‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 29 sur 215 · AU I" DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

AU I" DÉCEMBRE

Le Prince ayant retiré à la Chambre, le 29 février 1844, tous les projets de loi qui étaient à discuter, pour la punir de son opposition systématique, et la prorogation indéfinie de cette assemblée ayant été prononcée le 22 octobre de la même année, la période de février 1844 à décembre 1846 n'est marquée par aucune loi.

Le Prince a rendu, pendant cette période, plusieurs décrets, quelques-uns très importants, entre autres le décret relatif à la construction d'un théâtre à Bucarest, celui qui déclare nulle l'épitropie soi-disant du Saint-Sépulcre, celui qui prononce l'expulsion de deux Hégoumènes, celui qui ordonne l'installation des fontaines à Bucarest, et le décret prescrivant le dessèchement du marais de Cismejiu, situé au centre de la capitale, et sa transformation en jardin public.

Cette période a été également employée par le Chef de l'État à la préparation des grands projets de loi qu'il présentera à la nouvelle Chambre pendant les sessions de 1847 et 1848.

Décret du io\22 août 1844 (n^ 374) au sujet de rincendie

de Jassï.

Le Prince donne des ordres pour qu'une souscription soit ouverte en Valachie, dans le but de venir au secours des incendiés de Jassi. Son Altesse contribue elle-même pour une somme de dix mille piastres (i). Déjà à propos de l'incendie de Ploiesti, le Prince avait provoqué, — par un message à l'Assemblée {Bull, off., 1843, n" 30), — une souscription en tête de laquelle II s'était inscrit pour six mille piastres. {Bidl. off., 1843, n« 79.)

TRADUCTION

{Bull. off. n» 92.)

S.A. S. le Prince Bibesco au Départe?nent de l'intérieur.

Nous, Georges-Démètre Bibesco, Voïvode, par la grâce de Dieu Souverain de toute la Valachie :

Les liens naturels qui Nous unissent à nos voisins et frères de Moldavie ne sauraient Nous laisser insensible à l'affreux malheur qui vient de les frapper, à la suite de l'incendie qui a dévoré une grande partie de la ville de Jassi.

Bien que le gouvernement de la Moldavie, dans sa douleur et sa sollicitude paternelle, ait pris les mesures nécessaires pour adoucir le sort des malheureux qui sont aujourd'hui sans abri et sans moyens d'existence. Nous voulons, Nous aussi, leur donner une preuve de fraternelle compassion.

En conséquence, pour aider les personnes généreuses qui, douloureusement émues par ce malheur, désireraient faire parvenir

(i) Ce secours aux frères moldaves, sans être un acte politique, est cependant un premier pas vers l'union des Principautés, à laquelle il prédispose les cœurs. Bientôt, par la suppression des douanes entre les deux pays, par les facilités que le Prince accordera aux Moldaves pour devenir citoyens de Valachie, — facilités plus grandes qu'elles n'existent aujourd'hui pour^ les Roumains de Transylvanie qui demandent à devenir citoyens du Royaume de Roumanie, — Son Altesse préparera cette union entre les deux Principautés sœurs.

DÉCRETS

leur obole aux affligés, Nous ordonnons au Département de l'intérieur de faire connaître par la voie de la publicité, aux habitants de Bucarest comme à ceux des districts, que c'est entre les mains de l'administration locale qu'ils devront remettre leur secours. Celle-ci prendra soin de publier le nom des donateurs.

Nous remettons aussi à ce Département dix mille piastres prises sur Notre cassette particulière; cette somme sera envoyée à Jassi avec les souscriptions à recueillir dans ce but par les comités.

(Suit la signature de Son Altesse Sérénissime.)

Le Secrétaire d'État, M. Baleano.

Adresse du Prince au Conseil administratif extraordinaire

Le Prince institue une commission pour l'érection d'un théâtre, sur la place Kisseleff.

19/31 juillet 1843.

L'Assemblée générale ayant décidé, dans sa dernière session et à la suite de Notre proposition, que l'emplacement sur lequel est bâti aujourd'hui le han de Filaret serait affecté à l'aménagement d'une place sur laquelle doit être érigé le monument consacré à l'ex-président plénipotentiaire ; une somme de quinze mille ducats ayant été réservée à cet effet, Nous nommons et chargeons une commission composée de MM. le grand vornic Barbu Stirbei, le grand logothète Jean Filisano et le logothète Vladimir Blaremberg (i) , ingénieur de l'État, de procéder en toute hâte

(i) Père de M. Nicolas Blaremberg, l'éloquent orateur de la Chambre et auteur de plusieurs ouvrages d'histoire et de législation. M. N. Blaremberg a été ministre de la justice; il est commandeur de la Légion d'honneur.

aux opérations préalables à exécuter sur cette place, qui prendra le nom de Place Kïsseleff, et de veiller à ce qu'elle soit, en tout, digne du nom qu'elle est destinée à porter.

