‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 38 sur 215 · VI. — Il n'a pas été en Mon pouvoir de réunir aussi, comme · texte numérisé non relu

VI. — Il n'a pas été en Mon pouvoir de réunir aussi, comme

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Je l'aurais désiré, l'affermage de leurs salines respectives, réunion qui aurait écarté une concurrence aussi préjudiciable à l'une qu'à l'autre. Je puis toutefois vous donner l'assurance qu'il n'en résultera pas de baisse dans le prix de notre fermage.

VII. — Pour mieux organiser l'exploitation de cette branche importante de nos revenus, j'ai cru devoir faire venir de l'étranger des officiers mineurs réunissant les connaissances théoriques et pratiques nécessaires, à l'effet d'introduire dans cette partie du service les facilités et les améliorations que les sciences et les arts y ont apportées dans d'autres pays. Les plans et projets relatifs aux mesures proposées seront envoyés à votre examen.

VIII. — Si nous reportons maintenant, Messieurs, nos regards sur Notre état intérieur, nous avons la satisfaction de le trouver prospère comme à aucune autre époque. J'ai eu le bonheur de M'en convaincre, par Moi-Même, dans la dernière tournée que J'ai faite dans nos districts, et dont J'ai emporté les plus douces impressions, ayant trouvé partout l'ordre, l'aisance, le progrès, réunis aux sentiments de confiance et d'affection pour Notre Gouvernement.

IX. — Le fléau de l'épizootie est venu troubler dans certaines localités, pendant l'été dernier, cet état de prospérité. Cependant l'efficacité des mesures qui lui ont été opposées, et l'abondance des récoltes dont il a plu à la miséricorde divine de Nous consoler, ont fait que le mal a été moins fortement senti. Ces mesures seront maintenues dans toute leur vigueur, jusqu'à ce que Nous ayons acquis la certitude que le fléau a entièrement disparu.

X. — La tranquillité publique n'a été troublée sur aucun point de la Principauté durant les quatre dernières années, et ceux qui, dans leur irrésistible penchant pour le mal, ont cru pouvoir tromper la surveillance du Gouvernement et échapper à la vindicte des lois n'ont par tardé à s'en repentir. Nous pouvons même nous flatter, que notre pays offre aujourd'hui une sécurité égale à celle qu'on pourrait trouver dans les Etats les mieux organisés, bien que les peines soient, chez nous, plus légères que

partout ailleurs, et que la peine de mort soit, comme vous le savez, abolie de fait. C'est avec la plus grande satisfaction que Je M'empresse de rendre ici la justice qui est due au peuple valaque, en reconnaissant que ce résultat est dû en grande partie à la douceur de ses mœurs.

XI. — Les abus ruineux qui se commettaient naguère au grand jour, et pesaient plus particulièrement sur les habitants des villages, ont disparu en très grande partie, et, s'il en reste qui aient pu échapper à la vigilance du Gouvernement, la cause en est, Messieurs, aux difficultés que présentent la réforme morale et l'extirpation des habitudes vicieuses, alors qu'elles datent de loin. On ne peut espérer de parvenir à cette extirpation qu'avec du temps et moyennant une persévérance constante dans le bien, de la part de tous, mais surtout de la part de ceux qui sont appelés à remplir des fonctions publiques. La culpabilité des employés du Gouvernement, s'il y en avait qui persistassent dans ces habitudes criminelles, serait d'autant plus grande qu'ils ne pourraient prétexter aujourd'hui, comme par le passé, qu'ils obtiennent leurs places ou leur avancement au détriment de leur fortune.

XIL — Les cotisations, qui avaient reparu dans les communes avec tous les maux qui les accompagnent, les transactions des villages avec les recrues, les dépenses incessantes réclamées pour l'entretien de nos piquets sur le Danube, aussi bien que celles exigées tous les ans pour les constructions éphémères destinées à les abriter, ont été abolies comme autant de sources des plus fâcheux abus. Les caisses des villages, exemptées de toute dépense non prévue par la loi, ne servent qu'à subvenir aux besoins pour lesquels elles sont instituées. Les rapports des cultivateurs avec les fermiers sont devenus plus réguliers, et les plaintes ont diminué dans une très grande proportion, par suite de la juste sévérité des mesures prises pour assurer les droits de chacun.

