‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 39 sur 215 · AU MESSAGE DU PRINCE RÉGNANT, LE 12 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

AU MESSAGE DU PRINCE RÉGNANT, LE 12 DÉCEMBRE

L' Assemblée générale rend hommage à la vérité en reconnaissant qu'à aucune époque l'état intérieur du pays n'a offert un aspect aussi prospère; Elle dépose aux pieds de Son Altesse le tribut de sa très respectueuse gratitude, pour toits les grands actes accomplis : aisance et sécurité publiques assurées ; soulagement apporté aux habitants des campagnes ; économie introduite dans les finances; amélioration de l'état de la milice ; efforts pour détruire les habitudes vicieuses, tristes restes des temps malheu-

QUESTION ÉLECTORALE

veux; nouveaux avantages garantis au coînmerce; liens resserrés entre les deux Principautés ; réformes appliquées dans l'exploitation des salines; travaux considérables entrepris sur toute V étendue de la Valachie; monastères relevés de leurs ruines; sollicitude infatigable du Prince, au dehors comme au dedans, pour les intérêts publics. . .

Prince,

I. — L'Assemblée générale, heureuse de se voir appelée à concourir aux vues généreuses de Votre Altesse Sérénissime, vient vous présenter l'hommage de son dévouement et de sa fidélité; elle s'empresse de saisir avec respect cette main paternelle que vous voulez bien lui tendre, et dans laquelle elle voit la garantie de l'avenir du pays.

II. — Les Valaques, Prince, avaient appris à apprécier vos hautes vertus, alors qu'ils vous choisirent pour leur chef; mais ces vertus, quand elles purent s'exercer sur une scène plus vaste, brillèrent d'un éclat plus vif, et elles ont attiré de plus en plus sur la personne de Votre Altesse l'amour de la nation.

III. — C'est avec le sentiment d'une profonde reconnaissance que nous avons appris les nouveaux avantages garantis à notre commerce par les Cours suzeraine et protectrice. Nous y avons vu avec joie un nouveau gage de leur généreuse bienveillance pour notre pays, et en même temps une marque de haute confiance envers la personne de Votre Altesse. Mais ce qui a touché surtout l'Assemblée, c'est. Prince, cette sollicitude infatigable qui se porte avec la même vigilance, au dehors comme au dedans, sur les intérêts publics.

IV. — Les efforts tendant à resserrer les liens qui unissent les deux Principautés, par la suppression de leur ligne douanière et par le rapprochement de leurs intérêts matériels, répondent trop aux vœux de l'Assemblée pour qu'elle n'en éprouve pas la plus

vive satisfaction. L'Assemblée prendra en mûre considération le projet de convention qui lui sera envoyé à ce sujet. Elle donnera également une attention scrupuleuse au projet concernant les améliorations à introduire dans le système d'exploitation de nos salines. Tout en regrettant que des obstacles indépendants de la volonté de Votre Altesse aient empêché la fusion de la ferme des salines des deux Principautés, nous sommes heureux de recevoir l'assurance qu'il n'en résultera pas de diminution pour cette branche importante de nos revenus.

V. — Nous rendons hommage à la vérité, Prince, en reconnaissant qu'à aucune époque l'état intérieur du pays n'a offert un aspect aussi prospère. A côté de l'aisance et de la sécurité publiques, on voit se manifester partout une vie nouvelle et un mouvement général vers un avenir meilleur. Il ne pouvait pas en être autrement après tant de veilles consacrées par Votre Altesse pour soulager les habitants des campagnes, pour introduire l'ordre et l'économie dans nos finances, pour améliorer l'état de notre milice, enfin pour détruire ces habitudes vicieuses, tristes restes de temps malheureux.

VI. — Les travaux que Votre Altesse a entrepris sur toute l'étendue de la Valachie seraient considérables même pour des Etats bien plus grands et plus riches que le nôtre. Il était donc tout naturel qu'ils offrissent ici des difficultés qui exigeaient, pour être surmontées, un amour ardent du bien et une volonté sachant se raidir contre les difficultés. Ces travaux, puissants éléments de civilisation et de richesse, ouvriront bientôt une ère nouvelle de prospérité à notre pays et immortaliseront le règne de Votre Altesse.