Désirant que le souvenir de ce nom se rattache à la réalisation d'un autre vœu public, Nous chargeons cette même commission d'étudier et d'adopter toutes les mesures propres à la construction d'une salle de théâtre sur ce même emplacement du han Filaret, et de se mettre en mesure de faire commencer les travaux au printemps prochain.

Pour le moment, la commission fera démolir les bâtiments qui se trouvent sur ledit emplacement et le fera niveler, en profitant, autant que possible, du matériel provenant de ces bâtiments ; puis, relevant le plan de la place, elle se mettra, en temps opportun, en correspondance avec un des architectes les plus en renom de l'Europe pour arrêter le plan du théâtre sur les bases les plus favorables et se prononcer sur sa construction.

A cet effet, Nous mettons actuellement à la disposition de la

commission la somme de piastres, fonds qui se trouvent dans

la caisse de la Municipalité; et, quant aux sommes qui seront affectées aux travaux d'embellissement de la place, elles seront prélevées sur celles que l'Assemblée générale a votées, et dont cinq mille ducats se trouvent déposés à la Caisse centrale.

Le Conseil administratif fera connaître le contenu de cette adresse aux membres nommés dans cette commission. A ces membres Nous adjoignons M. le clucer (i) Pierre Poenaro, l'architecte de la ville, et Notre aide de camp le paroucic Floresco (2).

(1) Un des titres de noblesse les plus modestes. Pierre Poenaro a été directeur du collège Saint-Sava et membre de l'Éphorie des écoles. Il est un des auteurs du dictionnaire français-roumain qui porte son nom.

(2) Le lieutenant Floresco deviendra plus tard le gendre du Prince et général.

DÉCRETS

Rapport de la Commission instituée pour la construction du Théâtre national.

La commission rend compte au Prince de ses travaux.

TRADUCTION

13/25 août 1843 (Extrait du Bull, off., n" 77, p. 307 et 308).

A Son Altesse Sêrênissime Georges-Démètre Bibesco, Voïvode (i), Prince de toute la Valachie,

Altesse Sêrênissime,

Par l'ordre n" 565 (2) Votre Altesse a chargé la présente Commission de choisir la place destinée à porter le nom de Kisseleff et de veiller à ce qu'un théâtre fût construit sur cet emplacement. Cette commission a pris connaissance des nouvelles instructions (n° 611) que Votre Altesse a adressées à l'honorable Conseil administratif, en lui transmettant, — conformément au désir de S. Exe. le comte Kisseleff, — l'ordre d'employer la somme de quinze mille ducats, — votée pour cet édifice par l'Assemblée générale, — à l'installation des fontaines, comme représentant un des seuls travaux d'utilité publique que Son Excellence verrait accomplir avec joie par les Roumains, en souvenir de son admi nistration.

La commission, se conformant au contenu de cette seconde adresse, va procéder aux travaux de la construction du théâtre.

Dans ce but, elle a calculé la surface nécessaire à un édifice de cette importance, et, jugeant que l'emplacement du han (3)

(1) Voïvode, en hongrois, signifiait Vice -Roi de Transylvanie ou du Banat, titre pris par ces Voïvodes en leur qualité de chefs de l'armée. Ce titre a été adopté par les Princes roumains.

(2) Dans le texte, il y a ces mots : « Luniinat oficiu — Ordre éclairé », reste des formules turques. C'est ainsi qu'aux fils du Prince on disait autrefois : Luminatzia Ta, — Ta splendeur.

(3) Voir p. 1 10.

Filaret est insuffisant, elle propose d'y ajouter la propriété voisine de Mérisheschti. Etablissant donc les comptes des sommes à dépenser pour la construction du théâtre, la commission est arrivée au résultat suivant : 362,500 piastres, fonds que le conseil communal est chargé de recueillir pour l'érection de ce monument, jusqu'à la fin de l'année 1845; cinquante-deux mille piastres, laissées par testament de feu Constantin Mano, pour contribuer à la construction du Théâtre national.