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XIII. — Les mesures adoptées l'année dernière, pour faire face à la disette dont nous fûmes menacés, ont été de nature à satisfaire à tous les besoins de la consommation intérieure, tout en ménageant les intérêts du commerce, par le maintien de la libre exportation.

XIV. — En examinant maintenant. Messieurs, Tétat de nos finances, vous serez à même de vous convaincre que, si elles sont encore loin de répondre à des besoins qui se développent chaque jour, cependant, malgré cette insuffisance, malgré les graves embarras que présente naturellement un budget arrêté une fois pour toutes, et dans un temps où nous n'étions pas encore entrés dans la voie du progrès où. nous marchons aujourd'hui, nos moyens n'ont pas été dépassés. Il a été suppléé à leur modicité par la plus stricte économie. La caisse de la Vestiarie est aujourd'hui affranchie de ces dettes ruineuses dont les intérêts venaient ajouter à ses embarras, en absorbant une partie de ses recettes, et la balance en faveur de ces dernières a été telle qu'il Nous a été permis de couvrir plusieurs dépenses extraordinaires survenues dans le courant des dernières années.

XV. — Toutes les autres caisses publiques sont dans un état encore plus prospère. Ainsi, les caisses municipales des villes offrent une réserve réelle d'un million de piastres, celle des communes, de près de trois millions; la caisse centrale possède un capital de plus de quatre millions, nonobstant les nombreuses dépenses d'utilité générale auxquelles ces diverses caisses ont dû faire face.

XVI. — Notre milice fut, dès le commencement de Mon administration, le premier objet de Ma sollicitude comme elle est la première garantie du repos public. Je ne parlerai pas ici, Messieurs, de sa discipline ni de son courage : le soldat valaque sera toujours un modèle sous ces rapports; mais Je vous dirai que J'ai donné les soins les plus assidus à ce qui concerne son bienêtre moral et matériel. Je n'ai rien négligé de ce qui pouvait

ipo PREMIÈRE PARTIE. — 1844-1846.

alléger et faciliter son service. J'ai augmenté son personnel. J'ai amélioré sa nourriture et son habillement. J'ai multiplié ses munitions. Des compagnies d'élite ont été formées dans chaque régiment pour l'instruction des recrues. J'ai fait élever des abris pour nos soldats partout où le besoin l'a réclamé d'une manière plus impérieuse. Des casernes spacieuses et en pierre ont été construites à Bucarest, à Craïova, aux salines. Cent quatre-vingtquatorze constructions sur pilotis ont été faites pour nos piquets sur toute la ligne du Danube, depuis Vertzorova jusqu'au Séreth, offrant un abri sûr contre les intempéries et les inondations, au besoin même contre un coup de main. Les hôpitaux militaires sont, sous tous les rapports, les mieux entretenus et les mieux pourvus. J'ajouterai ici l'institution du corps des pompiers, qui, organisé militairement, est en outre un renfort apporté à notre milice. Toutes ces améliorations, bien faibles sans doute en comparaison de celles que Je souhaite à notre état militaire, mais très considérables en raison de l'exiguïté de nos moyens, ont été faites sans avoir eu besoin de nouveaux subsides, et seulement au moyen d'économies effectuées sur les allocations ordinaires.

XVII. — Je serais heureux, Messieurs, si Je pouvais vous entretenir aussi d'améliorations introduites dans l'administration de la justice et dans celle de l'instruction publique. J'ai fait, à cet égard, tout ce qui a dépendu de Moi, n'ayant pas cessé d'exercer une active surveillance et de prodiguer les conseils. Mais les réformes judiciaires exigent des dispositions législatives qui réduisent le nombre des procès et en activent le jugement ; l'instruction publique réclame une organisation nouvelle, plus en harmonie avec les besoins de notre société, et une augmentation de fonds. J'avais besoin, par conséquent, pour les unes comme pour l'autre, de votre concours et de vos lumières.