VIL — L'état de nos monastères en ruine ne pouvait pas échapper longtemps à la pieuse sollicitude de Votre Altesse. La Providence, Prince, en vous comblant de ses faveurs, vous avait réservé aussi celle d'accomplir cette grande œuvre de piété. Les mânes de nos ancêtres, qui reposent sous ces voûtes à demi ren-

QUESTION ÉLECTORALE

versées, doivent en tressaillir de joie, et nous venons déposer aux pieds de Votre Altesse le tribut de notre très respectueuse gratitude.

VIII. — Des titres aussi nombreux que ceux que Votre Altesse s'est acquis à la reconnaissance et à l'affection du pays ne peuvent, Prince, que rendre la malveillance impuissante et confuse, en même temps qu'ils font un devoir à l'Assemblée générale d'unir ses humbles vœux, pour le bonheur de Votre Altesse, aux bénédictions qu'elle a recueillies de toute part pendant sa dernière tournée.

IX. — Prince, l'Assemblée générale apprécie tout ce qu'il y a de grand dans votre caractère et de pur dans vos intentions. Elle s'estimera donc heureuse si, par son concours, elle peut parvenir à alléger le pénible fardeau que Votre Altesse Sérénissime supporte avec tant de courage et d'abnégation.

LOIS ET DÉCRETS

LOI SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE

2 1 FÉVRIER 1847 (n" 169)

COMPLÉMENT A L'EXPOSÉ (i) DE LA QUESTION

(i) Voir t. I, p. 333.

LOI SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE

21 FÉVRIER 1847 (n'' 169)

EXPOSÉ

Nous reproduisons la loi sur l'instruction publique, que nous avons déjà publiée dans notre premier volume, avec un exposé de la question, parce qu'elle y faisait corps avec la correspondance (i) échangée entre le Prince et le Gouvernement français.

Nous pensons qu'il est utile de rappeler ici cet acte important, dont les ennemis du Prince Bibesco se sont fait une arme pour accuser le chef de l'Etat : M. Elias Régnault, à! avoir expulsé la langue roumaine des écoles (2); M. Héliade Radulescu, à! avoir frappé la langue nationale dans les écoles^ martyrisé par le ridicule et la persécution les auteurs nationaux (3) ; d'autres, à! avoir frappé V instruction publique d'une taxe qui la rendait inaccessible aux classes inférieures .

Il suffirait de répondre à ces accusations intéressées en rappelant le but de la création du théâtre de Bucarest, que le Prince définit ainsi dans son décret du 15 août 1843 : Cette construction est une œuvre utile, non seulement pour cette capitale, mais encore pour toute la nation roumaine, par V influence salutaire qu'elle aura sur les mœurs, par les progrès qu'elle fera faire à la langue nationale et l'essor qu'elle donnera à la littérature roumaine (4) .

(1) Voir au t. I l'exposé de la question sur l'instruction publique, la lettre du Prince Bibesco à M. le professeur D... de Louis le Grand, et sa correspondance avec S. Exc. M. de Salvandy, ministre de l'Instruction publique en France, p. 335-

(2) Histoire des Principautés danubiennes, par E. Regnault, p. 258.

(3) Le Protectorat du Czar, par Héliade Radulesco, p. 28.

(4) Voir le décret du 15 août 1843, p. 142 de ce volume.

Nous pourrions encore citer le Bulletin officiel n° 97 , du 17 octobre 1845, qui nous apprend que le Prince a fait décorer Héliade de la croix du Nicham, à cause de son labeur, des sacrifices faits pour le développement de la langue et de la littérature roumaines, et des succès qu'il y avait obtenus ; ou faire connaître \2l gratification de douze mille piastres attribuée à S. Marcovici, homme de lettres. {Bull, off., 31 décembre, n° 119.)