Ces derniers fonds sont assurés par des propriétés sises dans les montagnes et acquises avec cet argent.

Total : 414,500 piastres, soit environ 13,000 ducats.

D'autre part , la commission a établi le calcul approximatif des débours à ordonnancer pour la construction du théâtre, savoir :

1,800 ducats pour l'acquisition de l'emplacement de Mérisheschti.

2,500 » pour le nivellement de l'emplacement de Filaret. 14,000 » pour la construction du théâtre. 2,000 » pour les machines nécessaires aux décorations et pour l'ameublement du théâtre.

20,300 ducats.

Il ressort de ce compte qu'une somme de sept mille ducats devra être ajoutée aux treize mille ducats fournis par le Conseil communal et mise à la disposition de la commission jusqu'à la fin de l'année 1845, époque probable de l'achèvement des travaux.

La commission soumet à Votre Altesse le résultat de ses délibérat.i'^ns, et Lui adresse l'humble prière d'accorder Sa haute autorisation à l'acquisition de l'emplacement de Mérisheschti sur les fonds du Conseil communal, au commencement des travaux de nivellement de l'emplacement de Filaret, et à la conclusion de contrats pour l'approvisionnement du matériel nécessaire. La compétence de la commission se bornera à la construction du

DÉCRETS

théâtre, conformément à un plan qui sera dressé dans le sens de l'ordonnance de Votre Altesse (i). Votre Altesse daignera, en outre, donner Tordre d'inscrire au budget du Département des finances la somme de 7,000 ducats, que la commission demande pour pouvoir achever la construction des bâtiments, à savoir :

3,000 ducats, à porter au budget de l'année 1844, et 4,000 ducats à celui de 1845.

Signé : B. Stirbei, Jean Philippesco,

P. POENARO, BlARAMBERG.

Décret du 75 août 184 j {n° i) .

En réponse aux rapports de la commission instituée pour la construction du théâtre, le Prince sanctionne les mesures proposées pour l'achat du terrain, pour la construction du théâtre, son ameublement et ses décors. « La construction d'un théâtre à Bucarest, écrit le Prince, au bas de son décret, est non seulement une œuvre utile pour cette capitale, mais encore pour toute la nation roumaine, par V influence salutaire qu'elle aura sur les mœurs, par les progrès qu' elle fera faire a la langue nationale, et l'essor qu'elle donnera a la littérature roumaine . »

Nous eussions désiré que ce théâtre fût construit rien qu'avec le capital de 13,000 ducats à constituer jusqu'à la fin de l'année 1845; et Nous faisons de nouveau appel aux efforts et aux soins de la commission pour qu'elle réalise toutes les économies possibles. Toutefois, si au cours des travaux il devenait urgent d'ajouter les 7,000 ducats qui excèdent la somme déjà prévue, — pour les travaux du théâtre, — jusqu'à la fin de Tannée 1845, cette dernière somme serait prélevée soit sur les fonds de la ville, si cela était possible, soit sur le para-

Ci) NO 565.

graphe des dépenses extrordinaires du budget des finances. La construction d'un théâtre à Bucarest est non seulement une œuvre utile pour cette capitale, mais encore pour toute la nation roumaine, par l'influence salutaire qu'elle aura sur les mœurs, par les progrès qu'elle fera faire à la langue nationale et l'essor qu'elle donnera à la littérature roumaine (i). En conséquence, la commission devra procéder sans retard aux travaux préparatoires, afin que la construction du théâtre puisse être entreprise dès le printemps prochain (2).

(Suit la signature de Son Altesse.)

(1) Cela s'appelle : pour M. Héliade Ra.dulesco, frapper la langue roumaine. (Voir Le Protectorat du Czar, p. 28.) — Pour MM. Ubicini et Élias Regnault, copistes fidèles du pamphlétaire Chainoi, cette sollicitude du Prince pour les progrès de la langue nationale est synonyme de : expulser la langue roumaine des écoles, commettre un attentat à la nationalité. (M. Ubicini, Provinces roumaines, p. 170. M Élias Regnault, Histoire des Principautés roujnaines, p. 249. L'anonyme Chainoi, p. 249. — Voir également la page 202 du présent volume.)

(2) Il ne nous a pas été possible de nous procurer, en temps voulu, tous les actes qui devraient trouver place dans cette publication ; c'est la raison pour laquelle ces trois dernières pièces, qui sont de 1843, figurent à cette place.

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