XVIII. — Les travaux qui seraient considérés comme fort difficiles dans les Etats les plus riches, ont été entrepris sur tous les points de cette Principauté. Quelques-uns ont été terminés,

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les autres se poursuivent avec activité et sont l'objet de toute la surveillance que leur importance exige.

XIX. — Nos prisons étaient encore dans l'état où le passé les avait laissées, offrant un spectacle aussi pénible que repoussant. Ces cloaques infects et pestilentiels ont été remplacés dans plusieurs districts, ainsi qu'à nos salines, par des bâtiments appropriés à leur destination et qui pourraient être comparés, pour leur aménagement intérieur comme pour le régime auquel les détenus y sont soumis, à ce qu'on voit chez les nations les plus avancées en civilisation. J'aurais désiré,^ Messieurs, pouvoir compter cette amélioration parmi celles qui ont été faites dans notre capitale. C'était une des premières à laquelle J'avais pensé : mais les ressources n'étant pas en rapport avec les besoins. J'ai dû l'ajourner, sans toutefois perdre l'espoir de pouvoir l'exécuter bientôt.

XX. — La barrière qui séparait la petite Valachie de la grande et entravait leurs communications sera levée, pour toujours, parla construction sur l'Olto d'un pont permanent, que de vieux préjugés faisaient regarder comme impossible, et qui, J'espère, sera terminé dans le courant de l'été prochain.

XXI. — Le quai d'Ibraïla, commencé il y a trois ans, offre aujourd'hui au commerce les avantages qu'il réclamait impérieusement depuis longtemps.

XXII. — La ville de Giurgevo a été sauvée de la ruine dont la menaçaient les fréquentes inondations du Danube, par les digues puissantes qui ont été opposées au fleuve, et Je ne doute pas qu'elle ne prenne maintenant le développement auquel sa position l'appelle.

XXIII. — Notre capitale a eu aussi une large part dans les améliorations que Nous avons pu accomplir ; tels sont : le dessèchement des marais de Cisméjiu, qui seront bientôt convertis en jardin public; le jardin Kisseleff, qui est aujourd'hui le plus bel ornement de notre ville, les greniers de réserve destinés à maintenir le prix du pain à un taux modéré dans les temps de disette ;

les fontaines, qui réaliseront, dès l'année prochaine, une espérance tant de fois conçue et tant de fois trompée, en répondant à un des besoins les plus impérieusement sentis.

XXIV. — Un plan général de ponts et chaussées a été arrêté et a déjà commencé à recevoir son exécution dans plusieurs localités, autant qu'ont pu le permettre les difficultés que présente toujours, au commencement, l'organisation d'une entreprise aussi compliquée et que rendait plus grandes encore le manque d'hommes doués des connaissances nécessaires. La chaussée entre Orsova et Skela-Cladova est terminée, avec toutes les constructions d'art que la position dangereuse du lieu exigeait. La chaussée de Riou-Vadouloui, vers Kinéni, dans une position bien plus difficile et plus dangereuse encore, est tellement avancée, qu'elle pourra être terminée dans le courant du printemps prochain pour être continuée vers la ville de Rimnik. On a aussi commencé la route entre Tômôs et Kîmpina, où l'on a également à lutter sans cesse, contre les obstacles que présente la nature des localités. Vous pouvez être sûrs, Messieurs, que ces trois routes à travers les monts Carpathes, et longeant trois rivières torrentueuses, pourront, sous peu, être comparées aux meilleures que l'on voit ailleurs dans de pareilles localités. J'ai eu occasion de visiter les deux premières, et Je me trouve encore sous l'impression du sentiment de bonheur que J'y ai éprouvé. — Les autres points oii des travaux de cette nature ont été commencés sont : Bucarest, Ploësti, Buzéo, Craïova, Slatina et Pitesti. — Aidé de l'expérience de ces deux dernières années et des lumières dont il cherche à s'entourer, le Gouvernement espère pouvoir donner à cette grande entreprise une organisation plus sûre et plus active, avec un développement plus considérable.