Cependant, la modicité du budget, — trente-sept millions environ pour la Principauté, — n'imposait-elle pas au Prince les mesures adoptées par lui en vue d'élever l'enseignement des écoles roumaines au niveau de celui des Puissances étrangères ? N'était-il pas dit dans la loi qu'en faisant fonctionner accessoirement la langue roumaine dans la nouvelle Académie, oît ne créait qu^une situation TEMPORAIRE? Le Prince n'avait-il pas exprimé nettement sa pensée et déclaré que les cours seraient faits en roumain le jour où Von aurait obtenu, dans V idiome national, les livres nécessaires et formé les professeurs en état de V appliquer fructueusement aux différents cours de science et d^ histoire (i) ? N'était-il pas entendu que cette Académie avait pour but de créer une pépinière de jeunes professeurs roumains destinés à remplacer les professeurs français? N'était-il pas prescrit, à l'article 5 de la loi, qu^^ l'Académie on continuerait à se perfectionner dans la langue nationale par des exercices continuels? Le niveau des études primaires et secondaires auxquelles la langue valaque était spécialement consacrée ne devait - il pas être élevé ? Cette Académie, par le fait, n'était-elle pas une Faculté oij, — étant donné le but poursuivi, — une taxe par élève externe et interne s'imposait (2)? Enfin, toute grande idée, livrée, pour sa mise en œuvre, aux mains d'ouvriers experts et sûrs, n'a-t-elle pas besoin de la complicité du temps pour produire les résultats

(1) Lettre du Prince à M. D..., professeur au collège Louis le Grand, t. 1,

(2) Voir t. I, p. 239.

LOIS ET DÉCRETS

espérés, et n'était-ce pas le cas de l'instruction publique, confiée, en Roumanie, aux savants professeurs français dont le gouvernement de S. M. le roi Louis-Philippe avait autorisé l'entrée à l'Académie de Bucarest, dans des conditions exceptionnelles de bienveillance ?

Mais, quelle valeur ces raisons pouvaient - elles avoir auprès des meneurs de la campagne contre Bibesco ? Aucune , nous l'avons vu. — Bibesco ayant abdiqué, ayant quitté son pays, on ne continua pas son œuvre, comme si on avait craint de laisser debout un monument qui rappelât aux générations à venir le patriotisme du souverain roumain !

Voici quelques passages de la lettre de M. de Nion (i) à M. Guizot, qui complètent l'exposé que nous avons fait de la question de l'Instruction publique dans notre premier volume, et qui nous donne la raison pour laquelle le cabinet de Saint-Pétersbourg n'osa pas opposer une prohibition formelle à la création du lycée français à Bucarest.

« L'objet qu'elle se propose (la loi) n'est pas tant de modifier dans son ensemble le plan tracé par le Règlement organique de 1832, que d'en régulariser et d'en faciliter l'application. Ecoles primaires dans les communes , écoles élémentaires dans les villes, enseignement supérieur ou complémentaire à Bucarest, tel est et tel continuera d'être le cadre de cette organisation, suffisamment appropriée à l'état actuel du pays, si les bons effets qu'on avait droit d'en attendre n'avaient été presque entièrement annulés par une exécution imparfaite. On doit l'attribuer surtout à la modicité des fonds primitivement affectés à cette destination sur la caisse qui reçoit, chaque année, l'excédent du revenu des biens monastiques. Le développement de l'institution n'était pas moins sérieusement entravé par la difficulté de trouver des maîtres présentant les garanties nécessaires de moralité et d'aptitudes ; car l'école supérieure de Bucarest, qui devait à cet égard

(1) M. de Nion à M. Guizot, 10 septembre 1847. (Archives des affaires étrangères, Paris.)

tenir lieu d'école normale, était elle-même trop faiblement constituée pour remplir cette mission. Connaissant mieux que personne les inconvénients d'un tel état de choses, le prince Bibesco était vivement préoccupé de la nécessité d'y porter remède ; mais ses efforts échouaient devant l'impossibilité où il était de vaincre seul la résistance opposée par le clergé à l'accroissement d'une dotation prélevée sur les fonds de réserve. Il ne fallait pas moins, pour y parvenir, que le concours d'une Assemblée docile et l'assentiment du cabinet russe, assentiment sans lequel aucune déviation des bases posées par le Règlement organique n'est permise au gouvernement valaque, surtout en matière de finance. Cette adhésion s'est en quelque sorte offerte d'elle-même par suite de dispositions fort étrangères, sans doute, à un véritable esprit de bon vouloir pour les progrès de l'instruction publique, mais que le Prince, avec raison, s'empresse de mettre à profit. Votre Excellence sait avec quel déplaisir la cour protectrice voit l'usage oii sont les principales familles valaques d'envoyer leurs enfants faire leurs études à Paris. N'osant peut-être, quant à présent, opposer une prohibition formelle à cette tendance , elle a pensé que les effets en seraient, au moins, singulièrement atténués s'il existait à Bucarest un établissement d'instruction publique capable d'offrir à la jeunesse indigène, sous la surveillance et le contrôle des agents russes, l'enseignement qu'elle va maintenant chercher, à grands frais, à une si grande distance du foyer paternel. »

