafiloff. Tout au contraire, Bibesco, malgré le défi contenu dans l'adresse de l'Assemblée (24 février), a su attendre le vote sur la question de la milice, dans l'espoir de voir se produire au sein de l'opposition un revirement patriotique. — On sait que l'attente fut vaine.

Opinion de M. Xénopol :

Terminons en citant encore ce passage du livre de M, Xénopol, seul auteur qui se soit donné la peine de faire de la question des mines et du règne de Bibesco une étude consciencieuse et impartiale.

Dans cette question, — écrit M. Xénopol, — la Chambre a eu le tort d'offenser le Prince, qui n'a combattu que pour la légalité (2). L' Assemblée, au lieu d'exposer au Prince ce qu'elle trouai) On verra p. 129 et 130, à propos du projet de loi sur la milice, le parti que MM. Ubicini, Élias Regnault, Héliade Radulesco et Billecoq tirent de cette confusion de dates.

(2) Histoire des Roumains, par A.-D. Xénopol, membre de l'Académie roumaine, p. 175.

QUESTION DES MINES

vait de dangereux dans la concession demandée, fit à Son Altesse une opposition systématique, V accusant avec aussi peu de tact que de raison d^ avoir violé la loi, ce qui était inexact. Le Prince irrité, à bon droit, voulut donner au Pays les preuves qu'il n'avait en rien transgressé le Règlement, et que les accusations de l' Assemblée étaient portées sans connaissance de cause et dans

un but malveillant Le Prince avait la meilleure des raisons

de se sentir blessé dans son amour-propre : il ne s'agissait de rien moins que de Son prestige comme Chef de l'Etat.

Gazette de Transylvanie, 23 mars 1844 (n° 24), p. 94 :

Cet article de la Gazette de Transylvanie, écrit en dehors des passions politiques, mérite d'être reproduit.

LE PAYS ROUMAIN (l).

TRADUCTION

Oit, 8 mars.

Avant d'essayer de vous faire une description sommaire des débats qui ont eu lieu à l'Assemblée générale nationale de Bucarest cette année, j'éprouve le besoin de vous faire connaître le nom de quelques députés qui soutiennent le gouvernement , ainsi que celui de quelques membres de l'opposition. Catargi, Cretzulesco, J. Otetelechano, A. Philippesco, Jean Vacaresco, M. Philippesco, P. Poenaro, Bengesco, Isvorano, l'évêque d'Argesh, Jianu, Bujoreano et encore quelques têtes et caractères connus des oppositions d'antan, se rallient au projet du gouvernement et le trouvent des plus nationaux. Dans l'opposition, nous voyons les noms des Soutzo, des Cantacuzène, de quelques membres'de la nombreuse famille Ghica et de beaucoup d'autres. Le métropoli-

(i) De tout temps, la Valachie fut connue sous la dénomination de Tzara romaneasca, le Pays roumain.

tain Néophite, président, a été longtemps malade et n'a pu assister aux séances ; l'évêque de Buzeu ne s'est pas prononcé suffisamment.

Parmi les questions qui devaient être débattues à la Chambre — en dehors de l'élaboration du budget du pays et d'autres travaux ministériels qui se présentent chaque année — il y avait celle concernant les frais d'intronisation et du voyage à Constantinople, la question des mines, l'augmentation de la milice à établir sur les frontières du pays, le soulagement des villages qui gardent les piquets sur la ligne du Danube, et autres projets du cabinet.

Quant à vous donner des éclaircissements détaillés, ceci n'est pas en mon pouvoir. Je me contenterai de vous indiquer les points principaux sur lesquels le gouvernement et l'opposition n'ont pu s'entendre.

Remarquons ici que, depuis 1833, plusieurs ministres ont fait des propositions à des capitalistes indigènes et à des étrangers anglais et français, en vue de la création d'un établissement de bains; mais il ne s'est présenté personne, si ce n'est H. Moscu, qui a fait banqueroute. Il y avait également dans le pavs des gens qui disaient que le moment n'était pas venu de faire connaître au monde ce que contenaient les entrailles de notre sol. Les diplomates étrangers le savaient parfaitement; aussi je me demande s'il conviendrait qu'un gouvernement refusât de laisser approfondir aux uns ce qu'il a permis aux autres de connaître.