XXV. — Vous voyez donc. Messieurs, que les résultats obtenus jusqu'ici par les essais partiels qui ont été faits, sont tous de nature à nous encourager à persister dans notre entreprise, et à ne nous laisser abattre, ni par les difficultés que

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nous pourrions rencontrer, ni par les sacrifices qui seront exigés.

XXVI. — Nous avons eu soin, vous le savez, pour ne pas trop charger l'habitant des campagnes, de limiter par une loi spéciale, à six jours, le travail annuel qu'il doit fournir pour la confection des routes. Cette charge, toute modique qu'elle est, ne peut sans doute que lui être encore sensible; mais si on la compare aux corvées continuelles auxquelles il était soumis pour réparer sans cesse des routes qui restaient toujours impraticables, si l'on pense surtout aux avantages immenses qu'il devra en retirer bientôt, on a la consolation de se convaincre que les sacrifices qui lui sont demandés aujourd'hui sont minimes, en comparaison de ceux auxquels il était tenu par le passé , et surtout en comparaison du bien qui, sous peu, en résultera pour lui. — La civilisation. Messieurs, entre avec plaisir là où elle trouve le chemin aplani et la route facile. Les nations qu'elle a plus particulièrement favorisées sont celles qui ont su se raidir contre les difficultés qu'elles ont rencontrées. Il ne faut pas que nous perdions de vue cette vérité, si nous voulons arriver aussi là où sont parvenus les peuples qui ont commencé comme nous.

XXVII. — Parmi tant d'efforts, au milieu de cette impulsion générale que J'ai tâché de donner à notre Pays en le dirigeant vers un avenir meilleur. Je ne pouvais pas perdre de vue les améliorations réclamées par l'état de nos monastères, ni oublier qu'indépendamment du devoir que nous impose la sainte destination de ces établissements, il y en a un autre non moins sacré pour nous, car sur leurs murs se trouve écrite une grande partie des annales de notre histoire , et sous leurs voûtes se conservent encore des cendres qui nous sont chères. Cette dette, nous aurons le bonheur de la voir bientôt acquittée. Nos monastères sortiront de leurs ruines plus beaux et plus majestueux qu'ils n'ont jamais été. Bistritza est presque achevé; Dialou avance; Tismana, Cozia et Ardgesch seront commencés au printemps prochain.

XXVIII. — Tels sont Mes actes et Ma conduite depuis que II. 13

J'ai pris les rênes du Gouvernement. J'aime à croire qu'ils répondent suffisamment aux impostures répandues par la malveillance pour appeler la désaffection sur Mon Gouvernement. J'ai donné, Messieurs, à Mon pays tout ce que Mes forces M'ont permis de lui donner jusqu'à présent, en regrettant sans cesse de n'avoir pas pu faire davantage. Il est possible que, par suite de cette faiblesse commune attachée à la nature humaine, Je Me sois parfois trompé dans Mon zèle; mais, en cherchant bien, vous trouveriez, au fond de ces erreurs mêmes, l'amour le plus pur et le plus ardent du bien et de la patrie.

XXIX. — Assisté par vous. Eclairé de votre expérience et de vos lumières, Je pourrai marcher d'un pas plus sûr vers ce but d'un avenir meilleur auquel tendent tous Mes efforts et toute Mon ambition. Quant à vous. Messieurs les Députés de l'Assemblée générale, indépendamment de Mon affection et de Ma gratitude, vous trouverez, pour le concours que vous M'aurez accordé, une récompense plus douce dans l'amour, la considération et la reconnaissance de la nation.

RÉPOiNSE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

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