Nous avons dit, dans notre premier volume, que le gouvernement russe avait décidé d'admettre à suivre les cours de droit professés à la Faculté impériale de Saint-Pétersbourg les jeunes gens natifs des Principautés, pourvu qu'ils fussent nobles, porteurs de certificat de bonne conduite et en état d'acquitter les frais d'étude.

M. de Nion voit dans cette mesure « une manifestation indi recte, mais parfaitement significative, du déplaisir avec lequel la Russie envisage le penchant qui entraîne la jeunesse moldo-valaque vers la langue, la littérature et les idées françaises. C'est,

LOIS ET DÉCRETS

dit-il, un avertissement comminatoire pour les familles qui osent, après tant d'insinuations officieuses, confier à notre Université l'éducation de leurs enfants : c'est le présage et l'essai d'une interdiction plus formelle (i)... »

« Toujours est-il qu'un tel patronage assuré au projet de loi ne laissait aucune incertitude sur son adoption. La dotation annuelle de l'Instruction publique a été plus que doublée, et une année de cette augmentation, allouée d'avance et hors ligne, à l'Hospodar, le met, dès ce moment, en état d'effectuer la plupart des améliorations qu'il projetait depuis longtemps. Quelles que soient d'ailleurs les intentions et les idées qui lui sont venues en aide en cette circonstance , on doute fort que le prince Bibesco se croie tenu de les suivre à la lettre dans l'exécution pratique de la nouvelle loi. Ainsi, par exemple, l'étude de l'idiome slave, inscrite pour la première fois au programme de l'enseignement, n'y occupera en réalité qu'un rang très secondaire. On dit que tous les cours seront faits en langue française, par des professeurs français, et autant que possible dans une exacte conformité avec le plan d'études adopté par l'Université de France. Le Prince ne se dissimule pas, en effet, que, même avec les nouvelles ressources dont elle va disposer, l'Académie de Bucarest ne pourra, de longtemps, lui fournir des sujets capables de le seconder dans les diverses branches du service public. Aussi y a-t-il forte raison de croire que, dans sa pensée intime, cette Académie ne sera autre chose, pendant bien des années encore, qu'une sorte d'école préparatoire d'où la plupart des élèves sortiront pour aller terminer leurs études en France.

« Rien ne serait, au reste, plus d'accord avec le vœu général des pères et des enfants, et ces derniers auraient, en outre, un puissant motif d'émulation dans l'intention oii est le Prince d'envoyer et d'entretenir à Paris, aux frais de l'État, ceux qui se seront le

(i) M. de Xion à M. Guizot, 25 janvier 1847. (Archives des affaires étrangères, Paris.)

plus distingués à Bucarest. Toutes ces vues se réaliseront-elles? Le Prince Bibesco trouvera-t-il en lui et autour de lui la force nécessaire pour les mettre en pratique, au risque des embarras que leur accomplissement est de nature à lui susciter? On ne saurait l'affirmer ou le nier d'avance, sans méconnaître tout ce qu'il y a de précaire dans la situation du Prince et dans celle du pays... »

M. de Nion ayant pensé que le taux de la rétribution exigée des jeunes gens admis à suivre les cours de l'Académie de Bucarest était trop élevé, principalement pour les externes, profita d'un entretien avec le Prince pour Lui suggérer l'idée — Son Altesse en a apprécié le but — « de l'établissement d'une salle d'asile ouverte aux externes dans l'intervalle des classes ».

« Le Règlement organique avait prescrit l'établissement d'une maison consacrée à l'éducation gratuite de jeunes filles dénuées de fortune et dont les parents auraient bien mérité de l'État. Ce projet était resté jusqu'ici sans exécution, faute de fonds nécessaires. Le Gouvernement vient de se les procurer (voir art. 9). »

Message.

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