Les articles 178 et 179 du Règlement organique disent clairement que, si l'on découvre une mine dans le terrain d'un propriétaire, celui-ci peut l'exploiter seul ou la louer à qui bon lui semble, en donnant au gouvernement le dixième des bénéfices en nature; mais si le propriétaire, dans le délai de dix-huit mois que lui accordera le Prince, n'a pas les moyens de l'exploiter seul ou ne veut pas la louer à un autre, alors le Prince, d'accord avec l'Assemblée générale ordinaire, décidera de l'opportunité et des moyens à employer pour exploiter ces mines, etc.

QUESTION DES MINES

Le gouvernement, s'appuyant, sur lesdits articles, a donné la faculté à une société russe (dont les agents sont Trandafiloff , Zaporovski, etc.) de faire des recherches dans nos montagnes, afin de voir si elles ne contenaient pas des métaux et de passer des contrats avec les propriétaires désireux d'en consentir. L'opposition, se basant aussi sur les mêmes articles de loi, ne voulut pas reconnaître ce droit au gouvernement et demanda l'annulation du procès-verbal dressé à ce sujet par le Conseil administratif extraordinaire. Ajoutons que ceux de nos Roumains qui sont en dehors de l'opposition, ayant peur, les malheureux! de leur propre ombre, se sont effrayés de l'entreprise proposée, et qu'il résulte que l'opposition a, aujourd'hui, l'opinion publique plutôt en sa faveur.

Jusqu'au i" février, il n'y a eu que de légères disputes, mais le i"" et le 3 a commencé la grande lutte. Le Prince régnant s'est vu forcé d'émettre, le 13 février, deux messages, l'un relatif aux mines. Après avoir démontré avec quelle circonspection le gouvernement avait procédé. Il conseilla à l'Assemblée d'être plus mesurée dans ses paroles et sa conduite, et, ajouta ces paroles remarquables : « et notamment de ne pas perdre de vue que son avenir (de l'Assemblée) dépendrait de Vaide qu'elle apporterait avec loyauté à un gouvernement qui, du jour oii il avait pris la barre en main, n'avait donné que des preuves de pensées saines et de dévouement infatigable pour le bien public. »

Je tiens de source certaine que le Prince, avant d'émettre ce message, a soupiré profondément en disant : 0 Ah! moi, du moins, je suis Roumain », etc., etc.

Jeudi devait avoir lieu la réponse de l'Assemblée, mais l'opposition, paraît-il, n'était pas préparée; elle disait que le Prince l'avait bravée. Le samedi 19 février, la salle et les galeries étaient tellement remplies de monde de toutes les classes et de tous les âges, qu'on ne pouvait respirer. On a assisté à une scène parle-

mentaire comme on n'en n'avait jamais vu dans notre Chambre. Parmi les ministres, Barbu Stirbei a défendu de tout cœur et avec toute la puissance de son éloquence le gouvernement et le ministère. Tout le monde a approuvé les moyens qu'il a employés, avec une finesse particulière, pour défendre la dignité du trône, et la puissance des arguments avec lesquels il s'est efforcé de convaincre l'opposition.

D'autres orateurs parlèrent également en faveur du ministère avec la même chaleur, le même feu, la même force, mais en vain. Outre Stirbei, un autre grand orateur s'est fait entendre : Catargi. Mais l'opposition a persisté à répondre qu'elle n'avait pas mérité d'être bravée, et que l'on devait supprimer le procès-verbal du Conseil administratif sur l'exploitation des mines. Bien des membres de V Assemblée n'étaient guidés que par leurs passions. Le ministère a quitté peu à peu la salle, et l'on n'a rien pu terminer, l'Assemblée n'étant plus en nombre.

Le 22 février, la salle était bondée comme le 19. Le métropolitain primat, qui n'avait assisté qu'au début de deux séances, était présent. Le plus grand orateur fut encore Barbu Stirbei, qui, après avoir défendu le gouvernement avec une grande éloquence, déclara sous serment, comme un vrai Roumain, que, dans la cause des mines, la sécurité de la patrie n'était pas compromise! Le métropolitain s'est offert comme intermédiaire entre la Chambre et le gouvernement, mais le ministère n'a pas accepté ses conditions.

Ce jour-là, il y eut dans la salle même des enfants de quatorze ans, voire des Juifs. Le 24 FÉVRIER, même afiluence de monde, lutte acharnée. M. Barbu Stirbei n'était pas présent. Le ministère demanda lui-même le vote. Il y eut 22 voix pour l'opposition et 18 pour le gouvernement. Les autres députés étaient malades.

RÉGIME DOTAL

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